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Les différents manuscrits de l’histoire de Soissons attribuée à Nicolas Berlette
par M. Maurice Perdereau
Vendredi 12 décembre 2008
 
Au cours de notre conférence-dîner annuelle, M. Maurice Perdereau trace les grandes lignes de l’œuvre de Nicolas Berlette dont les manuscrits sur l’histoire de Soissons datent du XVIe siècle. Nous connaissons cinq exemplaires de l’histoire de Soissons datant de la fin du XVIe siècle. On peut les diviser en deux branches : - la branche A, représentée par deux manuscrits : le manuscrit n° 3862 de la Bibliothèque nationale et le manuscrit n° 233 de la Bibliothèque de Soissons, - la branche B, représentée par trois manuscrits : le manuscrit n° 234 de la Bibliothèque de Soissons, le manuscrit dit de La Bove détenu par Denis Defente, conservateur des musées du département de l’Aisne, et le manuscrit dit de Berlette détenu par la Société historique de Soissons. Citons pour mémoire un exemplaire sans correction ni annotation qui aurait appartenu à l’abbaye Saint-Médard dont parle le bénédictin dom Grenier et qui aurait disparu, un second exemplaire tronqué et abrégé, inséré probablement après sa mort dans le 243e volume des recueils de cet historien et, enfin, un texte à l’orthographe fantaisiste édité dans le bulletin n° 19 de notre Société, daté de 1888. On ne sait pas grand chose de la courte vie de Nicolas Berlette. D’après les titres du recueil, il est bourgeois de Soissons où il vit et il n’est donc pas religieux. D’après les vers latins de la branche A, son père aurait eu 80 ans et sa femme 19 quand il est né et ils n’auraient eu que cet enfant qu’une mort prématurée a empêché de terminer son ouvrage. On sait aussi que sa veuve a épousé un avocat, Me Duchesne, qui a passé à Michel Berthin ses cahiers inachevés. Ce dernier dit lui-même que Berlette venait de mourir en 1582 à 25 ans. Il dit en outre qu’il n’était pas très érudit, qu’il n’avait pas appris le latin et que cela l’avait gêné dans ses recherches puisqu’il avait dû faire appel à des étudiants plus ou moins expérimentés pour traduire les textes latins. Il est donc peu probable qu’il ait été élève au collège Saint-Nicolas. Berlette a sa rue à Soissons, dans le quartier de Saint-Waast. Quant à Michel Berthin, on ne connaît de lui que ce qu’il dit dans son livre ; il a été élève au collège Saint-Nicolas de 1545 à 1548, date à laquelle il a pris l’habit de Saint-Augustin. Il sera chanoine et curé de Chaudun. Quand il a eu en mains les cahiers et les notes de Berlette que Duchesne lui avait passés, il a laissé tomber les études religieuses. Puis il a cessé quelque temps son travail qu’il trouvait trop prenant. Mais obligé par les guerres civiles à quitter Chaudun pour Soissons, il s’y est remis pour meubler son oisiveté et oublier les calculs qui le faisaient souffrir. En conclusion, on peut penser que les deux manuscrits de la branche A présentent le texte des notes que Berlette avait réunies pour composer son Recueil des Antiquités de Soissons ; dans le texte des trois manuscrits de la branche B, les notes de Berlette ont été mises en ordre par livres et chapitres par Michel Berthin avec l’aide de Lancelot Mariage, d’après les cahiers que lui avait transmis Me Duchesne, le mari de la veuve Berlette.
 
Deux Soissonnais serviteurs royaux des derniers rois capétiens
par Mme Sabine Berger
Dimanche 16 novembre 2008
 
La conférence de Mme Sabine Berger porte sur la présentation de deux serviteurs royaux des derniers rois capétiens : Raoul de Presles et Simon Matiphas de Bucy. Il s’agissait, après une évocation de la formation et de la carrière de ces deux conseillers du roi originaires du Soissonnais, d’évoquer leur action de bâtisseur et de commanditaire d’œuvres d’art (fondations pieuses, résidences, tombeaux) à la fin du XIIIe et au commencement du XIVe siècle. Le paysage monumental conserve encore, souvent remaniés, plusieurs vestiges des constructions dues à ces hommes : en Picardie tout d’abord, dans le département de l’Aisne, mais aussi à Paris. Les édifices érigés selon la volonté de Raoul de Presles et de Simon de Bucy, toujours visibles ou disparus (mais connus par les textes et l’iconographie), témoignent de la richesse, de l’ambition et du goût très sûr de deux représentants d’un vaste milieu, qu’on pourrait qualifier d’hétéroclite, celui des hommes de gouvernement de Philippe le Bel et de ses trois fils. Raoul de Presles débuta sa carrière en 1308 auprès du prince Louis, fils aîné de Philippe le Bel et futur Louis X le Hutin. Il fut avocat du roi Philippe le Bel, charge qu’il exerça jusqu’au règne de Philippe le Long. Raoul fut également gardien des bulles et des lettres du pape et conseiller au parlement de Paris. Sa carrière s’interrompit pour quelque temps à la mort de Philippe le Bel quand, accusé d’avoir hâté la mort de ce dernier par empoisonnement, il fut incarcéré. L’intervention de ses proches, et un arrêt du Parlement en sa faveur, permirent de le disculper ; Louis le Hutin lui restitua tous ses biens en septembre 1315. Raoul de Presles fut anobli en 1317 par Philippe le Long, et poursuivit sa carrière comme secrétaire du roi jusqu’à sa mort autour de 1330. Il fut marié à Jeanne de Chastel, avec laquelle il lança plusieurs projets de construction dans son lieu d’origine, le village de Presles-et-Boves, à l’est de Soissons. Seigneur de Lizy-sur-Ourcq depuis le mois d’avril 1311, terre acquise pour services rendus aux neveux d’Enguerrand IV de Coucy, Raoul exerça une importante action édilitaire dont quelques témoins subsistent. L’église Saint-Pierre-Saint-Paul de Presles-et-Boves est due à ses libéralités ; Raoul y fut inhumé avec son épouse. Simon Matiphas de Bucy, évêque de Paris de 1289 à 1304 (date de sa mort), était originaire de la commune de Bucy-le-Long près de Soissons. Représentatif des ecclésiastiques dont Philippe le Bel avait reconnu les compétences et aimait s’entourer, il mena une belle carrière, à la fois au sein de l’Eglise et comme conseiller du roi. Professeur de droit, lecteur en droit canon, Simon de Bucy fut archidiacre de Reims et président de l’échiquier de Rouen puis évêque de Paris, une véritable consécration de carrière, à partir de 1289. Une dalle funéraire de l’abbaye de Longpont portait une épitaphe relative à un certain Jean Matifort de Bucy, père de l’évêque Simon de Bucy. Cette inscription a été consignée par dom Martene et dom Durand, et publiée par F. Brun dans un important article sur la famille de Bucy paru au début du XXe siècle. Il est possible de rattacher à cette famille plusieurs homonymes qui vécurent au XIVe siècle, dont Simon II de Bucy, clerc du roi, chanoine de Pontoise puis de Châlons et vraisemblablement neveu de l’évêque de Paris, et Simon de Bucy évêque de Soissons, bâtisseur du château de Septmonts. Le manoir des Bucy existe toujours, bien que profondément remanié, dans le village de Bucy-le-Long. En mars 1313, Simon II de Bucy fonda une chapelle en l’honneur de la Vierge dans la demeure familiale, avec une chapellenie perpétuelle. Il fonda six bourses dans le collège parisien du cardinal Lemoine, dont deux étaient réservées à des Soissonnais. Son projet le plus célèbre reste la construction des chapelles du chevet de la cathédrale Notre-Dame de Paris. L’évêque mourut dans sa maison de Gentilly, au sud de Paris, le 22 juin 1304. Il fit de nombreux dons aux chanoines de Notre-Dame de Paris, aux marguilliers ou encore à l’Hôtel-Dieu, et le martyrologe de la cathédrale conserve le souvenir d’un habile administrateur, ainsi que d’un homme avisé et généreux. Il légua en particulier un bréviaire « pour servir à la chapelle épiscopale de Paris ». Le gisant de son tombeau de marbre est actuellement conservé dans le déambulatoire de Notre-Dame de Paris.
 
L’histoire du pont de Saint-Waast et du monument des Anglais à Soissons
par M. Jean-Marc Wintrebert
Dimanche 12 octobre 2008
 
M. Jean-Marc Wintrebert explique l’origine de ce pont qui trouve sa source dans la légende et qui a subi de nombreux avatars et transformations avant de changer de nom et de devenir une simple passerelle. Pendant des siècles, il a été le seul point de passage pour aller à pied sec de la ville au faubourg Saint-Waast et à Saint-Médard. À ce titre, il vit passer d'importantes personnalités de notre Histoire : le 23 juillet 1429, Charles VII et Jeanne d'Arc suivis de toute la cour ; en 1544, Charles Quint et sa suite pour aller s'installer dans l'abbaye Saint-Jean-des-Vignes ; Napoléon en 1814 et 1815 après Waterloo. Sa construction est fort lointaine et un certain historien rapporte que « le diable serait passé par là »..., l'architecte qui avait entrepris de relier les deux rives, arrêté par les difficultés, fit un pacte avec le diable. Celui-ci consentit à faire sa besogne mais à condition que le pont une fois bâti, tout treizième individu qui passerait dessus lui appartiendrait. L'intervention heureuse de saint Waast, qui visitait la ville, eut raison du démon. Louis le Débonnaire aurait fait construire un pont pour aller à Saint-Médard vers l'an 826, mais la première mention certaine du « vieux pont » date de 1147. Une bulle du pape Eugène III confirme alors à l'abbaye Notre-Dame ses biens, dont une rente de 20 sous sur le pont de Soissons. Le pont reconstruit vers 1265 était un ouvrage à six arches ogivales comportant cinq piles en rivière. A l'origine il était défendu par une tour fortifiée à l'entrée de la ville, avec son beffroi, sa bannière, son pilori. La tour s'est écroulée en même temps que les deux premières arches lors de la crue de 1658. La construction de cet ouvrage était particulièrement soignée, ce qui explique sa longévité. Sans la guerre de 1914-1918, ce pont du Moyen Âge aurait subsisté sans encombre jusqu'à nos jours. Le 31 août 1914, face à l'avancée allemande, les ponts sur l'Aisne sont dynamités, mais le « vieux pont » est resté intact - sans doute oublié - ce qui permettra aux troupes allemandes de franchir l'Aisne. Lors de leur repli, elles feront exploser la travée métallique dans l'après-midi du 12 septembre 1914, après avoir repassé la rivière. Un pont improvisé à l’aide de péniches est reconstitué en octobre 1914 et, faute de matériel et de compétences disponibles, ce sont des « royals engineers » de l’armée britannique qui apportent leur aide d’où l’appellation de « pont des Anglais » ; les Allemands achèveront la destruction de l’ouvrage lors de leur retraite en juillet 1918. En 1932, le pont est reconstruit mais le génie français le fera sauter en juin 1940. Enfin en 1945, la municipalité décide que c’est une passerelle qui le remplacera ; les travaux sont lancés en 1951. Le monument des Anglais, qui mémorise le souvenir des soldats britanniques tombés dans l’Aisne et la Marne durant la Grande guerre, fut construit et offert par les Britanniques à la ville de Soissons en 1927 et inauguré en 1928. Associées aux armées françaises dans les batailles de l'Aisne et de la Marne en 1918, les divisions britanniques ont dû résister à la grande offensive allemande « de Champagne » à partir du Chemin des Dames et ont participé aux contre-offensives de la 2e bataille de la Marne. C'est aux pertes de cette période que se rapporte le Mémorial : 17 000 hommes et officiers sont tombés lors de ces combats entre Château-Thierry et Soissons.
 
Sortie pique-nique dans le sud de l’Aisne
par M. Denis Rolland
Dimanche 15 juin 2008
 
Elle nous emmène, par différentes étapes, dans le sud de l’Aisne sous la conduite de notre président. Premier arrêt : la ferme de Montrambeuf dont les origines remontent à 1148 et sont assez bien connues grâce à la charte de fondation de l’abbaye de Longpont. Les intérêts de cette ferme sont multiples. En premier lieu, avec la Grange à Longpont, elle est la seule dans notre région à avoir conservé un bâtiment médiéval spécifiquement dédié à une exploitation agricole puisque les autres façades médiévales qui subsistent dans la région résultent de la transformation en exploitation agricole d’un bâtiment médiéval destiné à un autre usage. Le logis, presque château, est intéressant aussi bien pour son architecture que pour le rôle emblématique qu’il tient dans la cour de la ferme. L’ensemble de la ferme, au travers de ses différents bâtiments et d’un plan d’ensemble qui a perduré, est aussi une page d’histoire de l’agriculture soissonnaise. Elle illustre la clairvoyance des abbés de Longpont qui, dès le XVIe siècle, ont su donner à la cour de la ferme une étendue et une organisation qui lui ont permis de s’adapter aux transformations de l’agriculture pendant plus de deux siècles. Toutes les époques de la construction rurale soissonnaise sont représentées dans la cour de la ferme. Arrêt ensuite à Chézy-sur-Marne pour visiter l'atelier du verrier Quentin installé dans l'ancienne école qui a trouvé là une reconversion intéressante. La salle de classe est l'atelier de restauration tandis que le préau est utilisé pour le stockage des matériaux. Ses travaux de restauration portent sur des vitraux du XVIe siècle à nos jours avec une forte proportion de XIXe siècle. L'atelier a aussi une activité de création. L'une de ses particularités est de considérer le vitrail comme un objet archéologique et artistique. Chaque restauration fait l'objet d'un véritable projet qui détermine les soins particuliers qui seront mis en œuvre : qualités et teintes des verres, techniques de peinture à la grisaille. La pause pique-nique se fait devant la ferme des Grèves, à l’écart du village de Saint-Eugène, sur la route de Montmirail. A l’origine, c’était un château construit à la fin du Moyen Age, doté de moyens de défense contre d’éventuelles attaques surprises auxquelles l’exposait son isolement. De ce qui était une belle demeure féodale, il reste encore ce qui fut la chapelle et un bel escalier en bois du temps de Louis XIII. Après avoir admiré au passage la halle du XIVe siècle de Marigny-en-Valois, la dernière halte est au village de Gandelu pour visiter ce qu’il reste du château et l’église. Le château, pourtant reconstruit au XVIe siècle est aujourd’hui en ruines ; il ne subsiste que la tour située près de l’église et le rempart surplombant celle-ci et le village. La chapelle, également reconstruite et agrandie au XVIe siècle, est devenue l’église paroissiale placée sous la protection de saint Remi.
 
Visite du village méconnu de Pierrefonds
par M. Rémi Hébert
Dimanche 18 mai 2008
 
Préalablement à la visite elle-même qu’il va conduire, M. Rémi Hébert rappelle les grandes périodes de l’histoire de Pierrefonds : - en 1393, Louis d’Orléans établit une demeure fortifiée sur les ruines d’une ancienne fortification. Depuis lors, la puissante forteresse domine le bourg. - en 1617, les canons du jeune Louis XIII démantèlent le château ; le bourg est entièrement mis à sac par la même occasion. Une longue période d’endormissement commence. - 1767 voit Pierrefonds perdre ses fonctions administratives et judiciaires. Sa prévôté royale est transférée. Pierrefonds n’est plus alors qu’un gros bourg rural enclavé dans la forêt et dominé par les ruines pantelantes de son château. Néanmoins, à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, le souvenir de son passé reste prégnant chez les souverains successifs qui s’y rendent en visite : Louis XVI en 1788 ; Napoléon 1er en 1810 ; Louis-Philippe y donne un grand banquet pour le mariage de sa fille en 1832 et, enfin, Napoléon III dès 1850. Au cours de la première moitié du XIXe siècle, la diffusion du goût des ruines va y faire venir bon nombre d’hommes de lettres et d’artistes. Parmi eux se trouve un certain Deflubé qui est non seulement artiste mais également éminent chimiste, mécanicien et hydrologue. Séduit par le site, il se rend propriétaire de vastes terrains, se fait construire une grande maison dans le parc duquel il découvre, en 1846, la présence d’eaux sulfureuses. Pierrefonds, station thermale, va voir le jour. Peu après, le couple impérial s’éprend de Pierrefonds. L’empereur décide la restauration du château et confie à Viollet-le-Duc ce gigantesque chantier. Dès lors, à l’instar de Biarritz ou de Compiègne, Pierrefonds recevra fréquemment la visite des souverains impériaux et de la cour. A la chute de l’Empire, Pierrefonds va connaître quelques années d’une désaffection vite surmontée par le développement de la vie thermale, la reprise des travaux au château en 1878 et l’arrivée du chemin de fer en 1884. Pierrefonds redeviendra plus que jamais à la mode et la bonne société parisienne viendra s’y retrouver à la saison des bains. Les différentes périodes de cette histoire se retrouvent dans un bâti d’une richesse et d’une diversité peu communes. En effet, à l’architecture rurale soissonnaise, omniprésente au pied du château dans le centre du bourg s’est superposé au XIXe siècle un bâti moderne éclectique ou souvent néo-médiéval correspondant aux goûts et aux moyens d’une clientèle raffinée. Le XIXe siècle a ramené à Pierrefonds son cortège de matériaux : l’ardoise, la tuile vernissée, la brique, le pan de bois et surtout ses formes architecturales particulières : les échauguettes, les lucarnes saillantes, les épis de faîtage, les crêtes faîtières, les corniches ouvragées, les porches métalliques, les verrières dentelées, les ferronneries tourillonnées, toujours visibles aujourd’hui en maints endroits et portant témoignage de la véritable explosion architecturale et décorative que l’Europe connut après la guerre de 1870 et dont Pierrefonds fut un des foyers dans notre région. Après ce rappel historique contextuel, l’arpentage des rues du vieux Pierrefonds commence : la gare, les différentes villas, la faïencerie héraldique, le centre du bourg aménagé afin de faciliter les passages de l’empereur et de sa suite, le parc du domaine des bains, l’arboretum, etc.
 
: Le centre d’études des peintures murales romaines de Soissons
par Mme Florence Monier
Dimanche 20 avril 2008
 
C’est Mme Florence Monier qui détaille l’activité de ce centre. Depuis 40 ans, Soissons héberge, dans l’ancien grenier à grains de l’abbaye Saint-Jean-des-Vignes, une équipe de spécialistes de cette discipline, archéologues et conservateurs-restaurateurs. En effet, à la fin des années 60, la découverte d’enduits peints dans une villa gallo-romaine à Mercin-et- Vaux avait conduit les chercheurs à définir et à mettre en place la chaîne opératoire continue indispensable à l’étude et à la valorisation de ce matériel archéologique « de la fouille au musée ». A travers les réalisations récentes du centre d’études des peintures murales sont évoqués la technique de la fresque, les décors en Gaule romaine, l’apport de ces recherches à la connaissance de l’architecture antique et l’utilisation des nouvelles technologies pour la mise en valeur de ce patrimoine. Après ramassage et prélèvements sur le terrain, les enduits peints fragmentaires sont nettoyés, éventuellement consolidés ; commence alors un long travail d’étude : remontage, relevés archéologiques et restitutions informatiques, descriptions stylistiques et techniques, interprétation, que complètent éventuellement des analyses physico-chimiques des matériaux. Sont ainsi révélés les techniques de construction, les volumes des espaces, les modes et jusqu’à la mentalité et les croyances des habitants des lieux. Peut alors commencer la restauration des éléments les plus significatifs de ces décors. Parfois, il est possible de rendre compte, à échelle réelle, d’une composition décorative dans toute sa monumentalité et sa polychromie. La présentation muséographique est un facteur important de cette valorisation.
 
L’héraldique au XXIe siècle
par M. Alain Morineau
Dimanche 16 mars 2008
 
Comme l’explique M. Alain Morineau, l’héraldique est la science des armoiries. Elle englobe tout ce qui concerne les armoiries : l’écu ou blason, les couleurs, les ornements extérieurs mais aussi le blasonnement, c’est à dire la description des armoiries. Le blason est composé de symboles que chacun peut interpréter à sa façon mais ce n’est pas un système ésotérique. Il n’est pas l’apanage de la noblesse puisque 80 % concernent des roturiers. Il est très proche du logo puisqu’il assure une identification sûre et rapide mais les règles auxquelles il répond lui donnent une cohérence, une force et même une noblesse que n’a pas le logo. D’autre part, le blason s’adresse aux particuliers aussi bien qu’aux groupes, alors que le logo ne concerne toujours pas les individus. Le rappel des bases de l’héraldique : forme des écus, métaux, émaux, fourrures, différentes parties de l’écu, partitions par les 4 coups guerriers, pièces honorables, meubles de tous types, est illustré par de nombreux exemples d’armoiries pris dans la généralité de Soissons.
 
Assemblée générale annuelle
par M. Denis Rolland
Dimanche 17 février 2008
 
Elle est suivie d’une projection d’un film de la BBC évoquant la guerre de 14-18 au travers d’autochromes d’Albert Kahn comportant de nombreuses vues de Soissons et de Reims, avec une traduction de notre sociétaire Mme Monique Judas. Le fonds Albert Kahn, c’est une série de photos en couleurs financées par un milliardaire qui voulait constituer les archives de la planète pour rendre compte de ce qui s’y passe et a envoyé partout ses reporters avant et pendant la Grande guerre. Pour réaliser des documentaires à partir de ce fonds, les cinéastes de la BBC nous ont contactés et sont venus à Soissons pour rencontrer quelques témoins qui pouvaient leur donner des informations
 
Deux Axonais à la découverte du Canada en 1608
par M. Eric Thierry
Dimanche 20 janvier 2008
 
M. Eric Thierry commente les pérégrinations de deux Axonais, Martin Béguin et Liévin Lefranc installés à Paris et recrutés pour participer à la fondation de Québec. Le premier est un jardinier employé par un grand de la noblesse ; le second travaille comme charpentier. Partis de Honfleur le 13 avril 1608 en compagnie de Champlain et de 16 autres ouvriers, leur navire arrive au Canada le 3 juin et ils sont immédiatement employés à la création de logements et de jardins potagers. Leur premier hiver vécu à Québec est rude : ils souffrent peut être de la dysenterie provoquée par une consommation d’anguilles mal fumées mais sont plus sûrement emportés par le scorbut qui sévit là-bas. Lorsqu’un ravitaillement arrive de France le 5 juin, seul Champlain et sept de ses hommes ont survécu à l’avitaminose C. Les autres ont été enterrés dans le premier cimetière de la colonie situé en haut de la côte de la Montagne, dont l’existence est aujourd’hui rappelée par une croix rouge et blanche et par une plaque. Là reposent probablement encore nos deux Axonais.
 
La révolution russe d’octobre 1917
par Philippe Buton
Dimanche 2 décembre 2007
 
M. Philippe Buton engage sa conférence en proposant d’opposer la réalité et le mythe créé par les Bolcheviques. Tout d’abord, l’appellation « Révolution d’Octobre » serait un ensemble de malentendus. Elle a lieu en fait en novembre puisque le calendrier Julien est toujours utilisé en Russie en 1917 et qu’il est « en retard » sur le calendrier grégorien. Le terme même de « bolchevique », quand on parle de « Révolution bolchevique », est en contradiction avec les faits, « bolchevique » signifiant « majoritaire », alors que la Révolution est le fait d’un petit groupe. Le mot de « Révolution » apparaît excessif : il faudrait dire simplement « coup d’Etat ». Les affiches commémoratives un an plus tard, en 1918, mettent en avant le paysan et l’ouvrier, volontaires, comme acteurs des événements d’Octobre. Or ce n’est pas le prolétariat qui prend alors le pouvoir et mène la guerre civile, mais le groupe bolchevique. De même, ce ne sont pas les soviets qui gouvernent ensuite, mais les bolcheviques. L’ennemi, dans la fin de l’année 1917, n’est plus le tsarisme, comme les affiches l’évoquent, mais le gouvernement « bourgeois », démocrate, de Kerenski, successeur du prince Lvov. Toutefois on peut employer le terme de « Révolution » car il y a une véritable révolution populaire entre février et octobre où le pouvoir est faible, impuissant. Les forces sociales agissent, mettent fin au système ancien. Les soldats ne veulent plus de la guerre, tellement meurtrière, mal conduite par des officiers tsaristes méprisants. Les paysans veulent la terre en propriété et se partagent les biens des seigneurs. Les ouvriers, miséreux, encore peu nombreux dans une industrie naissante, en décollage, ont une conscience de classe forte qui anime des soviets autogestionnaires. Les peuples allogènes réclament leur autonomie. Lénine qui veut fondamentalement la nationalisation des terres, des usines, donc l’autorité de l’Etat, est contre ce mouvement populaire, accepte les revendications par simple tactique afin de rallier le peuple aux Bolcheviques temporairement et réussir sa Révolution. C’est la praxis révolutionnaire. La Révolution d’Octobre est donc la conjonction momentanée d’un mouvement social fort et d’un petit parti plus radical, déterminé et étatique. Les révolutionnaires s’imaginent qu’avec Octobre la démocratie des Soviets va instaurer le socialisme alors que sous couvert de ces Soviets, Lénine institue la dictature de son parti et de lui seul. Les lendemains - le temps du communisme de guerre - ne sont pas ceux d’une société nouvelle radieuse affirmée, mais, par la guerre civile, ceux d’une société militarisée.
 
Les ateliers Mélin à Soissons
par Jacques Mélin
Vendredi 16 novembre 2007
 
Au cours de notre conférence-dîner annuelle, M. Jacques Mélin a expliqué la création et le parcours des Ateliers Mélin fondés à Soissons par son grand-père, Achille Mélin, en 1895. A l’époque où la faucheuse-lieuse fit son apparition, ancien cultivateur lui-même, il comprit tout de suite l’intérêt de cette nouvelle machine et consacra tous ses efforts à développer son emploi dans le Soissonnais. Il installa un atelier de réparation et d’entretien spécialisé pour compléter la vente de machines agricoles et de produits liés à l’agriculture. Après sa mort en 1911, son fil aîné Edouard poursuivit son œuvre en prenant la direction des affaires. L’entreprise connut une période de grand développement jusqu’à la guerre de 1939-1945 : fabrication de charrettes, d’élévateurs, de remorques vachères, de distributeurs d’engrais, de décrotteurs de betteraves, de mélangeurs de pulpe et de coupe-racines, importation de tracteurs Lanz, puis Mac Cormick, et même sellerie et carrosserie automobile. Dans les quatre départements qui constituaient son champ d’action, elle vendait le tiers des tracteurs achetés dans toute la France. Le magasin central possédait la gamme la plus complète de pièces de rechange qui existait à l’époque en France, ce qui lui permit d’assurer, sans défaillance, la réparation et l’entretien du matériel agricole de toute la région durant la guerre 1939-1945. Le conférencier met aussi en avant « l’esprit Mélin » qui portait sur deux idées maîtresses : 1) l’entreprise au service du client : une entreprise ne peut vivre que si elle apporte au client un service justifié ; 2) l’entreprise au service de ses collaborateurs : toute usine et toute maison de commerce sont principalement des fabriques d’hommes. Edouard Mélin savait multiplier les occasions d’être au milieu de ses ouvriers, de leur parler simplement ; une amicale les regroupait tous avec leurs familles en une œuvre d’entraide. Elle organisait de petites fêtes, réunissant dans une même ambiance fraternelle cadres, employés, ouvriers et leurs familles, avec un patronage et une coopérative Les réunions avec les représentants du personnel étaient plus qu’un instrument d’administration et des sujets simplement humains y étaient abordés. L’école de conduite de tracteurs était ouverte à tous les employés et à leurs enfants. Les ouvriers étaient répartis en équipes autonomes composées en principe de quatre personnes ; l’équipe était considérée comme une petite entreprise artisanale à part entière. La maison mère était à la fois son client, son fournisseur et son banquier avec une monnaie interne « le Mel ». L’équipe, en effet, ne louait pas son travail, elle le vendait à l’entreprise. C’était de l’autogestion avant l’heure. C’est au début de 1947 que les affaires se gâtèrent ; une restructuration importante conduisit à la revente des succursales ; la recherche de concours financiers pour surmonter des difficultés de trésorerie fit perdre à Edouard Mélin la maîtrise de la société qui se trouva contrainte de déposer son bilan au bénéfice de la liquidation judiciaire le 29 septembre 1950. L’entreprise ne s’en releva pas. Edouard Mélin fit grandir et prospérer son entreprise avec des idées parfois en avance sur son époque. La citation qu’il avait fait sienne, inscrite en gros caractères à l’entrée de la salle des fêtes de son entreprise, était à la base de toute son action : « Donner de la joie, soulager des misères par le travail et la solidarité, élever tous ceux sur lesquels on a une action, voilà un but ».
 
Deux sœurs de guerre : les cathédrales de Soissons et de Reims
par Yann Harlaut
Dimanche 14 octobre 2007
 
Pour M. Yann Harlaut, ces deux cathédrales, sœurs de guerre et de souffrance, ont subi durant la première guerre mondiale l’outrage des bombes. Ebranlées, disloquées, elles ne conservent aujourd’hui que peu de stigmates de cette époque qui faillit causer leur perte. L’œuvre d’art est plus qu’un objet, c’est le reflet de la culture et de la civilisation. Les cathédrales de Reims et de Soissons dégagent une aura, une portée symbolique qui a touché toutes les générations depuis leur édification, à la fois emblèmes et héritages, patrimoines nationaux. Agresser de tels monuments suscite naturellement l’opprobre. Mis en exergue, ses bombardements sont d’excellents exemples pour comprendre comment les œuvres d’art furent instrumentalisées pour la propagande de la première guerre mondiale.
 
Sortie à Laon
par Denis Rolland
Dimanche 10 juin 2007
 
Visiter Laon en une journée n’est pas chose facile tant le patrimoine de la ville est exceptionnellement riche. « Tout est beau à Laon » s’était exclamé Victor Hugo dans l’un de ses récits de voyage. La cathédrale est très impressionnante avec ses cinq puissantes tours ; elle donne à la butte de Laon sa silhouette si particulière qui l’a fait qualifier « d’acropole ». Construite un peu avant Notre-Dame de Paris, elle s’est inspirée de la cathédrale de Noyon mais divers courants d’influence anglo-normande ont orienté son architecture. L’abbaye Saint-Martin a été fondée par saint Norbert en 1124 et la construction de l’église date de cette époque. Par les souterrains de l’ancienne citadelle, le sous-sol de la ville nous a été présenté tant du point de vue géologique qu’archéologique.
 
Sortie à Lizy-sur-Ourcq, Gesvres-le-Duc et Crouy-sur-Ourcq
par Denis Rolland
Dimanche 20 mai 2007
 
Après avoir entendu l’historique de la ville à partir des racines étymologiques de son nom, son passé agricole et industriel, et le rôle joué par le canal de l’Ourcq dans la liaison avec la région parisienne, jusqu’au village d’aujourd’hui fidèle à la tradition agricole briarde, les deux points importants de l’étape à Lizy-sur-Ourcq sont : - l’église reconstruite à la fin du XIVe siècle et inscrite à l’inventaire des monuments historiques. Bâtie selon un plan sans unité, elle offre des originalités architecturales : le portail nord dont l’encadrement Renaissance est intéressant, les très belles voûtes de la nef soutenues par des colonnes dont bon nombre d’entre elles ont des corbeilles et des tailloirs aux décorations végétales variées, ainsi que les vitraux du XIXe siècle. - le cimetière, proche de l’église, qui a la curieuse particularité d’être la dernière demeure de nombreuses personnalités du cirque : la grande famille des Bouglione, les Zavatta, etc. ; leurs tombes sont remarquables et parfaitement entretenues. A Gesvres-le-Duc, c’est ce qu’il reste du château construit au XVIIe siècle qui retient l’attention par sa ressemblance avec le château de Blérancourt. Démoli à la Révolution, seuls subsistent aujourd’hui un pavillon Mansart à gauche de l’entrée, les douves et le pont qui les franchit. Enfin, dernière étape de cette sortie : ce qu’il reste du château du Houssoy à Crouy-sur-Ourcq, un donjon-logis construit à la fin du XIVe siècle dont les quatre étages, en bon état, sont encore ouverts à la visite. En alternance et à proximité, un petit musée montre les éléments usuels de la vie de tous les jours des XIXe et XXe siècles.
 
Société historique, archéologique
et scientifique de Soissons