
la construction des églises au Moyen Âge |
par M. Nicolas Déhu |
Vendredi 19 novembre 2010 |
M. Nicolas Déhu explique les techniques et les différents corps de métiers de l’époque. Autrefois partie de l’Île-de-France, le Valois est au cœur même du royaume capétien. C’est le noyau qui pendant les siècles du Moyen Age reste le territoire du roi, C’est donc bien évidemment sur ce territoire, centre du royaume, que l’on va développer les monuments phares, représentant le savoir-faire et la grandeur de l’Etat français. Noyon, Soissons, Beauvais, Laon sont parmi les principales cathédrales
Mais il y a aussi des édifices de moindre importance que sont les églises de village ; toutefois il faut avoir à l’esprit qu’elles se trouvent dans un contexte tout à fait particulier, entourées des plus grands monuments du pays qui vont bien évidemment tirer les choix architecturaux vers le haut. Depuis le premier concile, à Nicée en 325, l’Eglise s’est peu à peu organisée et des évêchés se constituent dans toute la France. Des vocations de prêtres et de religieux vont se faire de plus en plus nombreuses et chaque village va finir par vouloir son prêtre et son église. La technique de construction en pierre était connue chez les Romains. Elle s’est perdue à l’époque mérovingienne, où les habitations, les ponts étaient en bois. Lorsqu’un village possède déjà un temple païen ou un fanum romain, l’église sera édifiée en remplacement sur le même site. En règle générale, elle est implantée au centre du village. Du Ve siècle au XIe, il n’est pas rare de rencontrer des églises construites en bois. La période romane marque la fin de ces édifices qui, dans la plupart des cas, seront démolis pour être remplacés par des constructions en pierre. Le lieu de culte adopté est d’abord un édifice romain reconverti en ce que nous appelons aujourd’hui église. Il s’agit d’un édifice long et haut avec un vaisseau principal charpenté et d’une abside appareillée en forme de coupole. Le modèle va se transmettre dans les constructions neuves jusque dans nos régions et ce n’est que progressivement que la nef charpentée, qui subsiste encore à l’époque romane, va être remplacée par des voûtements en berceau. Ces constructions marquent à la fois le passage du matériau bois au matériau pierre.
Le financement peut venir de grands seigneurs du royaume. C’est le cas à Longpont où la première église (1144) est financée par Raoul de Vermandois. Les seigneurs des villages n’ont pas de grosses fortunes. Ils peuvent tout au plus financer une partie du chantier. Dans une société où la notion de prêt n’existe pas, il faut gérer le chantier en fonction des finances, année par année. Il n’est pas rare de voir des chantiers stoppés pendant plusieurs années par manque d’argent. Différents moyens permettent de suppléer cette carence : les dons, une part des revenus des ecclésiastiques, les seigneurs qui pouvaient donner des droits d’extraction sur leurs carrières, les reliques de saints qui, lorsqu’elles servent de base à l’édification d’une église, peuvent être une bonne source de revenu. Au XIIIe siècle, les monastères sont dans une telle période de prospérité que les ordres peuvent financer intégralement leurs constructions.
Si pour les cathédrales, les évêques peuvent engager des maîtres d’œuvre expérimentés, sur les petits chantiers la direction est assurée par un maître maçon qui réalise les dessins généraux et de détail. Les outils sont le compas, le cordeau, la corde à treize nœuds, l’équerre et le fil à plomb. Le compas est réservé au seul maître maçon, tout comme « l’archipendule », niveau de l’époque. Le transport de la pierre est un problème si la carrière est éloignée, l’astuce étant de construire sur les ruines d’un édifice antérieur.
Le bois est un matériau essentiel. Il sert bien sûr pour la construction des charpentes mais aussi pour les échafaudages. Ces derniers représentent, dans les premières années du chantier, plus de 80 % du coût en bois du chantier. Ils sont montés sur place par le charpentier en fonction du besoin des constructeurs.
Les matériaux sont mis en place à bras ou au moyen d’engins de levage fort simples. Souvent, des rampes ou des pans inclinés garantissent l’accès en hauteur des ouvriers et des chariots. En haut, on utilise des grues ou des chèvres avec des poulies pour hisser les matériaux. On fixe les pierres avec une louve puis, à la fin du Moyen Âge (fin XIIIe-XVe), avec une tenaille ou pince. La «cage à écureuil» est un appareil plus élaboré qui joue le rôle de treuil. Elle est actionnée par un homme et est prolongée par un cabestan.
Les ouvriers spécialisés, maçons, tailleurs de pierre, viennent souvent de l’extérieur. Certains sont de passage quelques jours puis reprennent leur voyage. On voit mal, en effet, comment auraient pu se former de telles compétences dans des villages où les habitations étaient construites en bois. Les nombreux chantiers mis en œuvre vont encore accroître leur expérience et c’est ce qui va donner à ces maîtres maçons suffisamment de confiance pour expérimenter des innovations techniques. Ils sont par ailleurs soutenus par des commendataires soucieux de démontrer qui la suprématie de leur ordre religieux, qui la suprématie de leur seigneurie sur celle voisine.
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Alexandre Dumas et la cité princière de son enfance |
par M. Simon Le Bœuf - |
Dimanche 17 octobre 2010 |
M. Simon Le Bœuf explique tout d’abord les motifs qui l’ont incité à écrire ce livre. Dumas est un nom mondialement célèbre rassemblant d’innombrables passionnés et de fans en France et à l’étranger puisqu’il serait le deuxième auteur français le plus lu au monde.
C’est un ouvrage sur une séquence de l’histoire de France oubliée, au travers de Dumas, focalisé seulement sur l’histoire royale, ducale et princière, dans la ville natale du grand romancier. Ce livre n’est donc pas, comme on pourrait le penser, un ouvrage local ou régional. C’est aussi un véritable éclairage sur les 20 premières années de Dumas pour comprendre ce qu’il a vécu jeune et où il a vécu. Il est, grâce à l’importance de sa diffusion, une chance pour Villers-Cotterêts puisque Dumas est réellement l’homme qui a vécu, ressenti et aimé cet énorme héritage du passé lorsqu’il y naît le 24 juillet 1802.
La première partie concerne le Villers historique et dumasien, dans laquelle Dumas est bien sûr présent, mais moins que dans les deux parties suivantes. Elle relate l’histoire superbe de tous ces monuments, en reprenant quelques poèmes qui leur sont dédiés, au travers des rois et grands noms français ayant fréquenté ces édifices.
La seconde concerne beaucoup d’autres histoires, parfois extraordinaires, d’hommes et femmes intimement liés à Dumas et en relation directe avec Villers-Cotterêts. C’est le cas de Jean-Michel Deviolaine qui fut une sorte de père de substitution pour Alexandre Dumas dès la mort du général en 1806 ; de Marie Capelle, une histoire qui commence au château de Villers-Hélon et qui se termine aux assises avec la suite que l’on connaît ; ou encore l’histoire d’amitié entre Dumas et Adolphe de Leuven, son premier et fidèle collaborateur.
La filiation de Dumas termine l’ouvrage avec des références à la famille et aux racines : les grandes lignes de la vie du Général, ce père disparu trop tôt, héros de la Révolution, ainsi que le portrait d’Alexandre Dumas fils. Des citations de Dumas, plus ou moins nombreuses, colorent l’ensemble des chapitres. |
Journée pique-nique pour un périple vers les Ardennes et la Marne |
par Monsieur Denis ROLLAND |
Dimanche 20 juin 2010 |
La première étape est pour l’église de Chaudardes relativement bien sauvegardée malgré les bombardements de 14-18. La partie la plus remarquable de l’édifice est le chœur divisé en deux travées par les colonnes flanquées de colonnettes. En contrebas, un lavoir qui vient d’être restauré contient une niche abritant une statue de la Vierge et, à l’arrière, une petite chapelle est aussi dédiée à Notre-Dame.
C’est ensuite le site exceptionnel de l’ancien château de Roucy, motte féodale réaménagée à différentes époques d’où l’on jouit d’un agréable panorama vers le Chemin des Dames.
La troisième étape nous conduit à l’église d’Asfeld, tout à fait exceptionnelle. L’extérieur est imposant par sa longueur et ses 138 piliers et colonnes. A l’intérieur, elle est minuscule et s’apparente plus à une salle de concert circulaire qu’à un lieu de culte ; elle a été rouverte au public en 2010 après restauration.
À Reims, la première halte est pour la villa Demoiselle construite en 1908 par le directeur d’une maison de champagne ; elle jouit d’une vue imprenable sur la cathédrale et c’est l’une des réalisations les plus exemplaires de transition entre l’art nouveau et l’art déco.
La promenade s’achève à la basilique Saint-Remi dont l’origine remonte au XIe siècle ; après de multiples modifications et travaux de réfection, elle a traversé la Révolution et la Grande guerre. |
Déplacement à Largny-sur-Automne pour visiter trois manoirs du XVIe siècle : la Cour, les Outhieux et la Muette |
par Monsieur Denis ROLLAND |
Dimanche 9 mai 2010 |
Le fief de la Cour est signalé pour la première fois en 1582 et constitue l’exploitation agricole de la Muette. Il reste dans la même famille durant deux siècles et peu de propriétaires se succèdent ensuite. C’est une construction de belle qualité, en parfait état de conservation. Les modifications apportées au cours des siècles sont relativement légères. Jusqu’au milieu du XIX° siècle, avant qu’on lui ajoute une travée, il n’avait pas changé. Le manoir de la Cour n’est sans doute pas exceptionnel mais c’est l’un des mieux conservés de notre région.
Le manoir des Outhieux est mentionné pour la première fois en 1470 mais au XVIIe siècle il n’est déjà plus qu’une exploitation agricole, probablement suite aux guerres de Religion. En 1968, on constate que les lieux sont restés en l’état d’avant 1914, sans modernisation ni entretien des bâtiments sinon par des expédients de fortune. Vingt cinq ans plus tard, une grande partie des bâtiments est en ruine lorsque le nouveau propriétaire entreprend d’importants travaux pour en faire une résidence. La propriété a, en quelque sorte, recouvré des titres de noblesse.
Un Hugues de la Muette est cité au XIIe siècle par un historien du Valois attestant ainsi l’existence du fief éponyme au Moyen Âge. Toutefois, il n’en est plus fait mention jusqu’au XVIe siècle, époque à laquelle il réapparaît comme un franc-fief. C’est dans la décennie 1560 que l’on peut situer la construction de la Muette. Le manoir initial semble être resté inchangé jusqu’à la fin du XIXe siècle. Après cette date, le corps de logis principal a été allongé et un second corps de bâtiment a été ajouté de l’autre côté, formant un ensemble symétrique et harmonieux. Ce manoir est un jalon intéressant dans l’évolution des manoirs campagnards de notre région. Malgré les agrandissements et les modifications subis, l’état initial est aisément restituable. Il révèle un programme architectural avant tout résidentiel d’un manoir relativement modeste qui s’est donné des allures de forteresse. |
Les palais de l’intendance en France et à Soissons |
par Mme Stéphanie Dargaud |
Dimanche 25 avril 2010 |
Le développement d’une nouvelle forme d’urbanisme : l’hôtel de l’Intendance, est apparue en France au siècle des Lumières. À Soissons, l’administration de la généralité siégeait dans une maison de la rue de Panleu, l’actuelle sous-préfecture. Jugée trop exiguë par l’intendant Louis Le Peletier de Mortefontaine, la construction d’un hôtel fut entreprise sur l’emplacement de l’ancien château Gaillard. Les travaux durèrent trois ans et l’intendant et son administration s’y installèrent en 1775. C’est l’actuel hôtel de ville. |
Panorama du vitrail dans le département de l’Aisne |
par Mme Christiane Riboulleau |
Dimanche 21 mars 2010 |
C’est Mme Christiane Riboulleau, chercheur au centre régional de l’inventaire du patrimoine social de Picardie qui le présente. Meurtri par les conflits, le département de l’Aisne a perdu la majeure partie de son patrimoine verrier d’Ancien Régime, actuellement concentré dans une quarantaine d’édifices seulement. Si les témoins les plus anciens remontent au début du XIIIe siècle, le plus tardif ne dépasse pas le milieu du XVIIe siècle, date après laquelle la création du vitrail ralentit puis s’arrête en France. Il faut attendre le milieu du XIXe siècle pour que cette technique, redécouverte depuis peu, se développe à nouveau dans l’Aisne pour gagner progressivement la plupart des lieux de culte jusqu’à la première guerre mondiale. Les verrières de cette période sont essentiellement l’œuvre de quelques ateliers picards et d’autres, les plus productifs des régions limitrophes (Nord-Pas-de-Calais, Champagne-Ardenne, Lorraine, région parisienne). Occupées par de saints personnages, des scènes superposées ou des grisailles décoratives, elles se veulent parfois un reflet de l’art verrier du Moyen Age ou de la Renaissance. Elles peuvent aussi reproduire les effets et les sujets de la peinture religieuse sur toile, parant alors les églises de véritables tableaux transparents. Les destructions étendues de la guerre de 1914-1918, ont pour corollaire la reconstruction ou la restauration de nombreux édifices religieux ou civils, dans lesquels s’épanouit souvent l’Art déco. Les faits les plus marquants de la seconde moitié du XXe siècle sont l’intervention de verriers hollandais, appelés par des desservants de cette origine, et l’introduction du vitrail abstrait. |
Assemblée générale annuelle |
par M. Jean-Marc Wintrebert |
Dimanche 21 février 2010 |
Elle est suivie d’une présentation par M. Jean-Marc Wintrebert d’un diaporama sur les traces de l’histoire à Soissons qui est le fruit de ses pérégrinations à travers la ville, appareil photo en main, repérant des images de différentes époques alors que la plupart du temps nous passons devant s’en même les apercevoir. Les images sont très variées et portent parfois sur des détails. L’assistance cherche à les replacer dans leur environnement, montrant par là son intérêt à une telle promenade, illustrée et commentée par leur auteur, ce que confirment les applaudissements en conclusion de ce tour de ville. |
Les débuts de la résistance dans le Soissonnais |
par Mme Marie-Agnès Pitois-Déhu - M. René Verquin - M. Jean-Claude Bernatets |
Dimanche 17 janvier 2010 |
Mme Marie-Agnès Pitois-Déhu ouvre les débats par une analyse du contexte géographique et chronologique des débuts de la Résistance. Dans l’Aisne, les blessures et les souffrances de la première guerre mondiale ne sont pas pansées. Le Chemin des Dames reste le symbole de l’âpreté des combats et chacun garde en mémoire l’occupation allemande. Le silence accueille, après l’invasion de la Pologne, la déclaration de guerre du 3 septembre 1939 ; personne ne se fait d’illusion. L’Allemagne lance l’attaque le 10 mai 1940 et en quelques semaines est joué le sort de la France. À la suite de l’armistice, la France est mutilée d’une partie de son territoire. Le département vit à l’heure allemande. L’Allemand est partout, il prend tout, surveille tout, sa police sévit ; de 1940 à 1942, l’information est muselée et de nombreuses raisons de résister prennent jour, on n’accepte plus la politique antirépublicaine et antidémocratique de Vichy. Les pressions et les exigences de l’occupant révoltent la population. Mais on n’entre pas dans la Résistance comme dans une association ; il n’existait pas de bureau de recrutement et pourtant…
M. René Verquin explique la difficulté de trouver trace des actes des premiers patriotes soissonnais, la première règle de sécurité à l’époque étant de n’en laisser aucune. Et on connaît aujourd’hui leur manque de prudence. Même si les archives militaires et locales s’ouvrent désormais mieux à la recherche, ce sont les témoignages de familles qui font la documentation sur le sujet. Il aborde ensuite la création et l’activité du réseau de résistance « Vérité française » auxquels participèrent de nombreux Soissonnais, particulièrement l’action du capitaine Henri Descamps, déporté et décapité en 1942, de Daniel Douay, fusillé par les Allemands la même année, et du drame de leurs épouses.
Puis M. Bernard Ruelle relate la naissance d’un réseau de résistance dans la région vicoise sous l’impulsion de deux hommes : Gabriel Cochet et André Bataillard qui rejoignirent l’ « Armée des volontaires » avec pour mission la collecte du renseignement. Le premier dirige les silos de « L’Aisne Agricole » à Vic-sur-Aisne. C’est un carrefour géographique avec le pont sur l’Aisne, passage obligé entre le nord et le sud, aussi bien pour les Allemands que pour les civils français, un lieu de rencontre des paysans de la région. Le second, contrôleur à la perception de Vic, rencontre aussi beaucoup de monde des villages voisins. Leur alliance va leur permettre de constituer doucement un réseau d’amis qui rejoindra l’ « Armée des volontaires » et en constituera l’un des piliers. À la fin de 1942, ce groupe compte vingt-deux hommes qui relèvent avec soin les voies de communication, les ponts, les voies ferrées, les écluses, les habitudes de l’armée allemande, les défenses du tunnel de Vierzy et du terrain d’aviation du Croutoy et même les plans du camp de Margival. Gabriel Cochet et André Bataillard furent dénoncés et déportés mais le second n’en revint pas.
La clandestinité et la résistance des communistes dans l’Aisne est détaillée par M. Alain Nice. Malgré le pacte germano-soviétique, le parti communiste est interdit par le gouvernement Daladier depuis septembre 1939. Cela n’empêche pas, dès la fin de 1940, l’organisation de petits groupes armés pour garantir la sécurité des militants qui vont prendre rapidement le nom d’ « organisation spéciale ». Ce sont eux qui effectueront les premières actions armées contre l’occupant. A tous les échelons du parti se constituent des groupes de trois, des « triangles ». Dès l’automne 1940, le parti communiste se restructure et se réorganise dans les principales villes du département. Outre les distribution de tracts et de journaux, les premiers actes de résistance consistent à récupérer les armes abandonnées par l’armée française, favoriser le passage de la ligne de démarcation aux prisonniers évadés, regrouper les jeunes du secteur et effectuer divers sabotages (lignes téléphoniques, voies et machines SNCF, incendies de récolte). Les attentats contre des militaires allemands interviennent dès 1941 ; dans le Soissonnais, celui de Courmelles le 29 septembre 1941 sur une sentinelle allemande donne lieu à une rafle dans les milieux communistes et parmi les 17 personnes arrêtées comme otages, quelques unes seront libérées mais d’autres fusillées ou déportées. En avril 1942, ces groupes armés du P.C.F. prennent officiellement le nom de « francs-tireurs et partisans » et adoptent pour nouvelle tactique militaire celle de la guérilla. Malgré la répression allemande qui s’intensifie, les actions se multiplient dans les différents secteurs du département : Hirson, Tergnier, Chauny, Soissons ; ce sont les communistes qui ont subi les coups les plus rudes : 117 arrestations entre 1941 et 1942.
L’action des résistants isolés et autres insoumis de l’Aisne en 1940-1942 est décrite par M. Jean-Claude Bernatets. Les réalités cruelles de l’occupation et du régime de Vichy ont conduit, dès 1940, une poignée de gens ordinaires, citoyens et patriotes, hommes, femmes, jeunes, étrangers à faire le choix de ne pas se soumettre. Ils ont refusé l’abolition de la liberté, la xénophobie et le racisme, en un mot le fascisme et beaucoup d’entre eux en ont payé le prix. Dès juillet 1940, le département est coupé en deux parties presque égales, celle du nord est zone interdite et des milliers de prisonniers de guerre y sont détenus. Les premières actions vont être d’en faire évader le plus possible et en même temps de faciliter le retour des réfugiés, avec les risques que cela comporte. Il y a aussi la collecte d’armes et de munitions abandonnées par l’armée française et l’aménagement de caches pour les stocker, en zone interdite comme en zone occupée. Enfin, les lois raciales de Vichy, les premières arrestations et la rafle du 17 juillet 1942 opérée par la gendarmerie vont susciter un élan d’indignation et de solidarité qui va amener de nombreuses familles à leur porter secours avec les risque d’arrestation, d’emprisonnement et de déportation qui vont s’en suivre.
La conclusion de Mme Marie-Agnès Pitois-Déhu est pour dire que le sujet d’aujourd’hui est difficile car si les archives commencent tout juste à s’ouvrir, elles sont de toute façon restreintes, la clandestinité exigeant de laisser le moins de traces possible. De plus, elles ont souvent été reconstituées après coup au moment des dossiers d’homologation des résistants. Par ailleurs, mémoire gaulliste et mémoire communiste ont marqué la manière de parler de la seconde guerre mondiale. C’est pourquoi les historiens étrangers, en particulier les Anglais, nous permettent de nous affranchir des tabous de notre histoire et d’en venir, 70 ans après, à une véritable critique historique.
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Les troupes italiennes en France pendant la première guerre mondiale |
par M. Julien Sapori |
Dimanche 13 décembre 2009 |
M. Julien Sapori apporte un éclairage sur l’engagement italien durant cette guerre par l’analyse du livre qu’il vient de publier sur ce sujet. Après avoir évoqué la création et la rapide disparition de la Légion garibaldienne, son étude explique comment l’Italie s’enfonce dans le conflit aux côtés de l’Entente. Elle examine l’organisation des troupes italiennes en France, celle des travailleurs et la présence de l’aviation italienne. Que reste t-il de cet épisode militaire au seuil du XXIe siècle ? Pas grande chose, il faut bien le reconnaître. Aujourd’hui, le souvenir de ces dizaines de milliers de soldats italiens qui vinrent donner leur jeunesse et, parfois, leur vie, à la France, au moment le plus tragique de son histoire, a presque entièrement disparu. Le fascisme et la deuxième guerre mondiale sont passés par là et, dans la mémoire collective française, l'Italie du XXe siècle est davantage perçue comme l'alliée d'Hitler que comme l'amie du poilu. En Italie même, leur sort est rarement évoqué, les souvenirs de la Grande Guerre participant du discrédit général qui frappe aujourd'hui cette gigantesque boucherie dans laquelle l'Italie se précipita de façon inconsidérée et qui fit, finalement, le lit du fascisme. Le gigantesque mémorial dont la construction avait été prévue à Bligny, dans la Marne, n’a jamais vu le jour. |
Assemblée générale annuelle |
par M. , Denis Rolland |
Dimanche 22 novembre 2009 |
Elle est suivie d’une lecture d’un petit livre curieux, anonyme, daté de 1729 et intitulé Description galante de la ville de Soissons avec recueil de pièces fugitives. Son titre, par l’adjectif « galante », est attirant mais, par le terme « fugitives », prévient qu’il s’agit d’un recueil léger et sans prétention. A cette date se tenait à Soissons le congrès de la paix ; une grande animation régnait en ville avec les ambassadeurs, les congressistes qui siégeaient dans le vieux château des comtes, à l’emplacement de l’actuel hôtel de ville. En dehors des réunions de travail, tout le monde se divertissait ; de somptueux dîners et des fêtes galantes étaient organisés qui permirent aux gazetiers de l’époque d’écrire de bons articles. C’est donc dans cette atmosphère d’oisiveté et d’insouciance que se situent les intrigues et les anecdotes de ce livre. |
Les moulins |
par M. Denis ROLLAND |
Vendredi 13 novembre 2009 |
Au cours de notre conférence-dîner annuelle, notre président explique l’origine des moulins et particulièrement des moulins à eau dans notre région. Au moyen âge, seuls les titulaires de fiefs possédant la justice avaient le droit d’user du cours d’eau traversant leur domaine pour y ériger un moulin. Comme le four, le moulin était banal. Les habitants de la seigneurie étaient tenus d’y faire moudre leur grain sous peine d’amende mais leur nombre devenant important, cette astreinte disparut au XVIe siècle. Toutes les conditions étaient requises pour que beaucoup de moulins à eau se créent en Soissonnais : un pays riche, une agriculture prospère avec des terres à blé et des cours d’eau nombreux. Par exemple, le ru de Retz entre l’Aisne et sa source à Puiseux comptait au moins douze moulins et sur la Crise, quatorze usines se succédaient sur un parcours d’une quinzaine de kilomètres. L’installation de plusieurs moulins sur un même cours d’eau était une source de conflit entre meuniers et riverains. Chacun devait régler la hauteur de sa vanne en fonction du débit du moment afin d’assurer le fonctionnement convenable de son usine sans trop relever le plan d’eau en amont pour ne pas perturber le moulin précédent ou inonder les riverains. Les premiers moulins étaient entraînés par une roue à aubes de 3 à 5 mètres de diamètre et de 1 à 2 mètres de largeur ; par la suite, certains moulins posséderont plusieurs roues à aubes et compteront jusqu’à 8 meules. L’apparition de la machine à vapeur a été le signal de leur disparition que la Grande Guerre a parachevée. Ceux qui avaient été endommagés par les combats n’ont jamais été relevés |
De la « halte pour aéroplanes » aux Ailes soissonnaises d’aujourd’hui |
par M. Jean-Paul Loubier |
Dimanche 18 octobre 2009 |
M. Jean-Paul Loubier a retenu l’attention de son auditoire en développant ce sujet d’histoire locale : l’aviation à Soissons depuis la première intention de créer un aérodrome jusqu’à nos jours. Différentes étapes jalonnent ce parcours. Tout commence en 1912. La guerre menace ; le maire de Soissons envisage pour sa ville un avenir aéronautique et fait part au ministre de la Guerre de sa volonté d’acquérir un terrain destiné à une halte pour aéroplanes pouvant servir en temps de guerre. Dans sa réponse, le ministre propose plus modestement, à proximité de la ville, une halte d’atterrissage ne comportant que quelques hangars. Celle-ci est ouverte en avril 1914 mais, durant toute la guerre, elle est sous la menace des batteries allemandes et n’est guère utilisée. Par la suite, différentes opportunités permettent d’aménager un autre terrain communal - l’ancienne ferme St Crépin - se prêtant mieux à l’atterrissage des avions. Le Club aéronautique soissonnais est crée en 1926 ; c’est une section de l’Aéro-club de l’Aisne basé à Saint-Quentin qui sollicitera la location du champ de Saint-Crépin comme terrain auxiliaire. Le Club aéronautique soissonnais est reconnu officiellement en 1933. L’activité se développe avec des essais de nouveaux appareils comme le « pou du ciel ». En 1940, c’est la guerre et l’occupant interdit tout usage du terrain, sauf en 1942 pour la pratique de l’aéromodélisme. Après 1945, des travaux d’infrastructure très importants sont entrepris, le vol à voile attire de nombreux élèves. Les activités sur le terrain ne cessent de s’accroître avec l’arrivée de nouveaux matériels. Tous les ans, une journée portes ouvertes comportant un spectacle aérien, des baptêmes de l’air sur avions, hélicoptères et planeurs, est très prisée des Soissonnais.
La pratique de cette plate-forme de Soissons n’était pas dangereuse mais délicate de par son environnement. De nombreux obstacles cernaient ce petit terrain : piscine, cheminées, arbres nombreux, tennis couvert, cynodrome, etc. Son transfert est donc décidé ; en mai 1989 débutent les travaux des infrastructures d’un nouvel aérodrome sur le plateau de Courmelles et le 31 mai 1991 le dernier planeur atterrit à Soissons. |
Visite de la ville de Senlis |
Dimanche 14 juin 2009 |
Cette découverte de la ville s’est faite sous la conduite de M. Béchet, président de la société historique locale. Il serait trop long d’entrer dans le détail de tous les lieux visités. Toutes ces rues, ces maisons, ces porches constituent un décor ancien qui attire sans cesse le regard. Citons quand même les principales étapes :
- l’incontournable cathédrale,
- la chapelle de Saint-Frambourg, fondée au Xe siècle, qui conservait autrefois les reliques de ce saint.
- l’église Saint-Pierre, fondée en 1029, qui était le siège d’une des huit paroisses de la ville.
- l’abbaye de Saint-Vincent fondée par Anne de Kiev en 1063 ; celle-ci était la fille de Iaroslav, grand duc de Russie, qui épousa Henri 1er.
- l’hôtel Saint-Germain, belle bâtisse du XVIIe siècle.
- enfin, les arènes datant des dernières années du premier siècle après Jésus-Christ.
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Visite du mémorial de l’internement et de la déportation à Royallieu |
Dimanche 24 mai 2009 |
Ce mémorial a fait l’objet d’aménagements récents et c’est l’un de ses responsables, M. Le Goff, qui nous a accompagnés de ses explications tout au long de la visite de l’ensemble des bâtiments. Ce site fut utilisé en 1914-1918 comme parc à aérostats, puis comme hôpital militaire, avant de devenir la caserne du 54e régiment d’infanterie et du 67e régiment d’artillerie. Fin juin 1940, l’armée allemande réquisitionne Royallieu, redevenu hôpital militaire et, en septembre, l’aménage pour recevoir des prisonniers de guerre français et alliés. A la mi-juin 1941, Hitler dénonce le pacte germano-soviétique et commence alors l’arrestation en masse des ressortissants russes, blancs et rouges, sans distinction politique. Ils sont encasernés à Royallieu qui devient une nouvelle anti-chambre de la déportation. Car Royallieu ne fut pas un camp de concentration ou d’extermination mais un lieu de regroupement des ennemis de l’occupant, le premier centre de déportation des prisonniers politiques, dont les résistants de France.
Au fil du temps, Royallieu passa presque pour un lieu de sécurité, une oasis où l’on ne faisait qu’attendre un transfert en Allemagne pour y affronter des travaux réputés pénibles, réputation qui cacha jusqu’au bout les sinistres réalités des camps allemands. En tout, il vit passer une vingtaine de nationalités : Italiens, Espagnols, Nord-Africains, Asiates, des civils britanniques, des civils américains aussi mais qui, d’un pays neutre, bénéficièrent d’un régime moins sévère avant d’être transférés vers leur patrie. La garde du camp était assurée par la Wehrmacht mais l’organisation des transfert, embarquements et transports, l’était par les SS.
La récente ouverture du musée y a amené de nouveaux témoins, dont beaucoup directs, mais évidemment de plus en plus rares, ce qui permettra de compléter les archives avec d’autres récits, anecdotes et objets souvenirs et d’affiner les statistiques sur le nombre d’internés et de déportés. On cite actuellement 50 000 déportés sur 54 000 internés.
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Société historique, archéologique et scientifique de Soissons