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Un maire sans divertissement en 1832
par Monsieur André TRIOU
Dimanche 19 décembre 2010
 
André Triou a choisi, pour cette conférence, une lecture à plusieurs voix, bâtie à partir d'articles relevés dans Le Guetteur et Le Journal de Saint-Quentin, rendant compte des débuts de Jean-Charles Namuroy, alors maire de Saint-Quentin. Il s'agit d'une chronique de ce qui se passait à Saint-Quentin pendant l'été 1832. Pour cette lecture, André Triou a sollicité plusieurs intervenants qui ont bien voulu accepter de l'accompagner. Le roi des Français, Louis-Philippe 1er doit lutter contre les républicains déçus et les royalistes insurgés dans l'Ouest. Une émeute a lieu sur la place de l'hôtel de ville. On enferme des opposants dans la prison du roi. Le carillonneur perd son emploi pour raison politique. L'épidémie de choléra inquiète fort la population à la recherche d'un bon remède. Le roi et la reine des Belges traversent notre ville après leur mariage. On retrouve dans le canal, la fleur de lys du vieux puits. Le maire assure de son mieux la tranquillité publique et célèbre la fête nationale des Trois Glorieuses dans le nouveau cadre des Champs-Élysées. Les personnages sont réels. On en reprend les expressions mêmes, les dialogues, les discussions, les disputes. Notre ville se trouve placée dans l'apprentissage du système libéral après avoir connu la République, l'Empire et le dernier exemple de la monarchie absolue. Le texte est divisé en huit tableaux (Un beau matin à l'hôtel de ville - Le chahut sur la place - Comment guérir du choléra - La protestation du carillonneur - Vive la Belgique - Du côté du canal - La prison du roi - La fête des trois glorieuses). Chaque tableau est séparé par quelques intermèdes divertissants.
 
La Somme dans l’Aisne
par Madame Monique Séverin - texte lu par Luc Loiseleux.
Vendredi 19 novembre 2010
 
Sumina, Soména ? Melleville, géographe et historien de l'Aisne, précise que plusieurs de ses collègues ont depuis longtemps observé que le mot Somme est un nom générique désignant les sources, employé par les anciens et que le Père Fournier propose le nom de Phudis, au Xe siècle, pour la partie s'écoulant de Fonsomme à Saint-Quentin, celui de Rimac et, près de Gauchy, rivulus Cehona. Autre remarque, presque tous les auteurs, anciens ou actuels, l'appellent rivière. Est-ce parce que son nom est féminin. Est-ce parce que son parcours est minime par rapport aux grands fleuves français ? La Somme est bien un fleuve qui se jette dans la Manche après 245 km parcourus en Picardie, dont 36 dans le département de l'Aisne. Avant d'aborder quelques textes d'auteurs locaux épris de la Somme et de ses oasis de fraîcheur et de verdure, je voudrais vous citer un article, copié de 1907 où il parut dans le Journal de Saint-Quentin. Ecrit sérieusement, bien qu'avec humour, on ne sait qu'en penser. Jugez-en plutôt !. Un lecteur, ingénieur civil de son état, cite un cours de M. Douxami, professeur à la faculté de Lille, où ce dernier a évoqué les travaux des savants et les déductions audacieuses du géographe américain Michel Lewis. D'après celui-ci-, il fut un temps où la Somme, affirme t-il, prenait sa source en Lorraine où elle roulait à Amiens – ou plutôt ce qui devait devenir Amiens – trois fois plus d'eau que la Seine à Paris (Qui le dirait en passant le pont d'Isle ?). Elle passait à Verdun, Sedan (Meuse-Lorraine actuelle), à Charleville, puis par le cours de la Vence, et de l'Aisne, gagnait Montdidier puis Amiens par l'Avre après avoir reçu l'Oise comme affluent. D'où il ressort que notre Somme, n'en déplaise aux Saint-Quentinois, n'était qu'un vulgaire affluent de la Somme préhistorique, la vraie ! Elle évoluait alors paisiblement, peut-être avait-elle quelques-uns de ses affluents sur la conscience mais, passons. Parallèle à la Seine, elle était le plus beau fleuve du Bassin Parisien. « Malheureusement, elle perdit de sa combativité, rêva de pacifisme. Parce qu'elle voulait la paix, elle ne vit pas que ses voisins l'enviaient et la guettaient. Un jour, le Rhin lui prit la Moselle, puis un autre affluent de la Sambre-Meuse qui s'y jetait à Namur, ambitieux et sournois, creusant en silence son lit dans le massif des Ardennes. Un jour, jour maudit, il arriva à Charleville et sans crier gare, enleva toute la partie appelée aujourd'hui Meuse-Lorraine. Ce fut un rude coup pour la pauvre Somme ; ce n'était pas le dernier. Un affluent de la Seine, de médiocre origine, luttait désespérément pour traverser le plateau de Compiègne : après un labeur acharné, il y parvint. Alors, ce ne fut pas long, la Somme fut privée de l'Aisne et de l'Oise, dont le voleur prit le nom. Ce qui fait qu'aujourd'hui, la Somme promène mélancoliquement ses eaux dans un lit dix fois trop large, se jette dans la Manche par un estuaire ridiculement vaste pour sa maigreur. Elle est maintenant en pleine décrépitude, plaignons-la. Voilà aussi pourquoi l'Avre, qui est exactement dans le prolongement de la Somme inférieure, n'est qu'un affluent, tandis que la Somme saint-quentinoise est un fleuve ! » La source de notre cours d'eau picard est à Fonsomme, verdoyante localité située au nord-est de Saint-Quentin, bien que certains de nos savants chercheurs mentionnent dans un passé lointain les sources initiales à Aisonville ou à Fresnoy-le-Grand. Les sources de Fervaques sont évoquées avec poésie en 1897 par le chroniqueur vermandois qui n'est autre que Charles Journel, érudit et historien local. Il écrit ces quelques lignes : « La Somme, ah ! La petite rieuse, s'échappe en glouglous précipités – c'est une bonne année – par cinq ou six orifices au sol, pareille à des trous de Jeannot Lapin. Ces cinq ou six sources sœurettes semblent danser en ronde gaiement, comme de jeunes naïades, dans leur berceau de craie tout blanc, tout virginal. Aucune architecture, aucun apprêt ne les couvre. Elles sont toutes nues, toutes ingénues et se mettent à filer tout de suite d'un pied léger, entre deux rangées de saules. C'est ici un simple abreuvoir aux oiseaux, ouvert au ciel bleu qui s'y plonge, sans rien de secret. Un abreuvoir jaillissant et pur où les bestiaux tranquilles viennent plonger leurs pattes tremblantes ». Et de citer les vers agrestes de Dyonis Ordinaire, député récemment disparu, ancien élève du Lycée de Saint-Quentin, devenu professeur à Amiens : O splendeur et magnificence des pays plats ; Des brouillards rampent en silence sur les colzas ; Tandis qu'entre la betterave et le froment ; La Somme au cours tranquille et grave, passe en dormant … Voici une description plus savante (probablement de Charles Poëte (1902) : « Les sources de la Somme, dont l'altitude est de 80 mètres environ, se trouvent à quinze kilomètres de Saint-Quentin . Elles sont sur le bord de la route de Fonsomme à Croix-Fonsomme et Fresnoy-le-Grand, au pied d'un tertre gazonné et planté d'arbres. C'est une fosse peu profonde en forme d'abreuvoir, entourée de petits talus des côtés Nord et Nord-Est, au centre, de collines dont l'altitude est de 157 mètres du côté de Fresnoy, près du lieu-dit « l'Ecaille », de 147 mètres du côté de Brancourt, de 142 mètres près de Méricourt, de 143 mètres du côté de Fontaine-Uterte, de 97 mètres à Fonsomme. En voyant leur débit diminuer, l'on peut supposer que les eaux qui s'infiltrent dans la terre et qui ont formé pendant de longs siècles « les sources remarquables, tant par la limpidité que par l'abondance de leurs eaux sans cesse bouillonnantes » (ferventae acquae), ont rencontré pendant longtemps un terrain imperméable qui se dirige en pente vers la vieille fosse de l'ancienne abbaye de Fervaques, autour et au fond de laquelle les eaux se réunissaient. Adrien Villart, en 1902, évoque aussi Fervaques : « Calme, poétique et charmant. La rivière, l'étang originel quitté, s'enfonce dans un lit étroit, ombragé au point d'en être invisible, serpentant à travers des pâtures jusqu'au moment où, tombant dans le grand marais d'Isle, elle y trouve un accroissement considérable et fait tourner son premier moulin ». Le chroniqueur et ses compagnons poursuivent leur promenades : « Nous arrivons en face de ce joli pavillon du XVIIIe siècle, élégant vide-bouteille, transformé en maison de ferme et appartenant, si nous ne nous trompons, à M. Limage, maire de Fonsomme. Tout autour s'allongent de grands fossés, bien alignés et drainant l'eau des sources qui fournissent à la rivierette un appoint sérieux. Elle en sort déjà plus importante avant d'aller se promener en grande dame dans les belles propriétés de MM. Damoisy, Desjardins et de Chauvenet ». Depuis que l'on apprend à mieux gérer la nature, on se rend compte de la beauté des vallées et des marais qui bordent les cours d'eau. Il n'en a pas toujours été de même, car les marais étaient vilipendés pour les miasmes qu'ils apportaient jusqu'au cœur des villes. Saint-Quentin, qui se réjouit maintenant de posséder la seule réserve naturelle urbaine, a peu de mérite de l'avoir conservée car la Somme, après la disparition de ses deux autres étangs, fut encore bien près, au cours du siècle dernier, de subir l'assèchement du grand étang qui, seul, est demeuré. Si parfois des sacrifices financiers ont été faits pour l'entretien de la Somme, il fallait les réclamations des populations riveraines en aval du cours d'eau pour que l'on s'y décide. En effet, les vases qui haussaient le niveau provoquaient, en cas de crue, les inondations inévitables. Le curage de la Somme fut longtemps négligé, mais il y avait alors moins d'apport de matières étrangères diverses. Il fut ensuite l'objet de nombreuses controverses. En 1884, on s'aperçut – conseil municipal du 16 août – qu'il a été oublié depuis 1868 ! Surprise aussi inattendue que désagréable, on réclame 40 000 F à la ville (cette somme sera portée à 78 000 F). Et il paraît qu'il faut avaler la pilule. Cette réclamation soulève de vives protestations et la négligence est portée au compte des Ponts et Chaussées. Le préfet conseille de curer désormais la Somme tous les ans, ce qui coûtera de 2 à 3 000 F. préjudice subi par les maraîchers de Chantraine est très élevé. L'eau n'est guère qu'à vingt centimètres du tablier du pont de la Petite-Vitesse ; elle atteint les autres passerelles du côté de Rocourt. Le lit de la Somme est à pleins bords. Les ouvriers occupés au curage disent que cette crue est remarquable par sa rapidité, qu'il faut remonter à une vingtaine d'années en arrière pour en rencontrer une semblable. En 1897, le cas s'est aggravé. Les égouts sont en cause. Dix-sept conseillers municipaux vont se rendre sur place, de Saint-Quentin à Seraucourt, pour évaluer le degré d'envasement. « Un grand omnibus emporte les excursionnistes sur les bords empuantis de la rivière. Dès la gare ils mettent pied à terre. L'envasement est complet. On remarque en passant le siphon appartenant à la Compagnie du Nord (chemin de fer) mis obligeamment à la disposition de la ville pour aider au déversement des eaux de l'abattoir. On escalade le talus du chemin de fer, en avant du pont de Vélu d'où on aperçoit le fossé des Allemagnes, de l'autre côté de la Somme. Il coule à travers les jardins maraîchers. On s'arrête au siphon du Coulant-Garant qui débite 4 000 m3 d'eaux sales par jour. On sait combien, en cas de grandes pluies, il est insuffisant. La commission s'embarque entre Oestre et Dallon pour naviguer sur la Somme jusqu'à Seraucourt. Plusieurs barques ont fort à faire avec la vase qui les retient. Enfin, grâce à l'énergie des rameurs, on sort de cette "mer des Sargasses". Une concertation a lieu à Seraucourt où un aimable habitant donne à la commission des explications intéressantes et des renseignements dont il sera fait profit. Là aussi, l'omnibus recueille les conseillers et une course à grande guide les ramène à l'hôtel de ville pour sept heures ». Quel sera le résultat de cette excursion ? Deux projets paraissent se faire jour : d'abord l'utilisation du fossé des Allemagnes pour recevoir la totalité des eaux-vannes de la ville, en faisant passer les siphons sous la Somme, de façon que l'eau se dépose dans les terrains de peu de valeur au-delà de la rivière où, après avoir exproprié les 200 hectares, on creuserait des bassins de décantation. Mais voilà, il y a déjà une plainte des jardiniers devant le conseil de Préfecture ; ces derniers ont subi, en 1895, pour le marais Chantraine et celui du Bas, la perte de leurs récoltes occasionnée par le débordement du fossé des Allemagnes, précisément envasé au plus des trois quarts. La seconde idée consiste dans l'abaissement du lit de la rivière et le fait pour la ville d'acquérir une dragueuse à vapeur et de l'employer continuellement. La dépense annuelle serait modérée mais la solution serait-elle efficace ? Quoi qu'il en soit, la Somme est nettoyée dans l'année par l'entrepreneur Wallon-Satizelle, sur le parcours dans Saint-Quentin. Le curage se fait à l'aide de barques, mais le résultat n'est pas meilleur que lorsque la ville faisait faire le curage pour son compte par des ouvriers ; ceux-ci, à l'aide d'un barrage à Fontaine, mettaient en dépôt la vase et les herbes en bordure du cours d'eau, près du chemin de Castres à Fontaine, et les vendaient avantageusement aux cultivateurs comme engrais. C'était long et pestilentiel. L'entrepreneur, lui, rejette tout au long la vase sur le bord des propriétés riveraines. Qu'arrive-t-il ? Cette vase, qui est nécessairement très longue à sécher, retourne à la rivière aux premières pluies abondantes. Au cours d'une promenade, en septembre 1902, Adrian Villart, parti à Fonsomme avec quelques compagnons, essaie de suivre le cours de la Somme…. mais la Somme a découché. Il n'a pas été possible de retrouver la rivière ; à la place de la source c'est maintenant une prairie verte, des mauvaises herbes, et une petite rigole au milieu qui recueille les eaux usées. « Nous suivons le lit à pied sec, écartant les branches qui fouettent le visage et passons d'un "héritage" dans l'autre. Il ne reste qu'un mètre de vase à croûte durcie et trompeuse L'un de nous s'y enfonce ; il y a une médaille de sauvetage à gagner ! Les chroniques signalent qu'au cours des siècles, les sources se sont taries plusieurs fois, mais à ce point, probablement jamais. Nous sommes retournés à Fonsomme sans avoir retrouvé la Somme ». De son côté, le savant chroniqueur du Guetteur, évoque les raisons de cette défaillance. Les eaux de la Somme ont-elles pris une autre direction ? Alimentent-t-elles d'autres sources du voisinage comme celles de Lesdins, de Morcourt et Harly notamment, qui sont toutes les sources les plus abondantes du cours de la Somme ? Ou bien la couche de terrain imperméable qui reçoit les eaux pluviales qui ont formé les sources de Fonsomme s'est-elle affaiblie, crevassée par endroits depuis dix ans et a-t-elle aussi laissé pénétrer les eaux dans les nappes profondes qui forment les sources des puits artésiens ? A Morcourt, les ruisseaux ne sont pas à sec en ce moment, mais les eaux ne sont pas si abondantes que les années précédentes. Il semble que les sources qui les alimentent soient exposées aussi à tarir prochainement. Celles qui passent au Moulin-Brûlé près du canal, à l'entrée du chemin de Morcourt, sont peu élevées et n'ont pas la même force d'écoulement qu'à certaines époques de l'année dernière. Pourtant, le printemps et l'été derniers ont été pluvieux. Le tarissement des sources n'est pas un phénomène nouveau dans nos contrées. Il y a, en différents endroits, des cours d'eau desséchés depuis longtemps déjà et qui ne retrouveront probablement plus jamais les eaux qui arrosaient leurs bords autrefois. Mais, si les sources de la Somme ont tari quelques fois, elles ont toujours retrouvé leurs débouchés à des époques intermittentes : seulement on n'a jamais constaté un tarissement aussi prolongé que celui qui existe depuis quelques années ». A nouveau, novembre 1902, le Journal de Saint-Quentin se penche sur le problème. « Le phénomène de la baisse des eaux devient vraiment inquiétant. Nous avons pu constater hier encore que la Somme n'existe plus avant Rouvroy. Son lit n'est plus qu'un fossé absolument sec au-delà de Fonsomme. Des puits artésiens qui donnaient une eau abondante dans une des plus belles propriétés des environs de Saint-Quentin (propriété de M. Lehoult à Rouvroy ?) ont tari et l'étang s'est vidé instantanément dans des "sources absorbantes". Monsieur Martiel met ses cygnes en vente, car la rivière qui closait sa propriété a disparu. Si on élève des canards à sec, on sait qu'il n'en est pas de même pour les cygnes. Il leur faut de l'eau. M. Rabelle a indiqué les trois causes du mal : les labours profonds, le déboisement et l'absence depuis dix ans et plus de grandes chutes de neige. On rappelle que les petits affluents de la Somme, la Germaine, l'Omignon, le Fossé Coulant, la Cologne, la Tortille, l'Eauette, sont tous en régression ». En 1903, on souligne encore la sécheresse. « A l'aide des explorations spéléologiques, on peut constater et affirmer que la cause principale de cette fuite des sources est l'usure, l'ablation, la fissuration de plus en plus grande des substratums souterrains. La pesanteur, l'érosion mécanique, la corrosion chimique sont trois ouvriers qui jamais ne chôment pour ouvrir aux infiltrations des voies perdues de plus en plus élargies vers les entrailles de la terre. On peut prédire que notre planète sera desséchée avant l'extinction du soleil : on doit rechercher les moyens de retarder cette fatale évolution ». La Somme continue à mener les édiles et les riverains de Charybde en Scylla. « Essayez donc un peu (Guetteur du 15 avril 1904) d'aller naviguer en barque jusqu'à Seraucourt. Dans cet immense bourbier pestilentiel, votre aviron qui servira à conduire la barque s'enfoncera d'une profondeur de trois à quatre mètres dans la vase, la barque n'avancera pas car il n'y a plus, par endroits, qu'à peine deux à trois centimètres d'eau sale et dormante. Les magnifiques poissons, brochets, carpes, tanches, il y a longtemps qu'ils ont disparu. Il est bien loin le temps où tous les promeneurs saint-quentinois ou ceux des communes environnantes venaient se faire un régal de belles fritures de nos marais. Il en est de même des pilets, sarcelles, canards sauvages et poules d'eau qui excitaient le plaisir des chasseurs. Les locataires des chasses envoient du papier timbré pour résilier leurs baux ». On raconte, en 1905, qu'un farceur passant sur le pont de la Somme et regardant le filet d'eau sale s'écria : « Décidément, ce ruisseau est comme les vicaires, il demande à être curé ! ». En décembre 1905, voilà que l'eau a monté de trente à quarante centimètres dans toute la vallée de la Somme. « Le débit moyen de la rivière qui est de 800 litres/seconde au Moulin d'Isle, s'est élevé de 1 600 litres et l'on a vu ces jours-ci, spectacle inattendu, le Moulin d'Isle, ayant trop d'eau, en lâcher sur le côté, dégradant le nouveau talus. … L'eau gênée dans son écoulement, parmi les détritus accumulés, se répand partout et l'on ne peut plus donner un coup de bêche sans faire jaillir une source ». En 1906 : « Que d'eau ! Voilà un an et demi qu'il pleut ! La Somme débite 1 900 litres/seconde. Le canal ne prend plus d'eau à l'Oise, les sources du Grand Souterrain suffisent à l'alimenter. Quant aux meuniers qui avaient intenté des procès à l'administration qui, disaient-ils absorbait toute leur eau – le canal – voilà qu'ils sont presque aussi gênés de l'abondance du liquide qui noie leurs roues, que de sa pénurie d'antan ! Les experts nommés par les tribunaux pour constater la sécheresse, ayant mis une sage lenteur à se déplacer, sont arrivés en pleine inondation et leurs conclusions, au lieu d'être sèches, sont un peu molles. Ce qu'il y a de divertissant, c'est qu'au cours des années sèches 1901, 1902 et 1903, où l'on plantait des choux dans les sources de la Somme et où les carpes des étangs s'habituaient mal au régime sec, les savants nous avaient congrûment expliqué que notre planète se desséchait et ils avaient échafaudé des théories irréfutables pour annoncer qu'en un certain nombre d'années, nous péririons dans l'aridité finale et absolue ». 1910. Les vieillards ont entendu parler des inondations catastrophiques de Paris et de la région parisienne. Elles sont restées dans les mémoires. Mais Saint-Quentin eut les siennes, par les débordements de la Somme. Le chroniqueur Remicourt se rend sur place. « C'est moins terrifiant qu'à Alfortville, admet-t-il, mais c'est curieux tout de même. Il y a, dans l'ancien champ de courses du Moulin-Brûlé deux ou trois mares stagnantes contenant moins d'eau qu'on ne boit de bière à Saint-Quentin en une année, mais je soutiens que c'est étonnant tout de même. [….] il n'y a pas plus de six ans, les géologues prédisaient que c'en était fait de la Haute-Somme, que Fonsomme n'était plus qu'une expression géographique et Fervaques un souvenir étymologique ; qu'il fallait reporter aux étangs d'Isle-les-Sources de la lente rivière. Et voilà, cette Somme au cours si tranquille qui fait sa Seine, qui fait des siennes ! Elle arrive grossie de son affluent antitorrentiel, la Lecque, parallèlement au canal et à son contre fossé, en vue du champ de courses et là, crac, elle trouve un point faible, franchit l'un de ses bords et va folâtrer sur l'herbe. C'est à six cent quarante cinq pas exactement du pont du Moulin-Brûlé, avant le coude du canal à Brocourt. Là, l'eau se déverse doucement dans le marais de la Gloriette ». Adrian Villart rapporte que « les eaux ont envahi les caves du faubourg d'Isle et les chaufferies de l'usine électrique des tramways, boulevard Cordier. Chaque jour, et la journée entière, on y pompe l'eau. Mais il faut reconnaître que pour construire l'usine, on avait chassé la Somme de son lit : elle y revient ! » Au Moulin d'Isle, M. Delarue reconnaît avoir de grosses difficultés qu'on n'avait pas connues depuis plus de vingt ans. « Une des deux vannes de décharge est tout à fait levée, et cependant, le niveau d'eau se rapproche du niveau d'aval, paralysant ainsi une part d'énergie de la turbine qui tourne dans l'eau au lieu de tourner à l'air libre ou à peu près ». Il explique : « Nous avons une Somme pleine, débordante, sans doute parce que les sources ont redonné de toutes parts … ». En 1925, les plaies de la guerre sont à peine pansées qu'un plan d'urbanisme est rendu public. Le passage supérieur est conçu, bien qu'il ne doive s'achever qu'en 1929. Il surmontera le canal, la Somme, le square de la gare et une partie de la rue de La Fère, encore bâtie pour la plupart d'hôtels et de commerces épargnés par la guerre. Nos concitoyens apprennent avec stupeur que leur rivière, la Somme, va être sacrifiée à ce projet et qu'elle risque fort d'être recouverte. (Malheureusement l'adjudication a déjà eu lieu et les protestations vigoureuses resteront sans suite). « Ce débouché d'une fine et limpide rivière hors des vastes étangs est un coin de paysage des plus pittoresques et des plus rares - écrit le Guetteur de l'Aisne, un ancien du pays ». Les créations artificielles du Bois de Boulogne et des Buttes Chaumont sont au-dessous d'un pareil décor. Les berges sont déjà stylisées, plantées de quelques arbres d'une élégance maigre qui tenterait un pinceau japonais ; il ne resterait qu'à établir une pente gazonnée le long du flot d'argent. Il n'est pas permis d'étouffer sous le ciment cette vie et cette beauté et de fermer ces yeux purs de fontaine, qui ont vu tant de choses. Qu'on recouvre un canal, un égout, c'est à merveille, mais non pas une fraîche rivière qui sort comme une vive anguille du sommeil des étangs, qui court, froufroutante et qui anime tout autour d'elle. Comprendrait-on qu'on couvre la Seine à Paris ? Quelqu'un, récemment, l'a proposé pour un bras seulement autour de la Cité, et l'indignation fut générale. La Somme est notre Seine. Elle a fait naître Saint-Quentin, elle lui donne son sens et sa figure ; elle lui a même autrefois donné son nom : Aouste sur Somme. Ce coin de terre a en outre sa légende mystique, sa poésie. C'est là que le martyr Quintinus fut jeté mort dans la rivière puis retrouvé dans un éblouissement de lumière par la Romaine Eusébie. On puisait là l'eau miraculeuse et peu importait qu'elle le fût ou non ! Les deux voûtes du Moulin méritent également d'être conservées sous forme de ruines arrangées. Elles rappellent le fameux Moulin Becquerel dont il est si souvent question dans les fastes de la ville. D'humbles ruines du moulin, flanquées d'un canon gisant, seraient symboliques et, sans verser dans le théâtral, s'harmoniseraient avec le Monument aux Morts. La direction du journal s'associe à ces regrets, tout en constatant la « nécessité de couvrir le cours de la Somme depuis les étangs jusqu'à 300 mètres de là, pour permettre l'aménagement de la gare des marchandises, complétée d'une gare fluviale et lui donner des voies d'accès. Saint-Quentin est une ville industrielle, et certaines nécessités sont inéluctables. Peut-être, mais on va tracer sur l'ancienne place de la gare un square gracieux s'allongeant depuis les rives de l'étang d'Isle. Pourquoi ne pas laisser paraître dans toute sa traversée le cours limpide de la rivière ? » Mais la plainte des Saint-Quentinois se poursuit. Car, en fait, ils avaient cru comprendre que la rivière ne serait couverte que dans la cour de la Petite Vitesse. « Comment admettre qu'on supprime, au prix d'ailleurs de sommes considérables, dans un projet qui a précisément pour but l'embellissement, une pure beauté que d'autres villes auraient créée artificiellement à prix d'or ? Qu'on couvre la Somme là où c'est indispensable, mais qu'on ne la cache pas dans un jardin dont elle sera le charme et le sourire ! » Et Marcel Sommé, le chroniqueur du Guetteur de l'Aisne conclut : « N'insistons pas. Il y aurait là un tel défi au bon sens et au bon goût, que nous croyons la cause entendue. M. Bigot, l'auteur du plan d'aménagement est trop grand artiste pour se laisser entraîner à commettre pareille erreur ». Ce que le talentueux architecte fit pourtant ! Et l'on va rappeler le sort de l'infortuné Grosnard, déjà enfermé dans un tuyau d'égout trop petit pour lui. Et d'évoquer Ronsart et la forêt de Gâtine, Du Bellay et le petit Lignon … Un lecteur nostalgique affirme que le monument aux Morts non plus ne fait pas l'unanimité – ou du moins la place choisie et ajoute : « Il faut être avancé dans la vie pour constater la disparition de tout ce qui charmait autrefois. C'en est fait ! Nous ne verrons plus le petit bras de la Somme et son abreuvoir qui servait, il n'y a pas encore bien longtemps, à tous les chevaux des hôtels voisins et du quartier. Et a-t-on pensé qu'on détruisait tout le passé de cet endroit historique ? Il y a quelques années, on pouvait encore remarquer sous la voûte du Moulin d'Isle, une statuette de saint Quentin, renfermée dans une boîte vitrée ; celle-ci marquait la place où la dame romaine Eusébie avait retrouvé le corps de l'apôtre Quentin ». Le journal du 8 août 1925 rapporte qu'une mesure provisoire du conseil municipal sauve momentanément la Somme. Mais ce ne fut que reculer pour mieux sauter ! Dans un article « El'Somme » consacré à la pêche, Jehan Adès, dans l'Almanach de la Pêche 1935, évoque, avec nostalgie, ses premières pêches dans l'eau claire de l'abreuvoir de la Somme, près de l'usine paternelle. Il y avait de tout dans « ch'l'abluvoair » et même une écrevisse. Il y a vu aussi boire les éléphants du cirque Pinder. « A la descente des chevaux, une équipe pittoresque de jeunes garçons, Kison, Tchot nez, Lafleur, Cavelle, se faisait un monopole de mener baigner les chevaux et malheur à celui qui aurait passé outre : il n'était pas loin de prendre un bain lui-même. Ein peut-i-y aller ? A l'aube du 15 juin, ouverture de la pêche, un groupe invisible attendait l'heure légale de tremper le fil. Au bas de la descente pavée qui reliait la rue de La Fère à l'abreuvoir de la Somme, vingt gaules frémissaient. Mais personne n'était là pour répondre que le soleil n'était pas encore levé et que, par conséquent, "on ne pouvait pas y aller". "Puis, au bout d'un laps de temps assez court, et comme mus par une décision unanime, les vingt roseaux s'abaissaient, envoyant les lignes faire flotter leur plume de paon ou d'oie dans l'eau fumante du petit jour … » Et Jehan Adès – qui a trempé du fil tout au long de la Somme et ailleurs – termine : « Les poissons comme le cours du fleuve, sont calmes, à cause du peu d'oxygénation de l'eau. Les brochets et les perches se laissent amener comme des brèmes, et les brèmes comme des ardoises. C'étaient les poissons de ma jeunesse ». Nous avons vu que nos anciens qualifiaient tour à tour l'eau de la Somme de fraîche, vive, froufroutante, avec son flot d'argent, ou paresseuse, dormante, maigre, vaseuse, pestilentielle même ! De nos jours, la Somme coule toujours ! Les sources donnent même davantage qu'en avril 1990. On l'a vu lors de l'inauguration, en juin 1993, du site de Fervaques. IL Y AVAIT TROIS ETANGS. C'est en 1981 que la réserve d'Isle est officiellement établie sur l'Étang d'Isle et le marais de la Somme. Le décret ministériel du 5 octobre est signé Pierre Mauroy, premier ministre. Essayons de retrouver un peu du passé concernant ce site remarquable formé autrefois par les étangs d'Isle, avant l'assèchement de deux d'entre eux. De petits étangs particuliers existaient à l'est de la ville, aux Islots, à Tour y val. Mais il y a surtout lieu de mentionner les trois principaux étangs situés au sud de l'agglomération. L'Étang du Haut ou Grand Étang, maintenant Étang d'Isle, est le seul existant aujourd'hui. Le Petit Étang ou Étang du Coupement (nom originaire des fortifications) comblé au siècle dernier, était au nord du précédent ; son ancien emplacement est aujourd'hui délimité par le canal et la rue de l'État Major ; on y trouve la rue de l'Étang, la rue du Vivier, aux noms évocateurs. Enfin l'Étang de Bas, au sud du canal et de la Somme, recouvrait les alentours de la gare actuelle et fut asséché pour la construction de la voie ferrée. Bien sûr, le Grand Étang et son marais nous sont connus par l'évocation du martyre de saint Quentin et surtout de son immersion, au IIIe siècle. Mais plus tard, les trois étangs appartiennent de temps immémorial aux comtes de Vermandois. Le comte Albert 1er en dote au Xe siècle l'abbaye d'Isle. En 983, elle possède l'équivalent de 118 ha et recevra encore d'autres biens de la même origine. En 1464, les religieux possèdent les eaux de Rouvroy à Harly et jusqu'au moulin de Rocourt, y compris le moulin d'Isle, moulin Becquerel. Tout cela est affermé aux pêcheurs, aux blanchisseurs (bueries), aux meuniers. De nombreux propriétaires vont succéder aux moines dont l'abbaye, après le désastre de 1557, sera transférée en haut de la ville. Au cours des siècles précédents, les étangs et surtout les marais sont d'un faible rapport et leur valeur marchande est peu élevée. En 1766, le chanoine Pétavy écrit : « Les marais de la Somme ne servent à rien. Les herbes qui y croissent sont de mauvaise qualité. Ce sont cependant des terrains immenses dont le produit serait inestimable si on voulait les dessécher. De plus, on rendrait la vigueur et la santé aux habitants riverains ». L'ambition de toutes les municipalités qui vont se succéder sera de procéder à l'assèchement des étangs et des marais de Saint-Quentin. La description telle que se présentent au début de la Révolution les propriétés de l'abbaye, est en partie la suivante : « Un étang, dit l'Étang de Haut, y compris une grande maison bâtie nouvellement en brique et pierre, couverte d'ardoise, avec un jardin y tenant : 1 525 livres. Un pré planté de peupliers et une bordure jointe : 46 livres. Un jardin potager nouvellement formé dans les eaux de l'étang au moyen de décombres qui y ont été conduits à prix d'argent … Des pépinières d'aulnes et de "blanc", des plants d'osier et de peupliers d'Italie. L'Etang de Bas avec une maison pour le pêcheur, 1 800 livres et une buerie afférente, 2 570 livres ». En 1791, les biens de l'abbaye d'Isle deviennent propriété de la Nation. Les étangs restent entre les mains du district. Les communes de Rouvroy et d'Harly revendiquent la propriété de parcelles riveraines, mais sont déboutées par le directoire départemental, qui décide la mise en vente des étangs. Toutefois, celle-ci n'aura lieu qu'en septembre 1805 et les eaux deviendront la propriété de la famille Joly de Bammeville. En 1817, Victor Joly monte sur la chute de la Somme une filature moderne, la Fabrique Rouge, qui n'empêche pas les moulins à farine de tourner. En 1826, un établissement de bains est organisé par souscription sur le grand Étang d'Isle, par Lefèvre, fils aîné. La même année, les étangs sont acquis par Desquilbet et Bernier, filateurs à Bohéries, et après la faillite de ces derniers, vendus aux frères Gochon dont l'un est conseiller municipal. Dès 1831, le Coupement appartient à la ville qui déverse dans le Petit Étang tout ce qui l'encombre et loue le reste par lots. Il se monte successivement sur ses bords une petite raffinerie, une tannerie, une teinturerie. En 1829, Desquilbet avait tenté d'être autorisé à assécher le Grand Étang ; il y eut une enquête, le projet n'aboutit malheureusement pas. En 1838, le fermier de l'étang interdit le patinage hivernal : il y aura échange d'insultes et voies de fait. En 1842, Pommier, professeur de gymnastique en ville, ouvre des bains par souscription. Ils seront améliorés en 1853 « afin de procurer les avantages de la baignade à un plus grand nombre tout en donnant aux familles la sécurité la plus grande, une surveillance de tous les instants ». Le prix d'entrée est fixé à 20 centimes par personne ou 5 francs pour toute la saison. Il y a deux écoles pour hommes et une pour dames, distinctes et avec entrées particulières. En 1843, près du Coupement, au bord du Petit Étang, est établi un lavoir couvert pour « lessives bourgeoises » avec combustible et ustensiles fournis. En 1845, le Grand Étang est acquis par le meunier Beaufrère de Macquigny qui exploite puis louera le moulin d'Isle. Sa famille possèdera ces biens jusqu'en 1922, année où ses héritiers accepteront de vendre à la ville. En 1846, Chantraine, qui a aussi acquis en 1845 le marais et l'Étang de Bas demande l'assèchement. Le Génie militaire s'y oppose. Cela demandera quelques années et les terrains seront loués aux jardiniers. Le marais porte toujours le nom de Chantraine, son propriétaire en 1845. Les travaux du chemin de fer, terminés en 1850 auront naturellement entraîné l'assèchement du tout un lot et son expropriation en partie. Au Petit Étang, des rues sont déjà percées en 1857 et reliées par des passerelles de deux mètres de large. Mais on continue à y apporter des décombres. Près du chemin de fer, Madame Watrinelle ouvre en 1861, sur le Grand Étang, un établissement de blanchissage, repassage et raccommodage. Jules Moreau, propriétaire du Journal de Saint-Quentin, entame, en 1866, une campagne en faveur de l'assainissement des deux étangs, autour desquels l'infection est permanente. La misère et le chômage règnent durant la guerre de 1870. Le comblement du Petit Étang sera entrepris sur une plus grande échelle ; en 1871, 516 chômeurs y sont employés, mais il y en eut davantage. La ville renonce à procéder aux travaux à son compte, mais contraint les entrepreneurs à le faire. On se préoccupe toujours de l'assainissement. En 1875, un membre de la Société académique, Monsieur Robert Depret, propose rien moins qu'une dérivation du canal à partir du Moulin-Brûlé, par le faubourg Saint-Jean pour faire écouler dans son lit les eaux de la Somme et, de la sorte, assécher le Grand Étang. Une société pourrait mener à bien « cette idée hardie et qui frappe vivement l'esprit » ainsi que l'écrit le sénateur Henri Martin à ce sujet. En 1878, le remblai du Petit Étang n'est pas achevé. On vote 2 000 F dans cette intention, et en 1880 M. Pierre Bénard adresse une nouvelle mise en garde aux autorités, dans le cadre des travaux de la Société académique. Des pourparlers ont déjà eu lieu dès 1898 entre la ville et les consorts Beaufrère. La surface en question est alors de 129 ha. L'acquisition par la ville de Saint-Quentin du magnifique Étang d'Isle aura lieu en 1922. La ville complètera ce lot par la suite. En 1933, c'est la fin du bail Bontemps (pêche et bains). Les sociétés de pêche locales sont vivement intéressées. Enfin, la municipalité mènera à bien l'établissement de la plage, pour le plus grand bien des populations. La chasse et la pêche continueront d'être affermées.
 
Paul Landowski, sculpteur
par Monsieur Sébastien Sartori
Vendredi 22 octobre 2010
 
Sébastien Sartori nous a présenté et commenté des photos concernant ce sculpteur. Le Christ rédempteur de Rio de Janeiro ou la statue de Sainte Geneviève du pont de la Tournelle de Paris sont facilement identifiables par la plupart d'entre nous. Mais peu connaissent le nom du sculpteur : Paul Landowski et encore moins son œuvre, à la fois immense et monumentale. Et qui pourrait imaginer qu'il a travaillé dans l'Aisne à plusieurs reprises et notamment à Saint-Quentin. Profondément marqué par ce qu'il a vu et vécu pendant la Grande Guerre, il est sollicité pour réaliser des monuments aux morts pour une quinzaine de communes. Parmi celles-ci, trois dans l'Aisne (Saint-Quentin, Fargniers et Chézy-sur-Marne). Pour le monument de Saint-Quentin, Landowski reçoit la réalisation du bas-relief évoquant 1870 (Aux anciens de 1870), les extrémités du relief central, l'Exode (évacuation des habitants en 1917) et le Retour (en 1919 dans une ville détruite). Ces bas-reliefs illustrent parfaitement ce qu'ont dû subir les Saint-Quentinois en 1917. Le projet est adopté en séance du conseil municipal le 1er décembre 1925, le monument est inauguré le 31 juillet 1927; en présence du général Debeney, libérateur de la ville en 1918. Paul Landowski est né le 1er juin 1875 à Paris et décédé le 31 mars 1961.
 
Saint-Jean-Baptiste, petite histoire d’une église de quartier
par Monsieur Luc LOISELEUX
Vendredi 17 septembre 2010
 
Le canal de Saint-Quentin est resté longtemps à l'écart du projet et le début de sa réalisation a occupé une bonne partie du XVIIIe siècle. L'idée de réunir les sources de la Somme et de l'Escaut par des galeries souterraines, selon les plans de M. Devic et les travaux majestueux de Joseph Laurent à partir de 1767, ont été interrompus, repris jusqu'en 1775, puis abandonnés faute de moyens et de volonté politique. Les années passèrent et la Révolution arriva. De nombreux spécialistes étudiaient encore la question de réunir la Somme et l'Escaut. Les commerçants de Saint-Quentin avaient présenté un mémoire au conseil général de l'Aisne, appuyés par les villes de Valenciennes et de Cambrai. De nouveaux projets étaient proposés au ministre de la Guerre. Un rapport du député Poncin, présenté à l'Assemblée nationale, fut adopté le 25 septembre 1791 et une somme de 100 000 livres fut allouée pour la poursuite du percement de la galerie souterraine. Mais les embarras du moment et les influences contraires firent perdre le projet de vue. Les fonds ne furent pas versés et l'on abandonna encore les travaux. Le canal aurait pourtant été bien utile pendant les guerres de la Révolution, évitant de longs transports routiers et parfois maritimes organisés à grands frais pour le ravitaillement des armées du Nord. Au lendemain du 18 brumaire, un employé des transports militaires, nommé Cambronne, adressa au ministre de l'intérieur Crétet, puis au chef du gouvernement, des mémoires demandant l'achèvement du canal. Il proposait la reprise des travaux du projet de Laurent et demandait l'établissement d'un port à Saint-Quentin. L'ensemble fut favorablement accueilli par le premier consul. Mais, celui-ci n'était pas homme à se contenter d'une simple marque d'intérêt. Dès le 20 février 1801, Bonaparte et ses collègues ont demandé au gouvernement un rapport comparatif des trois canaux auparavant proposés : celui de Saint-Quentin réunissant la Somme à l'Escaut, celui de l'Oise à la Sambre et celui de la Sambre à l'Escaut. Ce 20 février 1801, Napoléon Bonaparte était pour 3 jours à Saint-Quentin. Il y arriva par un verglas épouvantable qui les fit tomber, son cheval et lui, au coin de la Grand'place. Il était accompagné du ministre Crétet, du préfet, du sous-préfet, de savants, d'ingénieurs. Il visita, le lendemain, le souterrain du Tronquoy – abandonné depuis 25 ans. De grands administrateurs examinèrent les projets, très soucieux des besoins en eau de l'ouvrage. L'institut se prononça en faveur de l'ancien projet Devic, proche du tracé actuel. La visite du premier consul avait avivé l'espérance dans la région. Le gouvernement ratifia cette décision par l'arrêté du 30 juillet 1802 ordonnant l'exécution du canal reliant Omissy – Le Tronquoy – Bellenglise – Riqueval et Macquincourt. On avait mis plus de 50 ans pour en arriver là. Nicolas Antoine Gayant, inspecteur général des Ponts et Chaussées fut chargé de la réalisation de l'ouvrage. Les travaux du canal de Saint-Quentin se déroulèrent à partir de 1802 pour se terminer en 1810. On se mit à l'œuvre aussitôt. On fit venir sur les lieux des ouvriers, des soldats, des prisonniers de guerre et des condamnés. On divisa les travailleurs par brigades de dix à douze hommes. Dix brigades étaient placées sous la surveillance d'un sous-officier. Les militaires employés aux travaux étaient logés dans les villages voisins ou campaient sous des tentes. Des baraques en bois, renfermées dans des enceintes palissadées, servaient au logement des prisonniers de guerre et aux condamnés des bagnes. On les y enfermait séparément pendant la nuit et des gardes composées de militaires et gendarmes veillaient autour de ces enceintes pour empêcher les évasions. Mais ces barrières étaient trop faibles, ces précautions trop insuffisantes, pour comprimer chez ces hommes le désir de reconquérir leur liberté. Plus d'une fois, l'émeute éclata parmi ces ouvriers impatients au joug et il devint nécessaire d'employer la force pour les contraindre à rentrer dans le devoir. Si nous devons en croire les rapports qui nous ont été faits à l'époque, un véritable combat s'engagea un jour entre la force armée et les prisonniers de guerre insurgés qui s'étaient retranchés dans l'intérieur du souterrain comme dans une citadelle inexpugnable. Chose qui, sans doute, ne s'était jamais vue jusqu'alors, la fusillade retentit et le canon lui-même gronda à deux cents pieds sous terre ; il n'en fallut pas moins pour vaincre l'insurrection. Des tentatives d'évasion eurent lieu à différentes époques, mais sans succès et une certaine nuit que le ciel était sombre et pluvieux, que l'ouragan soufflait avec violence, le feu se déclara tout à coup à plusieurs endroits dans l'un des camps habités par des prisonniers de guerre. Allumé sous le vent et alimenté par lui, il se communiqua rapidement de baraque en baraque et en peu d'instants, le camp tout entier présenta l'image d'une vaste fournaise. Les prisonniers n'avaient point attendu ce moment pour se précipiter hors des baraques, armés de tout ce qui leur était tombé sous la main. A la clarté des flammes, on les voyait courir dans les endroits non encore envahis par le feu, s'excitant les uns les autres, faisant entendre des clameurs formidables et cherchant, par de suprêmes efforts, à renverser les palissades dans lesquelles ils étaient enfermés. Mais à la première lueur de l'incendie, l'alarme avait été donnée parmi les troupes, tandis que le tocsin sonnait dans les villages voisins pour appeler la population toute entière à la répression de l'émeute. La force armée, silencieusement rangée sur plusieurs lignes autour du camp, l'étreignait en quelque sorte dans un cercle de fer contre lequel se brisèrent les efforts des insurgés. On en voyait se jetant audacieusement sur les baïonnettes, chercher à arracher leurs armes aux soldats ou à se frayer un passage à travers leurs rangs pressés. D'autres, plus résolus encore, profitant de ce que le cercle formé par la force armée s'était rompu et étendu en arrière du camp, du côté où la violence du vent chassait les flammes et la fumée, s'avançaient hardiment au milieu d'une pluie de feu et attaquaient avec rage les militaires qu'aveuglaient la chaleur et les vapeurs de l'incendie. Cette lutte affreuse se prolongea pendant plusieurs heures, mais elle fut sans résultat pour les insurgés. Constamment repoussés dans l'enceinte à demi détruite de leur camp, beaucoup d'entre eux restèrent sur le terrain, les uns plus ou moins grièvement blessés, les autres entièrement privés de vie. Quant à ceux, en petit nombre, qui parvinrent à s'échapper dans le premier tumulte, ils furent, pour la plupart, repris dès le jour suivant. Quelques uns seulement trouvèrent la liberté dans une sédition qui coûta des sommes assez fortes à l'État et la vie à beaucoup d'hommes. Bon an, mal an, les travaux s'achevaient Commencés en 1802, ils n'étaient pas encore entièrement terminés lorsque, le 28 avril 1810, Napoléon vint inaugurer le canal de Saint-Quentin. Il était accompagné de l'impératrice qu'il avait accueillie à Compiègne le 28 mars. C'était en quelque sorte leur voyage de noces, d'un mariage célébré par procuration le 11 mars à Saint-Cloud, le 1er avril pour le mariage civil et le 2 avril au Louvre pour le mariage religieux. Les édiles de Saint-Quentin, préparant, dès le 26 février, la venue de l'empereur, établirent en commission le programme et les dépenses qui seraient consentis pour le fêter, mais surtout ce qu'on allait lui demander en faveur de la ville. Une adresse fut envoyée. On y sollicitait bien des choses : des entrepôts, la restauration de l'hôtel de ville (qui avait déjà trois siècles !), des travaux divers, l'établissement d'une fontaine et surtout, la concession des anciennes fortifications. La plupart de ces demandes furent satisfaites et au-delà, par le décret de Cambrai, que Napoléon prit à son arrivée dans cette ville. Des croix de la Légion d'honneur furent décernées à plusieurs personnalités. L'empereur, l'impératrice et leur suite – le roi et la reine de Westphalie, la reine de Naples, le prince Eugène, l'ambassadeur et le premier ministre d'Autriche en faisant partie - arrivèrent à Saint-Quentin le 27 avril 1810. Au devant d'eux, et jusqu'à Roupy où se trouvait le préfet Malouët, s'étaient empressés le maire Joly de Bammeville et son conseil, le sous-préfet Duez, toutes les personnalités du clergé, des tribunaux et du commerce. Une garde d'honneur avait été formée parmi la jeunesse de la ville dont deux fils du maire. La garde nationale en armes formait une double haie depuis l'entrée de la ville. Remise de clés, discours, sonneries des cloches du carillon, décharges d'arquebuses. Toutes les rues du parcours avaient été sablées et les maisons tendues de blanc. Descendues rue des Canonniers chez le maire, leurs majestés se firent présenter les autorités de la ville. Vingt-cinq jeunes filles vêtues de linon blanc, dont Julie Joly de Bammeville, présentèrent à l'impératrice des fleurs et les meilleurs produits des manufactures. L'empereur visita ensuite quelques établissements industriels. Vers huit heures du soir, sur le pont de l'écluse du canal (pont d'Isle) un spectacle lumineux attendait les illustres invités ; les digues, le bassin, la nouvelle rue de La Fère étaient richement illuminées. Dix barques, éclairées de lampions, circulaient en tous sens comme une espèce de joute sur le bassin. Puis un bal donné à la salle de spectacle fut ouvert par un hymne composé en l'honneur de Napoléon et Marie-Louise. La population n'était pas oubliée : toute la ville était en fête, avec bals publics et distribution de denrées. C'est le lendemain que l'on se mit en route pour le canal. Cependant, celui-ci n'était pas encore entièrement irrigué. L'empereur et sa suite, le 28 avril dès 8 heures, ont parcouru le trajet de la façon suivante : au fil de l'eau, dans des gondoles tirées par des chevaux jusqu'à Omissy, puis en calèche jusqu'à Riqueval pour l'impératrice et sa suite, alors que Napoléon, à cheval, accompagné de quelques officiers, traversait le souterrain du Tronquoy, pas encore mis en eau. Une mauvaise coordination fit que les lumières n'étaient pas encore allumées. Quittant la lumière du jour après quelques dizaines de mètres et son cheval ayant heurté une échelle oubliée, l'empereur crut à un attentat et s'écria "A moi ! A ma garde !" – Il galopa ventre à terre jusqu'à la sortie de Lehaucourt. Son humeur s'en ressentit et il ne voulut rien manger sauf un œuf, du repas préparé à Riqueval, craignant d'être empoisonné, bien qu'une abondante collation, présentée sous des tentes, attendît les invités. Pour la petite histoire, Marie-Louise eut à satisfaire un besoin naturel et rien n'avait été prévu. C'est la soupière d'une cultivatrice qui fut proposée et acceptée. On la conserva avec orgueil dans la famille. Enfin, en descendant la « grimpette » pour accéder au canal, la souveraine perdit l'équilibre et serait tombée au fond du ravin sans la poigne d'une de ses dames d'honneur. A la suite de quoi tout le monde s'embarqua en gondole pour la traversée du souterrain. La jeune impératrice eut aussi à souffrir de l'humidité car la barque prenait l'eau. Elle était cependant conduite par le futur amiral Auguste de Massieu, le propre neveu du maire. La traversée dura une heure et quart. Une foule immense attendait à Macquicourt. Puis leurs majestés et leur suite furent transportées en calèche jusqu'à Masnières. A Proville, encore un contretemps fameux : le chemin de halage étant trop étroit à l'endroit du pont, on a dû porter les voitures, ce qui retarda d'une heure l'arrivée à Cambrai. En souvenir de ce séjour mémorable, la Chambre consultative fonda deux prix : 25 et 20 Napoléons pour toute invention favorable au tissage et aux métiers.
 
Saint-Jean-Baptiste, petite histoire d’une église de quartier
par Monsieur Luc LOISELEUX
Vendredi 17 septembre 2010
 
La première église Saint-Jean-Baptiste était située rue Raspail (ancienne rue Saint-Jean) à l’emplacement où se trouve aujourd’hui l’INSSET. Disposant de peu d’informations sur cette église, nous pouvons toutefois affirmer que sa construction est antérieure à 1214, puisque lors de la visite du cardinal Robert de Courtonne, légat du pape en 1214, il fut décidé, malgré les réticences du chapitre, d’élever neuf églises déjà existantes au rang de paroisses. (Sainte-Pécinne, La Toussaint, Saint-Thomas, Saint-Martin, Sainte-Marguerite, Sainte-Catherine, Saint-André, Saint-Jacques et Saint-Jean-Baptiste). Vendue comme bien national à la Révolution; cette église fut détruite de 1795 à 1796. La nouvelle église est construite entre 1868 et 1869 à l’emplacement d’un ancien abreuvoir à bestiaux à l’angle de la rue de Cambrai et de Flavigny. L’architecte Pierre Bénard, à qui l’on doit également la construction de l’église Saint-Martin et de la maison des Petites Sœurs des Pauvres, sera chargé de l’exécution des plans. La construction de l’édifice sera confiée à une entreprise saint-quentinoise : les Ets Gillet. Le coût de l’édification (hors terrain) s’élèvera à 24 000 F, somme très faible pour la construction d’une église (à titre de comparaison Saint-Martin coûtera 150 000 F). Comment expliquer ce faible coût ? Le diocèse n’avait pas l’intention de construire un édifice coûteux, il fallait impérativement que le montant entre dans le budget prévu. Pour ce faire l’on édifiera une église des plus dépouillées, en totalité construite en brique. L'emploi de ce matériau va également permettre de réduire le coût du transport étant donné la proximité des briqueteries. Le tout sera surmonté d’un simple clocher ne contenant qu’une seule cloche. L’intérieur est lui aussi des plus sobres : pas de voûte, de simples plafonds sur lattes de bois plâtré. La bénédiction de l’église aura lieu le 18/06/1869 par l’évêque de Soissons et Laon, au milieu d’une foule immense. La cloche sera bénite le même jour. Elle aura M. Fouquier comme parrain et Melle Fouquier comme marraine. L’horloge, d’une valeur de 1 200 F sera offerte par le docteur Bourbier. Malheureusement nous ne disposons pas de plus de renseignements sur son mobilier intérieur, mais de nombreuses améliorations viendront embellir l’édifice. L’évêque nommera le même jour l’abbé Prévot comme premier curé de la paroisse. C’est à l’initiative de ce dernier que nous devons la construction de l’église. Sans son dévouement et son zèle, il est fort probable que le quartier Saint-Jean aurait dû encore patienter quelque temps avant d’avoir son église. Le coût total de la construction s’élèvera à 39 000 F, se décomposant en deux parties : l’église et son terrain 36 000 F ; la cloche et le mobilier 3 000 F. Le financement des travaux a plusieurs origines : - les dons qui représentent une grande partie du financement malgré les modestes revenus de la population du faubourg Saint-Jean. - les subventions de la municipalité. Le compte définitif des travaux ne sera donné par les Ets Gillet qu’en 1889 au conseil de fabrique. Dimensions de l’édifice : Hauteur sous plafond : 10,50 m (travée centrale) ; 9 m travées latérales. Longueur intérieure : environ 33,60 m Largueur intérieure : environ 11,50 m Hauteur au faîtage de l’église : environ 13 m Hauteur du clocher : 18,30 m D’une superficie de 350 m², elle dispose de 760 places assises, la tribune peut accueillir 70 enfants. A la suite de la Révolution et jusqu’en 1867 la ville de Saint-Quentin ne comptait qu’une seule paroisse : la Basilique. En 1869, l’évêque de Soissons et Laon fait don d'un terrain de 1324 m² d’une valeur de 5 911 F pour la construction d’un futur presbytère, d’un second terrain où l’église est construite d’une valeur de 12 000 F, de l’église d’une valeur de 24 000 F, de la cloche et du mobilier pour 3 000 F, de l’horloge d’une valeur de 1 200 F. En échange de ce don, il ne demande qu’une indemnité de 600 F pour le logement du desservant. Il est également précisé que les habitants de la future paroisse pourront s’ils le souhaitent continuer à fréquenter la basilique. La décision sera mise aux voix le 28 août 1869 et adoptée par le conseil municipal. La chapelle sera érigée en église succursale le 12 février 1870 par décret impérial et par ordonnance épiscopale le 24 février 1870. Ce même jour seront définies les limites de la nouvelle paroisse. La population de la paroisse sera en constante augmentation jusqu’en 1914. En 1870 on compte environ 5 500 habitants dans la paroisse, 10 000 en 1897. On parlera même d’un deuxième vicaire pour aider le curé en 1897. En mars 1870 sera constitué le conseil de fabrique chargé de la gestion du temporel de l’église. Le docteur Bourbier en sera le premier président. (maire de Saint-Quentin du 5 août 1848 au 3 décembre 1851). Une rue du quartier porte son nom. La plus grande partie des dépenses de l’église, en dehors des travaux, concerne ses frais de fonctionnement. En 1872 le budget de la paroisse est de 3147,05 F. Les dépenses ordinaires (personnel, frais de fonctionnement) s’élèvent à 2547,35 F ; les dépenses extraordinaires (achats d’ornement de mobilier) à 599.70 F. Les recettes, elles, s’élèvent à 3187,30 F, ce qui donne un déficit de 40,25 F. Cette gestion très saine va permettre au conseil de fabrique d’embellir l’édifice chaque année par l’achat de mobilier. Les dépenses plus importantes seront quant à elles financées par de nombreux dons. Certains, très importants, seront placés en vue des travaux ultérieurs. D’autres, à la demande des donateurs auront un emploi bien précis : achats de statues, vitraux, ou encore, répartition aux familles les plus nécessiteuses de la paroisse. On apprend entre autre, que le vin de messe pour l’année 1873 coûte 50 F, que la moindre responsabilité (enfants de chœur, chantres, sacristain etc.) donne droit à une rémunération, que l’église subventionne un fonds de secours aux prêtres âgés infirmes. Bien que l'église soit propriété de la ville, cette dernière ne sera jamais mise à contribution pour financer le fonctionnement ordinaire. Seules les modifications importantes feront l’objet de demande de subvention. Saint-Jean est construite avec un budget des plus restreints. Jusqu’en 1891 les améliorations vont porter uniquement sur le mobilier. Il sera même nécessaire, en 1873, d’augmenter l’assurance à la suite des nombreux ajouts de mobilier. En mars 1879 une nouvelle chaire en chêne sculpté de style roman sortie des ateliers d’un artisan lillois, Mr Buisine, sera installée pour un montant de 1 600 F. En 1891 commence une période de grands travaux qui vont modifier profondément l’aspect de l’église, les premiers changements vont concerner l’intérieur. Il faut s’imaginer l’église avant cela, les plafonds sont simplement plâtrés sur lattes, les piliers séparant la travée centrale des travées latérales sont en bois apparent. Dans un article de journal décrivant les travaux de modification, l’église sera qualifiée lors de son érection de « pauvre halle », « de temple sans caractère ». L’initiative de ces travaux est à mettre au compte du chanoine Tricotteux prêtre de Saint-Jean-Baptiste depuis 14 ans. Nous allons assister à une véritable métamorphose de l’intérieur. Rien ne va disparaître de la structure antérieure. On va simplement habiller de pierres plâtrées les piliers en bois, construire des voutées en briques creuses, ce qui va transformer l'édifice en une belle petite église de style roman. Seul rescapé de cette faste période, l’harmonium, toujours présent dans l’église aujourd’hui. Il souffrira lui aussi des destructions de la première guerre mais sera restauré par la maison Dumont Fils, fabricant d’harmonium aux Andelys. Dès 1894 va circuler, dans la paroisse, un coupon de souscription volontaire pour l'édification du clocher et des chapelles latérales. Les travaux se dérouleront en trois étapes : les travaux préparatoires, les chapelles latérales, le clocher. En effet, en 1893, en vertu de l’acte passé le 21 octobre 1869, la ville fait valoir ses droits sur l’église et en devient propriétaire ; seule la cloche et le mobilier resteront propriété de la paroisse, la ville obtenant de ce fait un droit de regard sur toutes les modifications ou ajouts apportés à l’église. La construction du clocher va également faire couler beaucoup d’encre. Une fois terminé, celui-ci sera qualifié de pigeonnier, on jugera son prix disproportionné par rapport à celui de l’église, il représente plus du double du montant de celle-ci. Il est évident que c’est surtout l’église initiale qui n’a pas coûté très cher. L’ajout du clocher et des chapelles latérales va changer de façon radicale la physionomie de l’édifice. Il va donner une autre dimension à l’église ; c’est tout le quartier qui va en être transformé. D’une hauteur de 35 mètres, on remettra à la cime du clocher le coq de l’ancien clocher, redoré à neuf et, comme le veut la tradition, la veille de sa remise en place, il sera promené dans la paroisse par les ouvriers de l’œuvre. La croix du premier clocher va aussi reprendre place sur le clocher ainsi que l’ancienne cloche. L’entrepreneur Delmotte-Veleine utilisera pour la construction une grue pivotante de son invention montant en même temps que la construction. On ne déplorera aucun accident pendant la construction. Lors de la cérémonie de la pose de la première pierre, le 21 septembre 1895, une plaque de plomb sera déposée dans le contrefort côté droit du clocher. Sur cette plaque sera inscrite l’année de pose, 1895, le nom de l’architecte Delmas-Azéma, le nom de l’entrepreneur Delmotte et le nom du prêtre en charge de la paroisse, Tricotteux. La bénédiction du clocher aura lieu le 23 mai 1897. La cérémonie sera présidée par l’abbé Prévot, ancien prêtre de la paroisse. Les travaux seront entièrement soldés aux établissements Delmotte le 17 janvier 1901. Jusqu’en 1901 le clocher ne va comporter qu’une seule cloche, celle de l’ancien clocheton. C'est grâce à une souscription que trois nouvelles cloches vont être rajoutées. Elles seront fondues par la maison Crouzet-Hildebrand de Paris. Celle-ci sera choisie tout particulièrement pour son mode de suspension qui allège considérablement le poids des cloches qui seront composées de 78% de cuivre rouge et 22% d’étain. La petite cloche donne la note sol dièse pour un poids de 500 kg. La moyenne donne la note fa dièse pour un poids de 750 kg. La grosse donne la note mi pour un poids de 1000 kg. Le baptême des nouvelles cloches aura lieu le 27 septembre 1901 à 15 heures. Comme pour le clocher la cérémonie sera présidée par l’abbé Prévot, curé archiprêtre de Vervins. En 1897 on peut estimer que l’église Saint-Jean-Baptiste est terminée, tout du moins en ce qui concerne les travaux importants. Au final, après les modifications, les divers ajouts de mobilier et la construction du clocher, on se rend compte que l’on est loin des 24 000 F nécessaires à la construction de l’église initiale. Toutes proportions gardées, Saint-Jean-Baptiste est probablement la plus coûteuse des églises construites à Saint-Quentin entre 1860 et 1914. En 1900, on pose les vitraux des travées latérales se composant de 14 médaillons retraçant la vie de Saint-Jean-Baptiste, œuvre du peintre-verrier saint-quentinois Tallon. La facture s’élève à 4 236 F. En 1907, on creuse une cave pour l’installation d’un chauffage, cave qui existe encore aujourd’hui. En 1911, on installe l’éclairage au gaz dans l’église. En 1905, la séparation de l’Église et de l’État ne va pas donner lieu à d’importantes polémiques, la ville étant déjà propriétaire de l’église, la paroisse ne disposant pas de revenus, seul le mobilier est concerné par l’inventaire. La seule protestation de pur principe est faite par lettre envoyée le 25 janvier 1906 aux autorités civiles. Dans ce courrier le conseil de fabrique rappelle que la ville n’a toujours fait que de très minimes subventions, que les seuls revenus de la fabrique proviennent de dons et d’offrandes, souligne la douleur et la résignation qu’éprouve l’ensemble des membres du conseil de fabrique à être spolié de leur bien. Le prêtre se voit même obligé de déclarer que le tabernacle de l’église ne contient pas de vases sacrés. Le 20 juin 1907 le conseil de fabrique fera place au bout de trente-huit ans de bons et loyaux services au conseil de contrôle, c’est une page de l’histoire de l’église qui se tourne. L’occupation de 1914-1918 ne va pas perturber le rythme des réunions du conseil de contrôle, qui se maintient à une réunion annuelle jusqu'à 30 avril 1916. Il n’est pas fait mention dans les séances du conseil de contrôle de dégradations ou de réquisitions de la part des troupes d’occupations, mais s’agit-il simplement de prudence évitant ainsi de laisser des traces écrites des exactions de l’occupant qui avait un droit de regard sur l’ensemble des écrits. Après mars 1917, les choses vont radicalement changer, les cloches vont être descendues du clocher et brisées. Tout ce qui semble avoir une quelconque valeur pour l’occupant va disparaître. Les gros dégâts subis par l’église seront dus au bombardement de la ville par les troupes franco-anglaises lors des combats d’octobre 1918 pour la libération de la ville. Les éléments vont aussi s’acharner sur l’église puisque que, le premier mars 1915, la foudre va frapper le clocher, brisant les vitraux qui seront remplacés par de simples vitres, coupant une corde de cloche et enfonçant la porte de l’orgue. Les réparations ne pourront être faites en raison de l’état de guerre. Il ne faudra que 4 ans de 1914 à 1918 pour ruiner 45 ans de travail et d’efforts. L’église a reçu plusieurs obus dont quatre ont éclaté à l’intérieur ; le clocher est mutilé sur ses quatre faces ; la rosace de l’horloge est détruite ; les quatre baies et les vitraux ainsi que les fonds baptismaux sont à refaire ; les deux chapelles latérales sont à ciel ouvert ; à l’intérieur les voûtes sont à reconstruire ainsi qu’une partie de l’ancien plafond ; le carrelage est à réparer ; les vitraux sont brisés ; les statues, orgue, chemin de croix, cloches, chaire et confessionnaux sont à remplacer, les canalisations de gaz, les portes intérieures de l’église ont disparu, La sacristie de gauche est à refaire entièrement ainsi que l’installation de chauffage. Les travaux de reconstruction vont durer plus de 15 ans. Ils commenceront par un acte fort et symbolique : la remise en place de la première cloche. On ne va pas attendre le paiement des dommages de guerre, car, encore une fois les paroissiens vont être mis à contribution par une souscription. C’est le 12 février 1922, dans une église où les travaux de reconstruction n’ont pas encore commencé que va avoir lieu la bénédiction de la nouvelle première cloche, en présence de l’évêque de Soissons. La cérémonie est grandiose ; on y fera l’historique des anciennes cloches. L’affluence et la joie des paroissiens sont impressionnantes. Des centaines de petits sacs de dragées seront distribués à l’assemblée. Le succès de la cérémonie de bénédiction de la première cloche dépasse largement le simple acte de reconstruction. C’est tout un symbole pour le quartier, un point final à quatre années de guerre et de souffrance. Cette cloche va de nouveau rythmer la vie de la paroisse et du quartier. Elle le rythme d’ailleurs encore aujourd’hui En 1923 a lieu l’adjudication des travaux pour la réfection de l’église concernant les tranches de la maçonnerie et la couverture. En avril, la tour de l’église est restaurée, les couvreurs sont sur le toit. En 1925 seuls la toiture et le gros œuvre extérieur sont terminés, l’église est simplement mise hors d’eau. Il reste encore à faire les travaux de vitrerie et de plâtrerie, les fenêtres plein-cintre sont seulement fermées avec du papier, il n’est de ce fait pas possible d’aménager et de meubler l’église de façon définitive. De novembre 1925 à mars 1926, on va effectuer les travaux de plâtrerie et remettre des châssis vitrés aux fenêtres ogivales. En 1926, les trois vitraux du chœur ainsi que les deux médaillons au-dessus des autels latéraux sont commandés aux Ets Vilmant-et-Laurent de Lambersart. Le grand vitrail du fond, dont le sujet est le Christ en croix, a été offert par Mme Ernestine Lenice, veuve Laurent, en souvenir de son fils, adjudant au 87e de ligne, mort pendant la guerre. Les deux autres vitraux représentent saint Jean-Baptiste et saint Fiacre. Le 3 avril 1927 seront bénies par l’archiprêtre trois statues représentant sainte Anne, saint Pierre et saint Christophe placées en avant de la tribune. En 1929, un abat-voix sera posé sur la chaire fournie par Messieurs Vanpoulle, Capelle et Friberg; ornementistes d’église à Saint-Quentin ainsi que trois autres vitraux toujours sortis des ateliers Vilmant-et-Laurent En 1930, la sacristie est réparée, l’escalier de l’orgue est refait, les fenêtres du clocher sont vitrées, un nouveau coq et un paratonnerre sont placés. Le premier mars 1931a lieu la bénédiction de deux nouvelles cloches sorties des ateliers Paccart. Lors de la cérémonie, des dragées ainsi qu’une image souvenir que l’on doit au maître-sculpteur Girodon seront distribuées La cérémonie aura beaucoup moins de retentissement que lors de la bénédiction de la première cloche. Il y a déjà 13 ans que la guerre est terminée, la vie a repris son cours, les esprits sont ailleurs. En 1931, on va poser dans le sanctuaire restauré un nouveau maître-autel en chêne sculpté et on prévoit l’électrification des trois cloches par M. Tiprez, ingénieur à Valenciennes. Le 28 juin 1931, seront bénis les vitraux des travées latérales que l’on doit au maître-verrier Vilmant et Laurent, représentant la vie de Saint-Jean-Baptiste. Jusqu’en 1931 tous les frais des travaux et fournitures relatifs à la reconstruction, ainsi que les fournitures du matériel cultuel et de la remise en état de l’église pour que le culte puisse reprendre, seront avancés par le curé de la paroisse sous contrôle de l’administration municipale. Le montant des avances s’élèvera en 1933 à 170 215,16 F. Le remboursement aura lieu la même année. Toujours en 1931, la ville va connaître quelques problèmes avec l’attribution du marché pour la fourniture et l’installation de l’orgue. Malgré un prix plus élevé que ses concurrents (76 950 F), le marché va être attribué au facteur d’orgue Pol Renault en raison de l’exécution en apparence plus parfaite du travail. Mais au début de 1932, la maison Pol Renault déclare ne pouvoir procéder à la fourniture et à la pose de l’orgue dans les délais qui lui étaient impartis. La ville se trouve donc dans l’obligation de lui trouver un remplaçant. Le 4 mars 1932, le conseil municipal va se tourner vers le facteur d’orgue Auguste Convers, de Paris, qui s’engage à fournir et à poser l’orgue pour le 24 juin 1932. L’inauguration et la bénédiction de l’instrument ont lieu le 23 juin 1932 à 20 heures. L’instrument se compose de 15 jeux de 598 tuyaux. Pendant la cérémonie vont se succéder au clavier, Ludovic Panel, organiste de la basilique de Montmartre et Madame Lerouge, organiste de la basilique de Saint-Quentin. Ce sont 1 200 personnes qui ce soir là assisteront dans l’église et aux abords à un véritable concert. Y seront interprétés en outre la Toccata et Fugue en ré mineur de Jean Sébastien Bach et deux chorals de César Franck. Le 10 février 1933, la maison Brillé de Roubaix posera une horloge, aujourd’hui remplacée par une autre de la maison Lepers. La quatrième et dernière cloche sera bénie en avril 1933 par l’archiprêtre Démaret. Le même jour, on bénira aussi l’horloge et un baromètre placé par les compagnons de la Saint-Fiacre ainsi qu’un crucifix en chêne donné par M. et Mme Monfourny-Williot. On appelait ce crucifix, "crucifix de la vallée des pendus", certains témoins de l’époque racontant qu’avant la révolution, les condamnés à la potence faisaient une pause devant celui-ci en se rendant au supplice. En juin 1934, trois statues viendront s’ajouter au mobilier de l’église : sainte Rita et saint Enfant-Jésus de Prague, toutes deux offertes par M. et Mme Vendelet-Durant, et sainte Bernadette, don d’une personne anonyme. Le dimanche 9 décembre 1934 a lieu la bénédiction d’une statue de Notre-Dame de Liesse offerte par Mme Maignan et d’un mémorial du 8e centenaire de Notre-Dame de Liesse en bois sculpté sorti des ateliers Le Quernec, ébéniste, boulevard Richelieu. Ce bas relief représente les trois chevaliers d’Eppes dans leur prison du Caire, remettant à la princesse Isemerie la statue de Notre-Dame. Un cadre de même dimension pour faire pendant au mémorial du 8e centenaire de Notre-Dame de Liesse est posé. Ce cadre évoque le souvenir des soldats de la paroisse morts pour la France et des victimes civiles pendant la guerre 1914-1918. De 1869 à 1936, la vie de l’église n’aura été que travaux : ceux de la construction de l’église initiale, de modification de l’intérieur, de construction du clocher et des chapelles latérales puis travaux de reconstruction à la suite des ravages de la première guerre. Depuis 1936, aucun événement marquant ne viendra troubler la vie de l’église, plus aucune amélioration ne sera apportée ni au bâtiment ni au mobilier. Aujourd’hui, le dépouillement intérieur de l’église est assez surprenant. La chaire, le crucifix de la vallée des pendus, certaines statues, le mémorial du 8e centenaire de Notre-Dame de Liesse, le chemin de croix, tout le mobilier qui faisait la beauté de l’intérieur de l’église a disparu, probablement dans les années 60, des témoignages attestant encore de sa présence à la fin des années 50. En 1976, suite à la canicule, l’orgue cesse de fonctionner. Dans les années 90, la façade et le clocher vont être rénovés et mis en lumière, le mur extérieur rue de Flavigny sera rejointoyé. En 1997, création de la grande paroisse Saint-Quentin-en-Vermandois regroupant les paroisses de Saint-Jean-Baptiste, Saint-Martin, Jean XXIII, Holnon, Francilly, Gricourt et Fayet. Et aujourd’hui, à l’initiative de la ville, les vitraux sont en cours de restauration. Il est évident qu’aujourd’hui l’église n’a plus le rôle qu’elle avait par le passé dans la vie du quartier. Elle reste néanmoins un élément important du patrimoine saint-quentinois qui méritait bien que l’on s’attarde sur sa petite histoire.
 
la visite de Napoléon Bonaparte en 1801
par Madame Monique Séverin - texte lu par André Triou
Vendredi 3 septembre 2010
 
Le canal de Saint-Quentin est resté longtemps à l'écart du projet et le début de sa réalisation a occupé une bonne partie du XVIIIe siècle. L'idée de réunir les sources de la Somme et de l'Escaut par des galeries souterraines, selon les plans de M. Devic et les travaux majestueux de Joseph Laurent à partir de 1767, ont été interrompus, repris jusqu'en 1775, puis abandonnés faute de moyens et de volonté politique. Les années passèrent et la Révolution arriva. De nombreux spécialistes étudiaient encore la question de réunir la Somme et l'Escaut. Les commerçants de Saint-Quentin avaient présenté un mémoire au conseil général de l'Aisne, appuyés par les villes de Valenciennes et de Cambrai. De nouveaux projets étaient proposés au ministre de la Guerre. Un rapport du député Poncin, présenté à l'Assemblée nationale, fut adopté le 25 septembre 1791 et une somme de 100 000 livres fut allouée pour la poursuite du percement de la galerie souterraine. Mais les embarras du moment et les influences contraires firent perdre le projet de vue. Les fonds ne furent pas versés et l'on abandonna encore les travaux. Le canal aurait pourtant été bien utile pendant les guerres de la Révolution, évitant de longs transports routiers et parfois maritimes organisés à grands frais pour le ravitaillement des armées du Nord. Au lendemain du 18 brumaire, un employé des transports militaires, nommé Cambronne, adressa au ministre de l'intérieur Crétet, puis au chef du gouvernement, des mémoires demandant l'achèvement du canal. Il proposait la reprise des travaux du projet de Laurent et demandait l'établissement d'un port à Saint-Quentin. L'ensemble fut favorablement accueilli par le premier consul. Mais, celui-ci n'était pas homme à se contenter d'une simple marque d'intérêt. Dès le 20 février 1801, Bonaparte et ses collègues ont demandé au gouvernement un rapport comparatif des trois canaux auparavant proposés : celui de Saint-Quentin réunissant la Somme à l'Escaut, celui de l'Oise à la Sambre et celui de la Sambre à l'Escaut. Ce 20 février 1801, Napoléon Bonaparte était pour 3 jours à Saint-Quentin. Il y arriva par un verglas épouvantable qui les fit tomber, son cheval et lui, au coin de la Grand'place. Il était accompagné du ministre Crétet, du préfet, du sous-préfet, de savants, d'ingénieurs. Il visita, le lendemain, le souterrain du Tronquoy – abandonné depuis 25 ans. De grands administrateurs examinèrent les projets, très soucieux des besoins en eau de l'ouvrage. L'institut se prononça en faveur de l'ancien projet Devic, proche du tracé actuel. La visite du premier consul avait avivé l'espérance dans la région. Le gouvernement ratifia cette décision par l'arrêté du 30 juillet 1802 ordonnant l'exécution du canal reliant Omissy – Le Tronquoy – Bellenglise – Riqueval et Macquincourt. On avait mis plus de 50 ans pour en arriver là. Nicolas Antoine Gayant, inspecteur général des Ponts et Chaussées fut chargé de la réalisation de l'ouvrage. Les travaux du canal de Saint-Quentin se déroulèrent à partir de 1802 pour se terminer en 1810. On se mit à l'œuvre aussitôt. On fit venir sur les lieux des ouvriers, des soldats, des prisonniers de guerre et des condamnés. On divisa les travailleurs par brigades de dix à douze hommes. Dix brigades étaient placées sous la surveillance d'un sous-officier. Les militaires employés aux travaux étaient logés dans les villages voisins ou campaient sous des tentes. Des baraques en bois, renfermées dans des enceintes palissadées, servaient au logement des prisonniers de guerre et aux condamnés des bagnes. On les y enfermait séparément pendant la nuit et des gardes composées de militaires et gendarmes veillaient autour de ces enceintes pour empêcher les évasions. Mais ces barrières étaient trop faibles, ces précautions trop insuffisantes, pour comprimer chez ces hommes le désir de reconquérir leur liberté. Plus d'une fois, l'émeute éclata parmi ces ouvriers impatients au joug et il devint nécessaire d'employer la force pour les contraindre à rentrer dans le devoir. Si nous devons en croire les rapports qui nous ont été faits à l'époque, un véritable combat s'engagea un jour entre la force armée et les prisonniers de guerre insurgés qui s'étaient retranchés dans l'intérieur du souterrain comme dans une citadelle inexpugnable. Chose qui, sans doute, ne s'était jamais vue jusqu'alors, la fusillade retentit et le canon lui-même gronda à deux cents pieds sous terre ; il n'en fallut pas moins pour vaincre l'insurrection. Des tentatives d'évasion eurent lieu à différentes époques, mais sans succès et une certaine nuit que le ciel était sombre et pluvieux, que l'ouragan soufflait avec violence, le feu se déclara tout à coup à plusieurs endroits dans l'un des camps habités par des prisonniers de guerre. Allumé sous le vent et alimenté par lui, il se communiqua rapidement de baraque en baraque et en peu d'instants, le camp tout entier présenta l'image d'une vaste fournaise. Les prisonniers n'avaient point attendu ce moment pour se précipiter hors des baraques, armés de tout ce qui leur était tombé sous la main. A la clarté des flammes, on les voyait courir dans les endroits non encore envahis par le feu, s'excitant les uns les autres, faisant entendre des clameurs formidables et cherchant, par de suprêmes efforts, à renverser les palissades dans lesquelles ils étaient enfermés. Mais à la première lueur de l'incendie, l'alarme avait été donnée parmi les troupes, tandis que le tocsin sonnait dans les villages voisins pour appeler la population toute entière à la répression de l'émeute. La force armée, silencieusement rangée sur plusieurs lignes autour du camp, l'étreignait en quelque sorte dans un cercle de fer contre lequel se brisèrent les efforts des insurgés. On en voyait se jetant audacieusement sur les baïonnettes, chercher à arracher leurs armes aux soldats ou à se frayer un passage à travers leurs rangs pressés. D'autres, plus résolus encore, profitant de ce que le cercle formé par la force armée s'était rompu et étendu en arrière du camp, du côté où la violence du vent chassait les flammes et la fumée, s'avançaient hardiment au milieu d'une pluie de feu et attaquaient avec rage les militaires qu'aveuglaient la chaleur et les vapeurs de l'incendie. Cette lutte affreuse se prolongea pendant plusieurs heures, mais elle fut sans résultat pour les insurgés. Constamment repoussés dans l'enceinte à demi détruite de leur camp, beaucoup d'entre eux restèrent sur le terrain, les uns plus ou moins grièvement blessés, les autres entièrement privés de vie. Quant à ceux, en petit nombre, qui parvinrent à s'échapper dans le premier tumulte, ils furent, pour la plupart, repris dès le jour suivant. Quelques uns seulement trouvèrent la liberté dans une sédition qui coûta des sommes assez fortes à l'État et la vie à beaucoup d'hommes. Bon an, mal an, les travaux s'achevaient Commencés en 1802, ils n'étaient pas encore entièrement terminés lorsque, le 28 avril 1810, Napoléon vint inaugurer le canal de Saint-Quentin. Il était accompagné de l'impératrice qu'il avait accueillie à Compiègne le 28 mars. C'était en quelque sorte leur voyage de noces, d'un mariage célébré par procuration le 11 mars à Saint-Cloud, le 1er avril pour le mariage civil et le 2 avril au Louvre pour le mariage religieux. Les édiles de Saint-Quentin, préparant, dès le 26 février, la venue de l'empereur, établirent en commission le programme et les dépenses qui seraient consentis pour le fêter, mais surtout ce qu'on allait lui demander en faveur de la ville. Une adresse fut envoyée. On y sollicitait bien des choses : des entrepôts, la restauration de l'hôtel de ville (qui avait déjà trois siècles !), des travaux divers, l'établissement d'une fontaine et surtout, la concession des anciennes fortifications. La plupart de ces demandes furent satisfaites et au-delà, par le décret de Cambrai, que Napoléon prit à son arrivée dans cette ville. Des croix de la Légion d'honneur furent décernées à plusieurs personnalités. L'empereur, l'impératrice et leur suite – le roi et la reine de Westphalie, la reine de Naples, le prince Eugène, l'ambassadeur et le premier ministre d'Autriche en faisant partie - arrivèrent à Saint-Quentin le 27 avril 1810. Au devant d'eux, et jusqu'à Roupy où se trouvait le préfet Malouët, s'étaient empressés le maire Joly de Bammeville et son conseil, le sous-préfet Duez, toutes les personnalités du clergé, des tribunaux et du commerce. Une garde d'honneur avait été formée parmi la jeunesse de la ville dont deux fils du maire. La garde nationale en armes formait une double haie depuis l'entrée de la ville. Remise de clés, discours, sonneries des cloches du carillon, décharges d'arquebuses. Toutes les rues du parcours avaient été sablées et les maisons tendues de blanc. Descendues rue des Canonniers chez le maire, leurs majestés se firent présenter les autorités de la ville. Vingt-cinq jeunes filles vêtues de linon blanc, dont Julie Joly de Bammeville, présentèrent à l'impératrice des fleurs et les meilleurs produits des manufactures. L'empereur visita ensuite quelques établissements industriels. Vers huit heures du soir, sur le pont de l'écluse du canal (pont d'Isle) un spectacle lumineux attendait les illustres invités ; les digues, le bassin, la nouvelle rue de La Fère étaient richement illuminées. Dix barques, éclairées de lampions, circulaient en tous sens comme une espèce de joute sur le bassin. Puis un bal donné à la salle de spectacle fut ouvert par un hymne composé en l'honneur de Napoléon et Marie-Louise. La population n'était pas oubliée : toute la ville était en fête, avec bals publics et distribution de denrées. C'est le lendemain que l'on se mit en route pour le canal. Cependant, celui-ci n'était pas encore entièrement irrigué. L'empereur et sa suite, le 28 avril dès 8 heures, ont parcouru le trajet de la façon suivante : au fil de l'eau, dans des gondoles tirées par des chevaux jusqu'à Omissy, puis en calèche jusqu'à Riqueval pour l'impératrice et sa suite, alors que Napoléon, à cheval, accompagné de quelques officiers, traversait le souterrain du Tronquoy, pas encore mis en eau. Une mauvaise coordination fit que les lumières n'étaient pas encore allumées. Quittant la lumière du jour après quelques dizaines de mètres et son cheval ayant heurté une échelle oubliée, l'empereur crut à un attentat et s'écria "A moi ! A ma garde !" – Il galopa ventre à terre jusqu'à la sortie de Lehaucourt. Son humeur s'en ressentit et il ne voulut rien manger sauf un œuf, du repas préparé à Riqueval, craignant d'être empoisonné, bien qu'une abondante collation, présentée sous des tentes, attendît les invités. Pour la petite histoire, Marie-Louise eut à satisfaire un besoin naturel et rien n'avait été prévu. C'est la soupière d'une cultivatrice qui fut proposée et acceptée. On la conserva avec orgueil dans la famille. Enfin, en descendant la « grimpette » pour accéder au canal, la souveraine perdit l'équilibre et serait tombée au fond du ravin sans la poigne d'une de ses dames d'honneur. A la suite de quoi tout le monde s'embarqua en gondole pour la traversée du souterrain. La jeune impératrice eut aussi à souffrir de l'humidité car la barque prenait l'eau. Elle était cependant conduite par le futur amiral Auguste de Massieu, le propre neveu du maire. La traversée dura une heure et quart. Une foule immense attendait à Macquicourt. Puis leurs majestés et leur suite furent transportées en calèche jusqu'à Masnières. A Proville, encore un contretemps fameux : le chemin de halage étant trop étroit à l'endroit du pont, on a dû porter les voitures, ce qui retarda d'une heure l'arrivée à Cambrai. En souvenir de ce séjour mémorable, la Chambre consultative fonda deux prix : 25 et 20 Napoléons pour toute invention favorable au tissage et aux métiers.
 
Sortie à Essigny-le-Petit qui fête ses 1 000 ans
Mercredi 4 août 2010
 
 
Les dommages de guerre des monuments de Saint-Quentin
par Madame Maryse TRANNOIS
Vendredi 25 juin 2010
 
Dès le 1er mars 1917, pendant 2 semaines, partiront quotidiennement 2 trains de 1 500 à 2 000 Saint-Quentinois en direction du nord de la France. Les habitants n'emporteront avec eux qu'un peu de linge et quelques souvenirs de famille, embarquant dans des wagons à bestiaux, patientant plusieurs heures à la gare dans le froid. L'ennemi n'attendra même pas qu'ils soient partis pour commencer à emporter tout ce qui l’intéresse. Il en profitera pour piller, brûler tout derrière lui. Le 1er octobre 1918, la première armée française libère la ville qui n’est plus qu’un tas de ruines. Les préjudices sont considérables. Il ne reste pratiquement plus rien : maisons détruites, basilique sans toit, carillon sans cloches, monuments sans statues. Déjà, en 1915, le gouvernement français et les architectes avaient pensé à l’après-guerre : comment reconstruire, comment dédommager les sinistrés ? La reconstruction devait se dérouler en trois temps. D’abord, dès 1920, on reconstituait les sols, les voies de communication. Ensuite, on pensait aux édifices communaux : écoles, mairies, églises, salles des fêtes. On devait terminer par toutes les habitations après 1924. C’est aux Archives départementales à Laon que l’on peut consulter les dossiers de dommages de guerre. Ils sont une source précieuse de renseignements. On y dispose de photos, de plans de constructions, d’usines, de listes d’objets d’art. Certains sont très bien documentés comme celui concernant les monuments de la ville. Maurice Isabey, architecte-expert - 70, Avenue Kléber à Paris - est chargé de faire l’estimation de la restauration des monuments de Saint-Quentin. Chaque monument est présenté tel qu’il était au moment de la réalisation des devis : leur état en 1922 ; comment ils étaient avant la guerre ; quels ont été les dommages accordés pour chacun d’eux et enfin leur restauration ou leur non restauration après la guerre. Fortement éprouvée, la ville de Saint-Quentin mit longtemps à se remettre. On peut trouver bizarre que les monuments aient bénéficié de dommages de guerre quand il y avait tant de choses à reconstruire, mais on voulait vite effacer ces quatre années de malheur. Après la première guerre mondiale, nous verrons d’ailleurs, s’élever des monuments à la gloire de ceux qui sont morts pour sauver la patrie.
 
Les marais d’Isle du Moyen Âge à nos jours
par Monsieur Frédéric PILLET
Vendredi 28 mai 2010
 
 
Le théâtre : histoire, traditions et actualités
par Monsieur Francis CREPIN
Vendredi 23 avril 2010
 
Le Théâtre de Saint-Quentin, édifié en 1844, représente l’un des témoignages les plus remarquables de l’aboutissement de recherches techniques entamées il y a plus de 2 000 ans au service de la comédie. L’art du théâtre est à l’origine celui de la représentation d’histoires, d’actions, de scènes hors de la vie habituelle, de récits extraordinaires (mythologie, ciel et enfer, fables, exploits etc.). De ce besoin de représentation, naît celui d’acteur, qui devra, lui aussi, dépasser physiquement et intellectuellement la condition de l’homme ordinaire. Être acteur devient donc une fonction, un métier. Les acteurs sont peu nombreux, mais les spectateurs sont foule. Depuis la nuit des temps, le Théâtre a donc mis en présence deux groupes de personnes, d’une population forcément déséquilibrée ; donc, depuis la nuit des temps, le dispositif théâtral a cherché à permettre à un grand nombre de spectateurs de vivre l’action générée par le jeu de quelques individus. C’est cette situation, impliquant des exigences acoustiques et visuelles, qui a été le vecteur de recherches techniques pluriséculaires. Pour être vu et entendu, l’acteur ne doit pas se trouver au même niveau que les spectateurs. Il lui suffit donc d’une estrade, comme dans le théâtre moyenâgeux ou le théâtre de rue actuel, Cependant les structures de théâtres bâtis préfèreront toujours le dispositif inverse dans lequel les spectateurs seront surélevés par rapport à la scène. Les grands creusets de civilisations ont tous donné naissance à des formes de théâtre, mais l’acte théâtral y a toujours pris naissance dans les rites religieux et la représentation des histoires liturgiques. Il semble évident que c’est la civilisation grecque qui, en premier, a conçu des structures spécifiques pour l’exercice du théâtre. Le théâtre grec (ex : Epidaure – fin IVe s. av. J.-C.) met en scène des acteurs et musiciens entièrement à découvert au centre d’un espace en gradins semi-circulaire. Réalisation étonnante en matière d’acoustique, au service d’acteurs vocalement hors du commun. Le théâtre romain, tout en reprenant les concepts helléniques, apporte des améliorations sensibles, notamment par la construction de murs de scène, ainsi que d’espaces de replis pour les acteurs, qui préfigurent les coulisses (ex : Orange – 1er s. av. et début du 1er s. ap. J.-C.) Entre Sophocle et Shakespeare s’écoule plus d’un millénaire que l’on a appelé par facilité le Moyen Âge. Cette période n’a pas généré de patrimoine bâti dans le domaine du théâtre, mais elle a été le creuset d’une vie théâtrale intense, aux multiples facettes, profondément structurée au départ par l’omnipotence de l’Église, et qui a su donner naissance, par la suite, à un théâtre comique et profane, lui même à l’origine de la Comedia dell’arte . Cette histoire médiévale du théâtre se décline au cours du temps sur quelques termes se générant l’un l’autre : les tropes, les jeux, les miracles, les mystères, les farces et sotties. Le milieu du XVIe siècle est marqué en Europe par un mouvement de renaissance de la forme théâtrale, procédant d’un désir de retour à des structures bâties fixes, à scène unique, comme dans l’Antiquité, et qui va se concrétiser très différemment suivant les lieux géographiques : théâtres « néo-antiques » couverts en Italie (ex :Vicence-1580 ; Parme –1618), corrales en Espagne (ex : Corral del principe de Madrid –1660), théâtre Elisabéthain en Angleterre (ex : Théâtre du Globe à Londres – 1616). En France, on investit et adapte des lieux dont l’architecture peut répondre aux exigences théâtrales : salles de jeu de paume, hôtels particuliers (ex : Hôtel de Bourgogne – 1548) Il semble qu’à cette époque Saint-Quentin manque cruellement de structure théâtrale fixe, le théâtre, lieu d’amusement et de luxure étant très mal considéré par les autorités municipales et ecclésiastiques. On sait cependant qu’en 1740, un certain De la Tour (homonyme du pastelliste) fait construire à ses frais une salle de spectacle en bois, sur la place centrale de la ville, pour y faire jouer sa troupe. La première salle de théâtre digne de ce nom sera en fait construite en 1774, par la ville de Saint-Quentin, dans un but premier de pouvoir y célébrer les festivités nationales des compagnies des arquebusiers. Elle est établie entre la place et la rue de la Halle-aux-Poissons (actuelle rue de la Comédie).Une scène à inclinaison variable ; une salle en fer à cheval, avec deux niveaux de balcons et un parterre permettant d’y admettre quelque 600 spectateurs, une géométrie transformable rendant l’espace polyvalent (théâtre, bals, banquets etc.). Plus de soixante ans après son achèvement, cette salle de théâtre est devenue inconfortable, inadaptée aux nouvelles formes de mise en scène, et surtout à la vie mondaine de la ville. Elle est démolie en 1842, pour laisser place à une nouvelle construction. La municipalité de Saint-Quentin fait alors appel à l’architecte Emile Guy, de Caen. Le nouveau théâtre sera achevé en 1844. Il est parvenu jusqu’à nous, ayant pris récemment le nom de théâtre Jean Vilar. Il est l’exemple parfait du théâtre dit « à l’Italienne », fruit, au XIXe siècle, des recherches les plus élaborées dans le domaine de l’art de la comédie : scène profonde permettant tous les effets d’illusions dans les jeux et déplacements des acteurs ; cage de scène de très grande hauteur autorisant les mouvements de décors les plus recherchés ; fosse d’orchestre ; salle semi-circulaire avec parterre et trois niveaux de balcons, et surtout une acoustique remarquable. Le théâtre de Saint-Quentin, tout en conservant sa structure et son architecture initiales, a su, de plus, s’adapter aux exigences scéniques contemporaines, par certaines modifications nécessaires de son plateau et par l’apport de matériels très sophistiqués dans les domaines de la lumière et du son. Il reste à ce titre l’un des lieux privilégiés de culture et de divertissement de la ville de Saint-Quentin et de sa région.
 
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