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Alexandre Dumas et la cité princière de son enfance
par Monsieur Simon Le Bœuf
Samedi 4 décembre 2010
 
M. Simon Le Bœuf a publié un livre dont le titre est celui de sa conférence. Pour les passionnés d’Alexandre Dumas, c’est un éclairage neuf sur Villers-Cotterêts et les lieux de la jeunesse de l’écrivain. M. Le Bœuf rappelle la place de Villers-Cotterêts dans l’histoire de France, quand François Ier y séjourne fréquemment au début des années 1530.Le somptueux château, aujourd’hui à l’abandon, témoigne encore de l’importance de cette terre du duché de Valois, très tôt intégré au domaine royal. Villers-Cotterêts, cœur géographique du duché, est entouré d’une forêt, la plus grande de France à cette époque, propice aux légendes et à l’imagination. Alexandre Dumas naît dans cette petite ville en 1802, il subit l’influence du passé glorieux de sa ville natale, cité princière, dont les vestiges se rencontrent à chaque pas aussi bien dans la ville qu’aux alentours. Le conférencier invite ses auditeurs à une promenade à la fois historique et littéraire et ainsi à découvrir un autre Dumas.
 
Remy-Amand de Vertus (Coincy 1824 – Brécy 1877)
par Madame Bernadette Moyat et Monsieur Denis Jenoudet
Jeudi 11 novembre 2010
 
Bernadette Moyat et Denis Jenoudet ont rappelé une figure marquante de notre région au XIXe siècle : bien que l'un des fondateurs et vice-président de la Société historique et archéologique de Château- Thierry, la renommée de Rémy-Amand de Vertus, par ses écrits, a dépassé ce cadre pour atteindre l'Europe et même les Etats-Unis. Par bâtardise, il fait remonter ses origines au roi de France. Jean le Bon. Cette famille de Vertus s’est attachée tant en 1698 que par la suite, à prouver sa noblesse. A partir du XVle siècle, les archives, tant notariales que paroissiales de Château-Thierry, font état de membres que l’on retrouve ultérieurement aux alentours proches : pour la branche aînée à Fossoy (avec la maison-forte du Rû-Chailly tenue. entre autres, par Claude, lieutenant criminel au bailliage de Château-Thierry) et pour la branche puinée qui nous intéresse à Brasles et àVerdilly avant que l'un de ses rameaux ne se fixe en 1724 à Coincy où naît, à la ferme du Coq le 20 février 1824, Rémy-Amand. Qui dit ferme suppose culture, et c'est dans ce domaine qu'ont œuvré, propriétaires ou à bail, ses ancêtres, collatéraux et leur descendance ainsi que l'un de ses fils. Les familles étaient souvent nombreuses. Elles nouaient des alliances entre elles par des mariages collatéraux ou même parfois consanguins. À la suite de veuvages précoces, les remariages n'étaient pas rares. Ainsi orphelin de mère à dix-huit-mois (Marie-AppoIine Féry décéda des couches d'une petite fille née à Brécy), Rémy- Amand de Vertus eut, pour ses huit ans, une belle-mère, son père, Rémy-Augustin ayant refait sa vie avec la fille d'un cultivateur de Launoy (ferme de l'Hermitage). Plusieurs membres de la famille - branche de Coincy - embrassèrent l'état ecclésiastique ou religieux et les registres, où nous avons trouvé les actes d'état civil, portent des signatures qui montrent par leur graphisme un certain degré d'instruction.Ce fut le cas pour Amand, vraisemblablement acquise à Soissons à la pension Maillard et au contact de son cousin l'abbé Danton, prêtre de Saint-Sulpice et professeur au grand séminaire de cet évêché. De solides études secondaires jointes à une curiosité d'esprit et le goût du savoir appuyé sur une imposante bibliothèque expliquent les qualités intellectuelles dont il fît preuve à la maturité, l'amenant à fonder avec d'autres de son acabit notre société, dont il tut vice-président, et à fréquenter à Paris des lieux de l'intelligentsia, tel l'Institut historique de France, à effectuer des fouilles archéologiques et à publier articles, brochures ou livres, comme l’Histoire de Coincy. Fère. Oulchy et des villages. Hameaux, châteaux et monastères environnants. A vingt-deux ans, il cultivait la ferme de La Royère à Filain lors de son mariage avec Laurence Lemoine, orpheline de père, domiciliée à la ferme du Loir (commune de Trosly) tenue par son frère et leur mère, née Agnès Olympe Ferté (grand nom de la culture soissonnaise). Sept ans après, il entreprend de faire construire à Brécy la belle maison de maître, sise au pré Marquet et connue présentement sous le nom de la ferme du Lucquet. Parallèlement à son métier de cultivateur, où il était activement soutenu par son épouse malgré ses onze maternités, il a conduit un temps les destinées du village en qualité de maire et lors des tragiques événements du siège de Paris, cet homme de droite, ce légitimiste s'étant mis au service de la Patrie en 1870 s'est illustré avec d'autres Français, communards ou non contre les Prussiens, ainsi, avec le bataillon des Francs-Tireurs des Ternes qu'il avait formé, lors de la bataille dite de Buzenval. C'est encore une autre facette, un autre paradoxe de ce Bréçois alors à Paris, où il allait parfois échanger avec des chercheurs, des lettrés. Ses travaux scientifiques, sa notoriété internationale, son statut, déjà, de grand-père par sa fille Laurence Olympe Mennesson sont brusquement interrompus à cinquante trois ans : est-ce lors de travaux agricoles ou de fouilles archéologiques que ce veuf, depuis bientôt trois ans, contracte le tétanos qui l’emporte le 22 mai 1877 ? Onze enfants dont sept filles (quatre au couvent, une morte en bas-âge, deux autres, Mesdames Mennesson et Lepargneur, qui eurent une nombreuse descendance), quatre fils (le dernier, Henri, mort à la naissance, Charles décédé célibataire, Jean ou Jehan, cultivateur à Brécy. mort à cinquante et un ans, malgré cinq enfants n'a pas eu de postérité, celle de Roch a été nombreuse au XXe siècle (mais les garçons sans descendance masculine)). Ainsi donc le nom de Vertus est éteint, seules demeurent la postérité intellectuelle, les œuvres écrites de celui qui « eut le malheur de présenter ses théories avec.. . une indépendance qui ne respectait pas assez, peut-être, les idées adoptées jusqu'ici…» comme l'a dit M. Barbey, président de notre Société lors de ses obsèques à Brécy et le président Riboulot, dans un article du Messager de l'Aisne du 17 novembre 1933 écrivait : «Précurseur en certains domaines, ses manières de voir commencent...à être prises en considérations [...] Le pays de Château-Thierry s'honorerait donc grandement en se souvenant, quelquefois, du labeur de l'un des siens ». Se souvenir c'est ce que nous avons voulu faire ce soir. Amand de Vertus est globalement présenté comme un homme isolé sur ses terres, utilisant quelques pauvres loisirs à l'écriture et la recherche sur des thèmes jugés quelque peu fantaisistes. Après avoir fait le tour de « l'ambiance culturelle » de l'époque, nous avons montré que : 1) Les thèses d’A. de Vertus commencent, depuis une dizaine d'années, à être reconnues par les spécialistes de la linguistique et de l'histoire. 2) Amand de Vertus noua des liens très forts avec les sociétés secrètes qui participèrent aux événements de 1848-1850, et leurs membres intellectuels, qui travaillèrent plus tard sur la langue universelle, devant permettre la réunion des peuples. Amand de Vertus utilisa ces liens à nouveau en 1870 dans le cadre des francs-tireurs des Ternes, qui réunissaient une grande proportion d'artistes et d'écrivains. 3) Amand de Vertus fut un bourgeois quelque peu mégalomane : il n'était pas membre de l'Institut historique en 1864, tel qu'indiqué sur son ouvrage sur Coincy et Oulchy et il se fit anoblir, comme de nombreuses personnes à l'époque, tout en indiquant, à travers son blason, les axes profonds de ses recherches. 4) Les contacts d’Amand de Vertus, les membres de la Société historique et archéologique de Château-Thierry en font la preuve, lui permettaient de pénétrer différents cénacles intellectuels : - loges maçonniques de l'Aisne, - le comte de Nieuwerkerke, et ses liaisons avec MM. Waddington, Hautpoul, Mgr de Bonnechose, Mortillet (et le musée de Saint-Germain-en-Laye). - M. Waddington et ses liaisons avec MM. de Vogue, Ernest Renan, Grasset d'Orcet, spécialiste de cryptographie et de la ligne de fracture existant dès l'origine chez les humains, en contact avec les curés d'un diocèse du sud de la France, dont Mgr de Bonnechose était l'évêque. 5) Amand de Vertus, en contact avec MM. de Roisel et Godin, tut probablement spirite (la géographie sacrée des sites qui l'ont intéressé en sont la signature), cultivant le culte des morts, en liaison avec des prêtres du sud de la France, financés pour un tiers par l'hôpital de Soissons. Il fait partie de ceux qui, en tout état de cause, disparurent trop tôt, et dont nous devonsconserver la mémoire.
 
Visite du château d’Armentières-sur-Ourcq
par Monsieur Jean-Pierre CHAMPENOIS
Samedi 16 octobre 2010
 
Château des XIIIe et XVIe siècles, classé monument historique le 25 janvier 1921, Armentières est édifié dans un vallon aux confins de l'Île-de-France, aux limites de la Picardie et de la Champagne. Ses ruines aux détails d'architecture remarquables du Moyen Âge (échauguettes, mâchicoulis, meurtrières, bretèches...) en font un ensemble pittoresque et romantique. Bâti en 1297 par les chevaliers d'Armentières qui sont enterrés dans la crypte de l'église du village, le château a été ensuite transmis à différents nobles du secteur. Vers 1560, il est revenu à la famille de Conflans par mariage et y est resté jusqu'à la Révolution.Les marquis de Conflans d’Armentières ont possédé le château, et l'ont habité jusqu'au début du XVIIe siècle. Vers 1620, le marquis, alors vicomte d'Oulchy, le cède en location à son fermier. À compter de ce moment, il devient exploitation agricole. Confisqué comme bien national à la Révolution, revendu par adjudication et ne représentant plus un symbole féodal du fait de sa transformation en ferme depuis 150 ans, il sera épargné.Les dégradations commencent à partir de cette exploitation en tant que ferme ; il est moyennement entretenu, ses pierres sont détournées pour empierrer les chemins, refaire des maisons. Il est gravement endommagé durant les combats de 1918. Le château restera exploitation agricole jusqu'en 1975. Pour la vente du château, la propriété qui était une seule entité (ferme et château), a été séparée de façon extrêmement arbitraire par un grillage qui passe à l'endroit des fossés. Ceux-ci ont été remblayés et cela cause beaucoup de problèmesd'humidité. Des campagnes de restauration ont eu lieu. Dans les années 30, un soubassement en béton a été réalisé pour consolider la base du château mais à certains endroits on se rend compte aujourd'hui que cela altère la solidité de la pierre qui se trouve au-dessus. Le chemin de ronde avec corbeaux trilobés a été refait dans les années 1970. Dans les années 80, une campagne de réfection de certaines fenêtres à meneau a été entreprise. Notre guide, propriétaire depuis 2004, nous explique pendant la visite que des travaux sont maintenant réalisés petit à petit (avec l'aide des Bâtiments de France entre autres intervenants), mais le sol marécageux et l'extrême difficulté pour évacuer l'eau sont des obstacles majeurs. Des documents anciens (photographies, cartes postales, dessins…) montrent la dégradation de l’édifice depuis un siècle en particulier à la suite de la première guerre mondiale.
 
Sortie annuelle : les églises à pans de bois de la région du Der
par Monsieur Jean-Pierre CHAMPENOIS
Samedi 19 juin 2010
 
Ces églises dont certaines remontent à la fin du XVe siècle constituent un patrimoine unique en Europe. Nous proposons la découverte des églises proches du lac du Der. Ce sont les plus intéressantes parmi les quinze entièrement en bois qui subsistent. Dans la matinée, nous avons visité l’église d’Arrigny (partiellement en bois) et le musée et l’église de Sainte-Marie-au-Lac. Dans l’après-midi, visite des églises de Châtillon-sur-Boué, Bailly-le-Franc, puis de celles des villages de Longsols, et de Lentilles, les deux plus importantes de cet ensemble. La journée s’est terminée par la minuscule et modeste église paroissiale, ancienne chapelle seigneuriale, de Morembert.
 
L'entreprise Couesnon : un savoir-faire difficile à conserver
par Monsieur Tony LEGENDRE
Samedi 5 juin 2010
 
M. Gautrot achète en 1845 une entreprise d'instruments de musique en cuivre, rue Saint-Louis àParis. En 1855, il installe à Château-Thierry des ateliers complémentaires (aujourd'hui le lycée Saint-Joseph).M. Gautrot est représentatif des patrons du XIXe siècle : • Il est rationaliste, commerçant et inventeur (une quarantaine de brevets, des médailles aux expositions universelles). Sa manufacture est une des plus importantes fabriques d'Europe (700 ouvriers à Paris, autant à Château-Thierry). · Il est paternaliste : il crée une caisse de secours, une caisse de prévoyance. Il accorde aux plus méritants un petit jardin et met en place une caisse de réserve pour les aider à devenir propriétaires... Pierre Gautrot achète la maison bourgeoise 4, rue des Capucins (aujourd'hui 4 place Thiers) à côté de l'usine. En 1882, sa fille, Mathilde, qui a épousé Amédée Couesnon, prend la succession. LesCouesnon sont des banquiers qui avaient fait fortune dans le « drap » à Rouen. Amédée crée une caisse de prêt gratuit, organise les retraites après trente ans de service. Il est député radical socialiste, conseiller général et municipal. C'est une période d'apogée : 1100 employés sur 6 usines dont 2 à Château-Thierry. En 1927, Jean Couesnon transforme l'entreprise en société anonyme. Il s'associe à la société internationale de fabrique de disques « Columbia » pour augmenter considérablement son chiffre d'affaire (le jazz est alors en plein essor !). La crise des années 30 amène le déclin et les conflits dans la famille : Jean Couesnon part à Londres. La propriété de la place Thiers est vendue en 1939 aux frères des Ecoles chrétiennes.Petit sursaut d'activité après la 2de guerre mondiale car Sidney Bechet choisit le saxophone Couesnon ! Puis l'entreprise continue tant bien que mal (encore 160 personnes). En août 1979, un violent incendie détruit une grande partie de l'usine et toutes les archives. 1999, c'est le dépôt de bilan. Ne voulant pas voir ce patrimoine disparaître, une ancienne employée, Mme Ginette Planson décide de reprendre l'entreprise. C'est PGM Couesnon, maintenant installéeà Etampes-sur-Marne qui emploie environ 10 salariés et perpétue un savoir-faire artisanal et une marque prestigieuse. L'entreprise fabrique aujourd'hui : - des trompes de chasse - des cors d'harmonie Ces instruments sont un assemblage de tubes de diamètres croissants, coudés et terminés par un pavillon. (Les notes sont modulées avec les lèvres). L'intérieur du pavillon du cor de chasse est peint en noir pour éviter la réverbération lors des chasses à courre. Il faut vingt heures de travail pour une trompe de chasse (7 heures uniquement pour le pavillon). Les matières premières viennent surtout d'Italie et d'Allemagne. Pour fabriquer les pavillons, les « planches » de métal (cuivre, laiton, maillechort) sont découpés à l'aide de « patrons » (faits avec des pointes à tracer comme au XIXe siècle). Le métal est repoussé avec des maillets en bois. Plus le méta! est morcelé, plus il y a de vibrations et meilleure est la sonorité. Les tubes sont étirés avec des filières pour leur donner le diamètre voulu. Les soudures se font bord à bord à la brasure d'argent. Cette soudure est ensuite écrasée. Les instruments sont surtout en laiton, le cuivre n'ayant pas une bonne sonorité. Le maillechort (alliage de cuivre, de zinc et de nickel), très résistant, est utilisé pour les parties coulissantes. L’entreprise fabrique également des tambours Les premiers étaient en cuivre (lourds). Ils sont désormais fabriqués en fibre de verre et la peau d'animal est remplacé par du plastique. Ils résistent mieux à la pluie et à la chaleur. Ils ont un ton plus sec. C'est un brevet de Mme Planson. L'entreprise en fabrique aussi pour la garde républicaine. Le travail dans l'entreprise est artisanal. Les ouvriers fabriquent leurs outils (plus de 20 000 classés sur les étagères). L'entreprise possède encore de vieilles machines en état de marche comme une presse à colonnes de 1870, un marteau pneumatique. Elles ont fonctionné jusqu'aux années 60. Avant 1968-1970, les ouvriers étaient spécialisés : chaudronnier, repousseur, cintreur, polisseur etc....Ils sont désormais polyvalents. Ils sont formés sur le tas. (Il existe une seule école au Mans : pour les saxos et les trombones). L'entreprise vend aux écoles de musique, aux fanfares, aux pompiers, à l'armée. Mais la concurrence est rude (surtout avec la Chine !) et elle a dû mettre deux fois ses salariés en chômage partiel... Le 28 septembre 2010, en complément de la conférence de M. Legendre, un groupe d’une vingtaine de membres de la Société a visité l’entreprise à Etampes.
 
Les collections de vases grecs des musées de Laon et de Compiègne
par Monsieur Alain GALOIN
Samedi 15 mai 2010
 
Tournés il y a plus de vingt-cinq siècles par des potiers mycéniens, corinthiens, athéniens ou italiens, les vases grecs étaient des objets utilitaires employés quotidiennement dans l'Antiquité. Ils faisaient l’objet d'un commerce actif et florissant Les potiers corinthiens exportaient des vases à parfum dans tout le bassin méditerranéen. Les potiers athéniens vendaient leurs céramiques aux colonies grecques de Méditerranée et aux Etrusques. Dès la fin du XVIIIe siècle, les nécropoles étrusques ont livré des milliers de vases qui sont venus enrichir les cabinets d'amateurs et les grands musées européens. D'un voyage qu'il effectue dans le Levant et en Italie de 1715 à 1717, le comte de Caylus (1692-1765), antiquaire et graveur, rapporte de nombreux vases grecs et fait don au roi Louis XV de 72 céramiques qui sont à l'origine des collections du Cabinet des médailles à Paris. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, Sir William Hamilton (1730-1803), ambassadeur de Grande-Bretagne à la cour de Naples, constitue deux grandes collections de vases grecs à partir de fouilles organisées dans l'antique Campanie, notamment à Nola. La première de ces collections sera acquise par le British Museum en 1772. C'est surtout dans la première moitié du XIXe que se forment les grandes collections de céramiques antiques. A la faveur de plusieurs séjours dans la péninsule italienne, le chevalier Edmond-Antoine Durand (1768-1835) rassemble quantité d'objets archéologiques que le Louvre acquiert en 1825. A partir de 1828, Lucien Bonaparte, prince de Canino (1775-1840) effectue des fouilles dans les nécropoles de Vulci, Cornetto et Canino, dans l'antique Etrurie. De 15 à 20 000 vases sont ainsi mis au jour, qui seront acquis par de grands musées européens au cours de plusieurs ventes publiques, mais aussi par une nouvelle générations de riches collectionneurs désireux de se constituer un cabinet d'amateur. C'est ainsi que s'édifient les collections des comte Beugnot et Magnoncour, ou celle du baron Roger. Les grands antiquaires parisiens, tels Gansberg, Montfort, Rollin ou Feuardent, acquièrent également de belles pièces qui viennent nourrir le marché de l'art. En Italie, dès 1829, le sulfureux marquis de Campana (1807-1870), archéologue et collectionneur, commence à constituer une gigantesque collection d'objets d'art à partir, notamment des fouilles qu'il réalise à Rome, Ostie, Vieïes, Cerveteri, mais aussi en s'approvisionnant à Venise, Naples, Florence, ainsi qu'en France et en Grande-Bretagne. Il rêve de fonder à Rome un musée encyclopédique, le «Musée d'Italie», mais sa passion le mène à la prévarication, à la ruine et à la prison. Accusé de concussion en 1858, il ne doit sa grâce qu'à la vente et à la dispersion de sa collection qui vient enrichir les musées russes et anglais. En 1861, Napoléon III acquiert pour sa part 11 835 objets d'art, dont plus de 3 000 vases antiques qui viennent enrichir les collections du musée du Louvre. C'est dans ce contexte de redécouverte des civilisations antiques que deux collectionneurs picards, Antoine Vivenel (1799-1862) et Paul Marguerite de la Charlonie (1844-1921), créent leur cabinet d'amateur. Patiemment rassemblées, leurs collections sont à l'origine des musées de Compiègne et de Laon. Compiégnois de naissance, autodidacte, amateur d'art et collectionneur-né au goût sûr et au discernement remarquable, Antoine Vivenel rassemble, entre 1825 et 1848, une magnifique collection de vases grecs et italiotes. Entrepreneur de travaux publics ayant pignon sur rue dans la capitale, il acquiert plus de 4 000 objets d'art chez les antiquaires et dans les ventes publiques. Nombre de céramiques proviennent des collections Beugnot, Magnoncour, Roger, Durand ou Canino. Toutes présentent un intérêt artistique, archéologique ou anthropologique. Mécène, Antoine Vivenel lègue en 1839 à la Ville de Compiègne l'ensemble des précieux objets qui constituent son cabinet, afin de mettre en place un Musée des Etudes qui soulignerait le rôle pédagogique de l'œuvre d'art et qui serait moins un lieu d'exposition qu'un lieu d'étude et de recherche à l'usage des élèves du cours gratuit de dessin et de géométrie pratique appliquée aux arts créé à Compiègne en 1835. Il semble que les événements de 1848 aient porté gravement atteinte à la fortune de ce généreux Compiégnois : c'est un homme ruiné qui meurt à Paris le 19 février 1862. Issu de la grande bourgeoisie manufacturière, Paul Marguerite de la Charlonie, quant à lui, sort le l'Ecole centrale des arts et manufactures en 1867, nanti d'un diplôme d'ingénieur. Industriel et propriétaire terrien à Urcel, dans l'Aisne, la grande passion de sa vie est néanmoins la découverte de la civilisation de la Grèce antique. A partir de 1898, il n'effectue pas moins d'une douzaine de voyages d'étude en Grèce, en Asie Mineure et en Egypte. Il entreprend de constituer une remarquable collection d'antiques, collection acquise chez les antiquaires, dans les ventes publiques et, sans doute, sur place au cours de ses voyages. Il conçoit le dessein de créer à Paris un Musée de l Hellénisme, précurseurs et dérivés, projet qui n'aboutit pas. Soucieux du devenir de sa collection, il souhaite d'abord la léguer au musée du Louvre, qui la refuse, tout comme la refuseront le musée Guimet, le musée du Petit Palais ou le musée de Nice. Finalement, c'est la Ville de Laon qui l'accepte en 1937 mais il faudra attendre 1955 pour que ces objets patiemment rassemblés soient exposés dans une salle portant le nom du donateur. Au XIXe siècle, après un séjour long de plusieurs siècles dans la sereine obscurité d'un tombeau étrusque, le vase grec retrouve donc un statut commercial, redevient une marchandise, un objet qui se vend, change de mains, circule, pour faire halte le plus souvent dans les vitrines de nos musées où il devient objet d'art et sujet d'étude.
 
La Chanson de Craonne
par Monsieur Guy MARIVAL
Samedi 10 avril 2010
 
De toutes les chansons françaises liées à la guerre de 1914-1918, la Chanson de Craonne est aujourd'hui incontestablement la plus connue. Elle est aussi la seule à être toujours et autant enregistrée (dernier enregistrement en date dans le livre-disque sorti en octobre 2009 : Les lendemains qui saignent de Dominique Grange, Tardi et Jean-Pierre Verney, Casterman éditeur). Pourquoi une telle postérité ? Le mystère persiste autour de sa genèse : malgré plusieurs revendications de descendants de « l'auteur », c'est une chanson anonyme, sans doute l'œuvre de plusieurs auteurs comme en témoigne le style différent des trois couplets. Outre sa mélodie de valse triste, elle retient l'attention par son contenu contestataire qui dénonce la « guerre infâme » et par sa critique sociale des riches embusqués et autres profiteurs de guerre. Cette chanson à la destinée exceptionnelle est un parfait exemple de ce que les musicologues désignent sous le nom de contrafactum, c'est-à-dire la composition d'un nouveau texte sur une mélodie préexistante. La chanson de Craonne reprend en effet la mélodie de Bonsoir m'amour (musique de Charles Sablon, paroles de R. Le Peltier), créée en 1911 et enregistrée sur disque Pathé par Emma Liebel en 1916. Comme celui d'autres succès populaires de l'époque (Sous les ponts de Paris, Ma Tonkinoise, Le Temps des cerises...), l'air de Bonsoir m'amour est repris pendant la guerre par des soldats qui y adaptent d'autres paroles. On connaît actuellement une dizaine de versions différentes de la chanson appelée désormais Chanson de Craonne. Elle avait à l'origine quatre couplets. Les versions les plus anciennes datent de 1916 et évoquent tantôt le plateau de Lorette (théâtre de terribles combats lors des offensives d'Artois en 1915), tantôt Verdun et le fort de Vaux, ou la Champagne, parfois plusieurs lieux sont cités dans le même texte. Le nom de Craonne apparaît à partir du printemps 1917 : une version publiée dans la dernière Lettre du Chemin des Dames (n°18) est datée de début avril 1917, quelques jours avant le début de l'offensive Nivelle sur le Chemin des Dames. Mais jusqu'en 1918, et encore dans les années qui suivent la fin de la guerre, plusieurs versions différentes coexistent. C'est ainsi qu'en 1919, la première version publiée est intitulée Chanson de Lorette, avec trois couplets et pour l'essentiel les paroles qui sont passées à la postérité, dans le livre La guerre des combattants de Raymond Lefebvre et Paul Vaillant-Couturier. Mais c'est bien la Chanson de Craonne que chante le caporal Michel dans le roman d'Henry Poulaille Pain de soldat (1937). C'est sous ce titre qu'elle figure dans l'anthologie L'histoire de France par les chansons par Pierre Barbier et France Vernillat (1961) et qu'elle est une première fois enregistrée en 1963 par Eric Amado avant de faire partie du répertoire de Marc Ogeret et de Mouloudji, et de bien d'autres. Depuis les articles publiés par Guy Marival (en particulier celui paru en 2004 dans l'ouvrage collectif dirigé par Nicolas Offenstadt, aux éditions Stock), on lit de moins en moins que Paul Vaillant-Couturier en est l'auteur (mais il reste à étudier le rôle qui a été le sien dans la diffusion de la chanson), ou que la Chanson de Craonne est née en 1917 au moment des mutineries. Il faut insister sur son antériorité par rapport aux événements de mai-juin 1917 et sur ce que révèlent les sources historiques : l'hymne des mutins, c'est l'Internationale, qui est d'ailleurs beaucoup plus radicale dans son antimilitarisme. Dans la Chanson de Craonne, les « troufions » menacent seulement de se mettre en grève tout en se désespérant que la guerre soit si longue et qu'elle soit faite surtout par les « purotins » alors que les « gros » y échappent... La Chanson de Craonne, c'est la complainte des tranchées
 
Résultats de fouilles récentes à Nogent-l’Artaud
par Monsieur Sébastien ZIEGLER
Samedi 6 mars 2010
 
Nogent-l'Artaud se situe sur la berge sud de la vallée de la Marne à 13 km à l'ouest de Château-Thierry. Une fouille préventive de six mois a été réalisée sur les vestiges d'un donjon médiéval, à l'intérieur du village. Avant la fouille, le site était entièrement remblayé et ne montrait rien des vestiges découverts. Des sondages avaient déjà été réalisés dans les années 50 par des moines prémontrés et un plan sommaire du donjon était connu. Ce monument présente un plan carré renforcé aux angles par six contreforts plats. Ces contreforts laissent apparents les angles de la construction. A l'ouest du donjon, une grande salle, dont les angles ouest sont également soutenus par quatre contreforts, lui était accolée. Cette grande salle participe au même programme architectural que le donjon. Le donjon et cette grande salle que l'on peut qualifier d'aula, comportait chacun une cheminée sur souche. Celle de l'aula était renforcée à l'extérieur par un contrefort plat. L'ensemble est parementé de grès, à l'exception notable des contreforts qui sont bâtis en pierres calcaires de très grand appareil. Les premières constations ont permis d'établir que l'approvisionnement a été réalisé localement. Les dimensions extérieures du donjon, hors contreforts sont de 13,7 m sur 13,2 m et l'aula de 17,7 m sur 12,8 m. A l'intérieur, le donjon offre une surface de 7 m sur 7,6 m et l’aula de 15,7 m sur 8,9 m. Ce complexe castral est installé au bord de la première terrasse alluviale de la vallée, à proximité immédiate de l'église paroissiale. Son système défensif est augmenté de fossés à l'est, à l'ouest et au sud. Les remblais issus de leur creusement ont servi à constituer la terrasse sur laquelle le donjon est construit. Cette plate-forme d'une épaisseur maximale d'un mètre corrige vers le nord la légère pente du terrain naturel. A l'est, il a été nécessaire d'ajouter un mur de terrasse pour tenir ces remblais. Ce mur a probablement servi de base à des aménagements de hauteurs en lien avec le système d'entrée. Ce système, était à l'origine accolé au mur gouttereau sud de l’aula et posé sur un radier de fondation. Il a ensuite été reporté directement sur le donjon et supporté par des piliers carrés. Enfin ces piliers ont été incorporés à une maçonnerie plus importante qui devait supporter un escalier, placée perpendiculairement au donjon et non plus parallèlement. Cette dernière phase est contemporaine de l'extension du complexe castral, sur une zone dont le donjon était initialement séparé par le fossé sud. Ce fossé, de faible ampleur laisse présager l'existence d'une basse-cour, qui à partir du XVe siècle accueillera un nouveau bâtiment de résidence, renforcé aux angles de tours rondes imposantes. Ce nouveau bâtiment n’est à ce jour connu que par l'iconographie ancienne. Cette extension s'accompagne de nombreux changements architecturaux dans l’aula. Probablement voûtée, à l'origine, d'après les fosses de récupération de piliers, la pièce est probablement alors plafonnée. De plus, elle est coupée en deux parties dont une abrite un escalier à vis installé dans l'angle sud-est. Contre ce bâtiment, de nombreuses petites structures de type domestique viennent prendre place et permettent d'imaginer un changement des fonctions de cette zone. En effet, la résidence seigneuriale s'est probablement reportée au sud dans le nouveau bâtiment, déplaçant ainsi les activités domestiques vers les parties plus anciennes. Dans le même temps ou un peu avant, une petite tour latrines est accolée au contrefort nord-ouest du donjon. L’aula voûtée permet de restituer au moins un étage. Suivant la typologie de ce genre de complexe architectural, la tour devait dépasser son annexe résidentielle d'au moins un étage. Les tours comparables les plus proches se trouvent en Seine-et-Marne, à Moret-sur-Loing et Grez-sur-Loing et sont généralement datées de la première moitié du XIIe siècle. Le contexte historique de ce monument est assez bien connu. Le village est cité en tant que villa appartenant à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, dans le fameux polyptique d'Irminon au début du IXe siècle. Il faut attendre le XIIe siècle pour voir arriver un pouvoir laïc à Nogent-l'Artaud. Celui-ci est représenté par Artaud, chambrier d'Henri Ier comte de Champagne, qui lui cède ses droits d'avouerie sur Saint-Germain-des-Près à Nogent en 1172. Il le fait après qu'Artaud a acquis des biens sur le terroir dans le même temps qu'il se mariait à une femme de Nogent. Un texte d'accord entre Saint-Germain-des-Près et Artaud, révèle qu'en 1182 la construction de la tour était achevée. Ce donjon participe donc à l'ascension sociale d'un officier de cour, dont la chronique de Joinville insiste sur le statut de riche bourgeois. Le caractère archaïque du programme architectural y trouve peut-être une partie de son explication. Le château est occupé par la descendance d'Artaud jusqu'en 1283, date à laquelle il est cédé à Blanche d'Artois remariéà Edmond de Lancastre. Puis de main en main, il traverse les siècles jusqu'à sa destruction finale à la fin du XVIIIe siècle. En 1789, un nouveau château est construit sur les fossés sud et sud-ouest de l'ancien. De nombreuses structures en creux antérieures à l'implantation du donjon ont été observées (trous de poteaux, fonds de cabane et fosses). Elles sont probablement les vestiges d'un des manses inventoriés dans le polyptique d'Irminon.
 
Assemblée générale - Louise Lara
par Monsieur Jean-Pierre CHAMPENOIS
Mercredi 6 janvier 2010
 
Après l’AG, le président, Jean-Pierre Champenois évoque, Louise Victorine Charlotte Larapidie de Lisle, dite Louise Lara (1876-1952), sociétaire de la Comédie française, fondatrice avec Edouard Autant, architecte, du laboratoire de théâtre Art et action. Née le 22 juillet 1876, à Château-Thierry, dans une famille d'artistes. D’après l’acte de naissance, sa mère est « chorégraphe ». Son père, qui ne l’a pas reconnue à sa naissance, est un peintre hollandais d’un certain renom, Christian Portman. Il ne l’a pas abandonnée et s’est occupé de sa fille. Les descendants de Portman, qui habitent près de Château-Thierry possèdent encore de nombreuses toiles, des photographies et des documents provenant du peintre. La jeune Louise débute une carrière de comédienne sous le nom de Lara dès 1889. Premier prix de comédie à sa sortie du Conservatoire, en 1895, elle est engagée à l'Odéon le 27 octobre de la même année. Nommée artiste pensionnaire à la Comédie française le 22 juillet 1896, puis reçue sociétaire le 1er janvier 1899, elle fait ses débuts dans le Monde où l'on s'ennuie d'Edouard Pailleron et interprète aussi bien les grands premiers rôles du répertoire (Hugo, Musset, Molière, Marivaux, Shakespeare), que des créations (Mirbeau, Courteline, Paul Meurice, Émile Fabre). Louise Lara épouse en 1900 l'architecte Edouard Nicolas Autant (1871-1964). Leur fils unique, né en 1901, connu sous le nom de Claude Autant-Lara, fut par la suite un cinéaste célèbre. Louise Lara a joué dans quelques films muets, dont le premier mis en scène par son fils. Sa sensibilité, sa finesse, la richesse de sa voix et de son jeu sont louées, mais son indépendance d'esprit, son pacifisme, critiqués à l'intérieur de la Comédie française, provoquent l'incompréhension, puis la rupture, exacerbée par des déclarations à la presse, jusqu'à sa mise à la retraite en 1919. Déjà, dans les premières années du siècle, son intérêt pour les créations contemporaines et la recherche la faisait participer à des expériences théâtrales et poétiques ; elle créa, en 1912 le personnage de Violaine dans l'Annonce faite à Marie de Claudel chez Lugné-Poe. Elle participe, avec son mari, au groupe Art et liberté à partir de 1917, mais c'est en 1919 que commence la véritable aventure avec Art et Action, défini par ses fondateurs comme un « laboratoire de théâtre pour l'affirmation et la défense d'œuvres modernes ». Louise Lara, Edouard Autant et Akakia-Viala (Marie-Antoinette Allévy), aidés d'une petite équipe d'amateurs, ont accompli, tout au long des années 1919 à 1933, une œuvre essentielle, au Grenier jaune, 66 rue Lepic, à Paris, à la fois théâtre d'avant-garde et théâtre de recherche. Affranchi des contraintes commerciales (les spectacles sont gratuits, joués quatre ou cinq fois devant un public de fidèles et d'invités), le groupe Art et Action présente, au cours de 402 représentations, 112 œuvres de 82 auteurs différents (Claudel, Aragon, Ghelderode, Yeats, Rolland, Barbusse, Marinetti), y compris des textes non dramatiques (Rimbaud, Montaigne) et des pièces d'auteurs étrangers (Meyerhold, Vakhtangov, Piscator, Reinhardt). Lors d’un voyage en URSS dans les années 1920, le couple reconnaît dans les expériences théâtrales soviétiques une orientation qui rejoint leurs aspirations Après la fermeture du Laboratoire en 1933, les animateurs d’Art et action poursuivent leur recherche sur un plan théorique, publiant, organisant des expositions, des conférences, participant à des colloques. Louise Lara a enregistré au moins un disque 78 tours de diction chez La Voix de son Maître. Les archives de l'association Art et Action ont été déposées à la Bibliothèque de l'Arsenal, à Paris. Louise Lara disparaît le 12 mai 1952.
 
Assemblée générale - Louise Lara
par Monsieur Jean-Pierre CHAMPENOIS
Mercredi 6 janvier 2010
 
Après l’AG, le président, Jean-Pierre Champenois évoque, Louise Victorine Charlotte Larapidie de Lisle, dite Louise Lara (1876-1952), sociétaire de la Comédie française, fondatrice avec Edouard Autant, architecte, du laboratoire de théâtre Art et action. Née le 22 juillet 1876, à Château-Thierry, dans une famille d'artistes. D’après l’acte de naissance, sa mère est « chorégraphe ». Son père, qui ne l’a pas reconnue à sa naissance, est un peintre hollandais d’un certain renom, Christian Portman. Il ne l’a pas abandonnée et s’est occupé de sa fille. Les descendants de Portman, qui habitent près de Château-Thierry possèdent encore de nombreuses toiles, des photographies et des documents provenant du peintre. La jeune Louise débute une carrière de comédienne sous le nom de Lara dès 1889. Premier prix de comédie à sa sortie du Conservatoire, en 1895, elle est engagée à l'Odéon le 27 octobre de la même année. Nommée artiste pensionnaire à la Comédie française le 22 juillet 1896, puis reçue sociétaire le 1er janvier 1899, elle fait ses débuts dans le Monde où l'on s'ennuie d'Edouard Pailleron et interprète aussi bien les grands premiers rôles du répertoire (Hugo, Musset, Molière, Marivaux, Shakespeare), que des créations (Mirbeau, Courteline, Paul Meurice, Émile Fabre). Louise Lara épouse en 1900 l'architecte Edouard Nicolas Autant (1871-1964). Leur fils unique, né en 1901, connu sous le nom de Claude Autant-Lara, fut par la suite un cinéaste célèbre. Louise Lara a joué dans quelques films muets, dont le premier mis en scène par son fils. Sa sensibilité, sa finesse, la richesse de sa voix et de son jeu sont louées, mais son indépendance d'esprit, son pacifisme, critiqués à l'intérieur de la Comédie française, provoquent l'incompréhension, puis la rupture, exacerbée par des déclarations à la presse, jusqu'à sa mise à la retraite en 1919. Déjà, dans les premières années du siècle, son intérêt pour les créations contemporaines et la recherche la faisait participer à des expériences théâtrales et poétiques ; elle créa, en 1912 le personnage de Violaine dans l'Annonce faite à Marie de Claudel chez Lugné-Poe. Elle participe, avec son mari, au groupe Art et liberté à partir de 1917, mais c'est en 1919 que commence la véritable aventure avec Art et Action, défini par ses fondateurs comme un « laboratoire de théâtre pour l'affirmation et la défense d'œuvres modernes ». Louise Lara, Edouard Autant et Akakia-Viala (Marie-Antoinette Allévy), aidés d'une petite équipe d'amateurs, ont accompli, tout au long des années 1919 à 1933, une œuvre essentielle, au Grenier jaune, 66 rue Lepic, à Paris, à la fois théâtre d'avant-garde et théâtre de recherche. Affranchi des contraintes commerciales (les spectacles sont gratuits, joués quatre ou cinq fois devant un public de fidèles et d'invités), le groupe Art et Action présente, au cours de 402 représentations, 112 œuvres de 82 auteurs différents (Claudel, Aragon, Ghelderode, Yeats, Rolland, Barbusse, Marinetti), y compris des textes non dramatiques (Rimbaud, Montaigne) et des pièces d'auteurs étrangers (Meyerhold, Vakhtangov, Piscator, Reinhardt). Lors d’un voyage en URSS dans les années 1920, le couple reconnaît dans les expériences théâtrales soviétiques une orientation qui rejoint leurs aspirations Après la fermeture du Laboratoire en 1933, les animateurs d’Art et action poursuivent leur recherche sur un plan théorique, publiant, organisant des expositions, des conférences, participant à des colloques. Louise Lara a enregistré au moins un disque 78 tours de diction chez La Voix de son Maître. Les archives de l'association Art et Action ont été déposées à la Bibliothèque de l'Arsenal, à Paris. Louise Lara disparaît le 12 mai 1952.
 
Les mesures de distances dans l’univers
par M. Philippe Simonnet
Samedi 5 décembre 2009
 
2009 a été l’année de l’astronomie. C’était une occasion pour une première : programmer une conférence de vulgarisation scientifique. Le sujet pouvait paraître ardu, mais le conférencier a su captiver son auditoire en développant avec beaucoup de pédagogie des notions et des théories avec lesquelles la plupart d’entre nous ne sont pas familiers. Le conférencier explique avec quelques schémas à l’appui comment les Grecs ont tenté de mesurer les distances entre la Terre, la Lune et le Soleil et comment ils sont parvenus, avec une bonne précision, à mesurer par des moyens géométriques la circonférence de la Terre. Il évoque ensuite les travaux de Tycho Brahé qui démontre que les comètes circulent bien au-delà de l’orbe lunaire et ceux de Képler qui énonce les lois régissant les mouvements des corps célestes. La découverte de l’attraction universelle par Newton, les premières lunettes astronomiques font progresser l’astronomie : on détermine la distance Terre-Soleil et on estime à 10 milliards de kilomètres les dimensions du système solaire. Les distances des étoiles ne peuvent être mesurées par des moyens géométriques que pour les plus proches (jusqu’à 150 années-lumière environ). Au-delà il faut faire appel à d’autres méthodes : analyse de la lumière à partir de la fin du XIXe siècle, grands télescopes à partir du milieu des années 1920 et de nos jours télescopes embarqués sur des satellites. Au XXe siècle, l’astronome Hubble démontre que l’univers est beaucoup plus vaste qu’on ne le pensait. On démontre que les galaxies s’éloignent les unes des autres à de grandes vitesses, d’autant plus grandes qu’elles sont lointaines : l’univers est donc en évolution et en expansion. Actuellement les techniques modernes révèlent des galaxies jusqu’à 13 milliards d’années-lumière.
 
Etienne Moreau-Nélaton et la protection du patrimoine religieux de notre région
par M. Xavier de Massary
Samedi 7 novembre 2009
 
2009 est l’année du 150e anniversaire de la naissance d’Etienne Moreau-Nélaton. Peintre, céramiste, écrivain d'art, historien, collectionneur, Moreau-Nélaton est né en 1859 dans une famille imprégnée d'art. Sa mère, Camille Moreau (1840-1897) fut à la fois peintre et céramiste. Moreau-Nélaton passe son enfance entre Paris, Fère-en-Tardenois et La Tournelle (Coincy). Il entre à l’École normale supérieure en 1878, puis travaille dans l'atelier du peintre Harpignies. Passionné de l'impressionnisme, il réunit une importante collection de tableaux dont il fait don à l'Etat en 1906. En 1926, il devient membre de l'Institut (Académie des Beaux-arts) et officier de la Légion d'Honneur. Il meurt en 1927. Etienne Moreau-Nélaton a beaucoup contribué à la protection du patrimoine religieux de l’Aisne par deux publications « monumentales » : Les églises de chez nous. Trois volumes sont consacrés à l’arrondissement de Château-Thierry (1913) et trois autres à l’arrondissement de Soissons (1914). Ces volumes, luxueusement imprimés et illustrés (plusieurs centaines de photos faisant ressortir l’aspect pittoresque des édifices) sont des documents précieux : ils offrent une image de la situation des églises avant la première guerre mondiale. Certaines sont en très mauvais état et partiellement en ruines : Cointicourt, Hautevesnes. D’autres sont plus ou moins abandonnées. Etienne Moreau-Nélaton attire l’attention sur cette situation préoccupante et fait classer de nombreux objets mobiliers (statues, vitraux, boiseries, chaires, inscriptions…) avant même la publication des Eglises de chez nous. Ce patrimoine est durement touché en 1918 : certaines églises sont entièrement détruites et ne seront pas restaurées mais reconstruites : Brasles, Lucy-le-Boccage, Mont-Saint-Père… De nombreux objets immobiliers sont aujourd’hui disparus (destructions, vols). Il n’en reste bien souvent que les photographies publiées par Etienne Moreau-Nélaton.
 
Le destin exceptionnel de François-Joseph Fournier
par Mme par Mireille Dupuis
Samedi 3 octobre 2009
 
François Joseph Fournier est né le 6 décembre 1857 à Clabecq en Belgique. Ses parents sont bateliers et transportent le charbon de la vallée de la Sambre. Plus tard, son père occupe un poste de gardien de pont tournant à Lier. Fournier est d’abord manœuvre aux chemins de fer belges. Puis il conduit les locomotives d’une gare de triage. Vers 20 ans, on le retrouve à Paris. Pour survivre il exerce plusieurs métiers : livreur aux Halles, ouvrier dans une entreprise de mécanique, garçon de laboratoire au Muséum d'histoire naturelle. Le soir, il suit en auditeur libre les cours du Conservatoire national des arts et métiers où il se lie d'amitié avec Louis Bourdon, fils et héritier d'une grande famille d'industriels. Ce dernier le présente à son père qui, impressionné par le jeune Fournier, lui confie quelques responsabilités dans l'entreprise familiale. Recommandé par la famille Bourdon, il part en 1883 au Canada sur le chantier du Canadian Pacific Railway. Une fois le chantier terminé, il est à Panama pour travailler au creusement du canal. Victime de la fièvre jaune, il quitte Panama et se rend à San Francisco où il arrive le 7 décembre 1887. Il participe à la ruée vers l'or comme ouvrier. Très vite, sa compétence et les connaissances acquises au Muséum et aux Arts-et-Métiers lui ouvrent de plus hautes responsabilités. Il est envoyé par sa compagnie au Mexique dans la région du Chiapas pour prospecter les bois précieux, le pétrole et l'or. Rapidement, il prospecte pour son propre compte et fonde une société : Las dos Estrellas (Les deux Etoiles). Le 25 avril 1896, il épouse Claudine Calvayrac à Mexico. En 1901, il découvre un gisement aurifère dans les montagnes de Tlalpujahua. C’est le début de son immense fortune. Il acquiert d’importantes propriétés foncières et fonde une entreprise agricole modèle dans la région de Tabasco : la Colonizadora. Bientôt 5 000 personnes travaillent dans ses sociétés. En 1904, Fournier achète le château de la Doultre (commune de Montfaucon près de Château-Thierry) ainsi que le domaine agricole qui y est rattaché. Le château, qui remonte partiellement au XVIIIe siècle, avait appartenu à Tillancourt, député de Château-Thierry à la fin du XIXe siècle. Fournier s’intéresse à l’exploitation agricole : il améliore les rendements des cultures, modernise les étables et les installations (silos)… Il fait creuser des étangs pour la pêche et aménager une chute d’eau qui entraîne une turbine fournissant de l’électricité. A sa mort, le château devient la propriété d’une de ses filles, Viviane Antonia Sylvia qui épouse en 1943 Urbain de Maillé. Le château est endommagé et pillé durant les deux guerres. Ses propriétaires actuels ont mené à bien d’importants travaux de restauration. N'ayant pas d'enfant, Fournier divorce le 19 décembre 1906 et se remarie avec Mathilde Cruègne de laquelle il se sépare en 1907. En 1910, le Mexique connaît une grave crise révolutionnaire. Deux noms sont restés célèbres : Francisco Villa et Emiliano Zapata. Fournier quitte le Mexique et rentre en Europe sans attache. Il s’installe sur la côte d'Azur où il épouse une anglaise Sylvia Johnston Lavis en 1911. Sept enfants naîtront de cette union. En 1912, lors d'une vente par adjudication, il achète l'île de Porquerolles pour la somme d’un million de francs. Il obtient la nationalité française le 28 juin 1914. François Joseph Fournier met en valeur « son » île selon le modèle de la Colonizadora : développement des cultures viticole (180 hectares de vignes) et fruitière (20 hectares de vergers et de cultures maraichères), création d'une coopérative. François-Joseph Fournier meurt brutalement à Porquerolles le 13 janvier 1935 âgé de 77 ans. Aujourd’hui l’île de Porquerolles (7 kilomètres sur 3) est en grande partie propriété de l’Etat. L’île est protégée contre des programmes immobiliers anarchiques. Elle est rattachée au parc national de Port-Cros sans en avoir encore le statut officiel.
 
Sortie à Lessines (Belgique)
Dimanche 14 juin 2009
 
L’histoire de cet hôpital a quelques similitudes avec l’hôtel-Dieu de Château-Thierry. Les bâtiments du XVIe siècle sont aujourd’hui occupés par un musée hospitalier remarquable. Une restauration de grande ampleur de l’édifice est en cours. Le musée abrite un bel ensemble d’œuvres d’art (tableaux, statues, orfèvrerie…). Des salles rappellent le passé hospitalier des lieux : salles de malades reconstituées, pharmacie, présentation de matériel médical ancien et récent. On y évoque le souvenir d’une religieuse du XIXe siècle, particulièrement entreprenante, qui avait mis au point une sorte de panacée : l’elkiase. Le remède faisait merveille, dit-on, mais mais on constata qu’il était dangereux en raison de la présence de bichlorure de mercure dans la formule… Lessines fut également un centre important d’exploitation d’une pierre volcanique très dure : le porphyre surtout utilisé en voirie. Quelques exploitations à ciel ouvert fonctionnent encore.
 

SHACT
Société historique et archéologique 
de Château-Thierry