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Les petites villes du Nord du département de l’Aisne au XIXe siècle
par Madame Laetitia Paeme-Chassat
Vendredi 27 mai 2011
 
Le nord du département de l’Aisne, partagé entre l’influence de la région parisienne et celle de la région du Nord, s’organise autour des arrondissements de Saint-Quentin, Vervins et Laon. Cet espace régional offre deux profils différents correspondant l’un à la région de la Thiérache et l’autre à celle du Vermandois, du Saint-Quentinois et du Laonnois. D’un côté, on trouve un paysage de bocage aux industries diverses et aux bâtiments faits de bois, torchis et briques et, de l’autre, de grandes plaines céréalières et betteravières qui alternent avec une industrie principalement textile autour d’un bâti fait de briques et de pierres blanches. Bien qu’elle soit une région de vieille tradition urbaine, cette partie septentrionale du territoire de la Picardie ne compte aucune grande ville et seules Saint-Quentin et Laon sont considérées comme des villes moyennes. Ainsi, ce réseau urbain a comme particularité de n’être fait que de petites villes qui jouent donc un rôle primordial dans l’organisation et la vie de cet espace. En France, la définition statistique de la ville correspond, depuis 1846, à une agglomération dont le nombre d’habitants est supérieur ou égal à 2000 au chef-lieu. Dans cette optique, l’Atlas historique de l’urbanisation de la France (1811-1975) de George Dupeux fixe à 5000 le passage de la petite ville à la ville proprement dite. Une petite ville est donc une commune qui compte moins de 5000 habitants. Mais ce critère quantitatif qui semble primordial n’est pas, à lui seul, le seuil de partage suffisant pour donner un caractère urbain. Il faut alors comprendre et articuler les mécanismes des différentes fonctions qui animent ces espaces, tant au niveau de l’organisation sociale, c'est-à-dire de la répartition socioprofessionnelle, que de l’organisation spatiale, à savoir l’aménagement du paysage urbain. Une approche comparative sur 54 communes du Nord du département a permis d’établir une liste de onze petites villes formant le corpus de cette étude. Un premier choix de cinq communes principales a été défini, qui comprend les petites villes de Chauny, Guise, La Fère, Vervins et Ribemont. Les six autres petites villes étudiées se répartissent en fonction de trois groupements géographiques correspondant aux trois arrondissements à raison d’une petite ville de 1000 à 2000 habitants et d’une autre de 2000 à 3000 habitants choisies par arrondissement, à savoir Origny-ste-Benoite, Bohain, La Capelle, Hirson, Montcornet et Marle. De la fin du XVIIIème siècle à la Première Guerre Mondiale, de nombreux événements historiques, politiques et économiques ont influencé le cours de la vie des citadins et d’un point de vue démographique, cette région a connu un accroissement de population jusqu’en 1876 puis une diminution jusqu'à 1914.Vervins compte 2000 habitants en 1765, 3351 en 1896, 3187 en 1906. Néanmoins, les petites villes du Nord du département de l’Aisne ont su s’adapter aux changements engendrés par les révolutions agricoles et industrielles et ont ainsi conservé une agriculture forte tout en développant leur artisanat et leur industrie, comme l’agro-industrie (betterave à sucre), l’industrie textile (bonneterie à Vervins, tissus à Bohain), chimique (Chauny), métallurgique (Hirson, Guise) Elles sont restées proches de leurs campagnes environnantes, notamment par l’importance des comices, marchés, foires (foire aux chevaux de Chauny) la présence de métiers spécialisés, tout en affichant des signes d’urbanité forts à travers les nombreux services (commerces, administrations, ferroviaire pour Hirson grande gare de triage…) dont elles ont su se doter et l’existence d’une élite urbaine propre à ces communes.
 
Clôture de la chapelle Saint-Germain de Ribemont, la restauration de 1969
par Mademoiselle Ēmilie Martial
Vendredi 6 mai 2011
 
Encore méconnue, la chapelle Saint-Germain de Ribemont, bâtisse du XVIIIe siècle abrite une clôture de chœur richement sculptée du premier quart du XVIe siècle et classée Monument Historiques en 1911. Œuvre délocalisée, elle proviendrait de l’église Saint-Denis de Ribemont, démantelée à la Révolution. La composition d’un corpus iconographique composé de clichés, de cartes postales, de dessins et d’une lithographie datant de 1840 révèle la rapide détérioration de la clôture au cours du XXe siècle et met en évidence les profonds remaniements subis par la clôture lors de la restauration de 1969 qui mutilèrent l’œuvre. Cette restauration, contestable par les choix d’interventions déterminés (décapage, utilisation de résine), l’est aussi puisque non finalisée et hasardeuse : disparition de l’accolade et de deux panneaux sculptés de la traverse supérieure, retrait d’une colonne, mais aussi déplacement de panneaux du soubassement. Modifiant à la fois sa structure et son iconographie, cette restauration a fait l’impasse sur l’intégrité de cette œuvre mobilière liturgique à considérer dans sa globalité tant fonctionnelle que signifiante. Les clôtures de chœur inséraient la morphologie et l’organisation interne de l’espace ecclésial et répondaient à la logique de l’église-bâtiment en mettant en œuvre certaines articulations et hiérarchies. Sa fonction était tripartite : de passage, de clôture mais aussi d’image. La Réforme grégorienne, les conciles, tels ceux de Trente ou du Vatican II, ont entraîné des modifications de la liturgie qui ont eu des incidences importantes sur l’ameublement des églises et la destinée de ce mobilier. Ayant perdu sa fonctionnalité, la clôture de Ribemont aurait pu disparaître. Il faut reconnaître la clôture de chœur comme « image-objet », d’après l’expression de Jérôme Baschet et relier l’image à ses contextes et usages, en mettant en valeur ses caractéristiques matérielles comme ses manipulations rituelles. La cohérence iconographique et l’usage liturgique d’une clôture sont donc prépondérants. Nous pouvons ainsi lier l’ « ornementation » de la clôture de chœur à son statut de seuil, son décor est comme l’annonce – la projection extérieure – de la sacralité du sanctuaire.
 
Le réseau de Résistance Vérité française
par M. René Verquin
Vendredi 11 mars 2011
 
Après la campagne de France, l’armistice du 22 juin 1940 décide la division du territoire. Laon est en zone interdite. Les personnes poursuivies (juifs, évadés…) doivent être aidées pour passer les frontières intérieures en particulier la zone de démarcation. Il faut leur fournir, papiers, vêtements, nourriture… A cet effet, des filières puis des réseaux se créent immédiatement tels Musée de l’homme en zone occupée, Croisade, Alliance en zone libre. En septembre 1940, le capitaine Descamps qui refuse l’armistice et l’hitlérisme participe au réseau Vérité française. Daniel Douay, ex-soldat de l’Armée d’Orient en 1914-1918, conduit en mai 1940 sa famille à l’île d’Yeu, revient à Soissons, aide à l’exode des derniers habitants, participe à la filière d’évasion des prisonniers de guerre, initie le réseau Vérité française opérationnel en octobre 1940. Outre l’organisation d’évasions, ils propagent un périodique clandestin. En juillet 1941, les Allemands arrêtent le colonel de la Rochère sur qui ils découvrent un carnet de renseignements dont un mot de passe. Grâce à celui-ci, un de leurs agents Jacques Desoubrie, soit disant traqué par la Gestapo, s’infiltre aisément dans le réseau Vérité française à Paris et Soissons. Le 25 novembre la police allemande organise une rafle à Paris, Blois, Soissons. Quelque 80 personnes sont arrêtées dont Madeleine de Gaulle. La plupart sont de droite, en particulier des ex-Croix de Feu. Le procès s’ouvre le 15 avril 1942, le premier procès pour un réseau. Pour certains, c’est la prison. Pour d’autres, c’est la condamnation à mort. Douay est fusillé le 27 octobre avec Louys et Vogel. Descamps et Moreaux sont décapités le 5 décembre. Ces résistants de la première heure sont difficilement reconnus au contraire des résistants de la dernière heure. L’administration affirme que la Résistance n’existait pas en 1940. Quand ils le sont enfin, ils le sont en étant inscrits au réseau Musée de l’homme. Le réseau Vérité française n’est pas authentifié. Le traître Jacques Desoubrie, responsable de 1000 arrestations dont 400 exécutés ou déportés, est condamné à mort en 1947 : il crie Vive Hitler lors de son exécution.
 
Clandestinité et résistance des communistes dans l’Aisne
par M. Alain Nice
Vendredi 11 mars 2011
 
Le pacte germano-soviétique et la politique moscovite de leur parti jettent le désarroi chez les militants communistes en 1940. Mais nombre de ceux-ci réagissent : Charles Tillon rédige un Manifeste de Bordeaux, Georges Guingouin un Appel à la lutte. Les communistes résistants s’organisent en triangles (groupe de 3 responsables : un Politique, un Organisation, un Masse) à liaison verticale étanche (3 triangles forment une cellule, plusieurs cellules une section ayant, au-dessus une région. A l’automne 1940, le triangle de Tergnier avec Caille, Arsa, Bouyssou réalise les premières distributions de tracts et les premiers sabotages, en particulier au dépôt SNCF, outre la récupération d’armes, l’évasion de prisonniers… A Chauny, le triangle est formé par Delettre, Potentier, Poiret. Liez à Château-Thierry, Sue à Hirson, Hébert à Soissons, tous agents SNCF, sont les principaux responsables locaux. Hébert réalise le premier sabotage ferré en février 1941 ; parallèlement des lignes téléphoniques allemandes sont rompues, des récoltes incendiées. La répression est immédiate. Caille est arrêté le 29 mars 1941, meurt à Auschwitz fin 1942, Sue est arrêté le 5 septembre 1941, meurt à Auschwitz le 15 octobre 1942… Après l’entrée en guerre de l’URSS, le PCF prône l’action immédiate et les attentats contre les soldats allemands même s’ils entraînent des représailles. Le premier dans l’Aisne est perpétré à Courmelles le 29 septembre 1941 : Pinot, dénoncé, arrêté avec 17 autres communistes du Soissonnais, est le premier patriote fusillé, le 9 octobre 1941. Peu après, le PCF crée un mouvement de résistance Le Front National et des groupes armés qui deviennent les FTP en avril 1942 structurés géographiquement en secteurs, régions, interrégions, zones : l’Aisne est la région 2 de l’IR 25. Pruvot est le responsable du secteur FTP de Tergnier qui réalise une action spectaculaire le 1er mai 1942 en accrochant des drapeaux tricolores aux fils électriques. Le groupe Beck de Soissons est aussi très actif : ainsi Odette Richier incendie les Magasins généraux où sont entreposées des marchandises destinées à l’armée allemande. Le groupe est démantelé en octobre ; Beck est torturé ; une douzaine de personnes sont arrêtées ; Odette Richier meurt en mars 1943 à Auschwitz. Rolande Perret est une figure de la Résistance chaunoise. Liez de Château-Thierry devient le commandant des FTP de l’Aisne et sillonne le département ; il est secondé par Emile Gente qui installe le maquis de Veslud en novembre 1942, maquis démantelé par la police en septembre 1943. La Résistance communiste a bien été précoce, dès 1940, importante, organisée et a bien subi la répression la plus rude.
 
Laon, une ville en armes au temps de Charles VI, 1380-1422
par M. Jean-Christophe Dumain
Vendredi 11 mars 2011
 
Les années 1331-1550 à Laon sont mal connues. Monsieur Dumain s’attache à les étudier. Après 1331, les malheurs s’abattent sur Laon, comme sur la France : la peste noire, la guerre de Cent Ans avec les chevauchées soldatesques incessantes dévastatrices, telle celle de 1359 où l’abbaye de Saint-Vincent et les faubourgs de la ville sont incendiés. Après un répit sous Charles V et Du Guesclin, les crises se multiplient sous Charles VI, qui mineur est dominé par ses oncles ducs de Bourgogne, de Berry, de Bourbon, d’Anjou, et par les Marmousets, puis à partir de 1392 est atteint de folie. Le Laonnois est pris entre les possessions (Coucy, Soissons…) du duc d’Orléans, frère du roi, et celles du duc de Bourgogne (Flandres, Rethel…). Après une révolte fiscale en 1382, Laon se soumet. La ville accueille triomphalement Philippe le Hardi en 1388, le roi en 1393, la reine Isabeau de Bavière en 1396, Louis d’Orléans en 1404. Mais à la mort de Philippe le Hardi, le duché de Bourgogne est dirigé par Jean sans peur qui fait assassiner le duc d’Orléans. Aussitôt, la guerre civile est extrême entre Armagnacs proches du roi et Bourguignons liés aux Anglais. Les édiles de Laon tâchent d’y faire face. Ils envoient des messagers auprès des autres villes (Compiègne, Noyon, Saint-Quentin…) pour s’informer des mouvements des troupes. Le capitaine de ville, personnage essentiel, tel Gilles Thorel, fait renforcer le guet, les murailles, récurer les fossés, s’entraîner les arbalétriers, développer l’artillerie nouvelle. Des portes sont mises sous protection de la Vierge et murées quand le danger est imminent. L’opportunisme est aussi de rigueur. Dominée par les Armagnacs de 1407 à 1411, puis par les Bourguignons de 1411 à 1414, elle ouvre alors ses portes aux Armagnacs pour éviter le sort tragique que viennent de subir les Soissonnais. De retour sous la coupe des Bourguignons en 1418, les Laonnois en profitent pour raser Crépy, une rivale. Dans ce contexte, on conçoit que le ralentissement économique et le dépeuplement de Laon se soient accentués.
 
à la rencontre des peuples autochtones
par Madame GOMEZ-GERAUD
Jeudi 3 février 2011
 
« Jean de Brébeuf est devenu Huron avec les Hurons ». Comme les autres Jésuites, il sait qu’on ne peut évangéliser qu’en comprenant les peuples, ses coutumes, sa langue, mais en étant ethnologue, linguiste. Son comportement est connu par ses deux « Relations », son journal spirituel, et son martyr. Né en 1593 à Condé-sur-Vire, il entre chez les Jésuites en 1617, est ordonné prêtre en 1622, pendant la Contre Réforme, moment de spiritualité intense dans le monde catholique. En 1625, il part pour la Nouvelle France. De Québec, il se rend chez les Algonquins, vit chez eux dans des conditions très dures. À peine est-il initié qu’il est envoyé en Huronie. Le voyage est long, éprouvant : 800 miles, multiples portages, isolement, silence, marais et moustiques ou glace et neige. Il faut remonter le Saint-Laurent jusqu’à Montréal, aller vers l’Outaouais (Ottawa), le lac Nissiping, et par Georgian bay atteindre Saint-Joseph (Island). Son premier séjour de 1626 à 1629 n’entraîne aucun baptême. Le missionnaire prend son temps, apprend la langue pour être apte à transmettre les concepts théologiques. Son 2e séjour de 1634 à 1641 est marqué par les épidémies qui déciment les Hurons, mais aussi par l’installation d’une véritable mission à Sainte-Marie. Son 3e séjour de 1644 à 1649 est plus dramatique encore. Les Hurons harcelés par les Iroquois sont décimés et il se termine par son martyr extrême (eau bouillante, lèvres arrachées…) le 16 mars 1649. Quelques centaines de Hurons évangélisés ainsi que des ossements de Jean de Brébeuf sont ramenés à Québec. Jean de Brébeuf se comporte en religieux réaliste. Il veut avant tout comprendre les Amérindiens, leur cosmogonie, leurs rites comme leur fête des morts, et conçoit que « leur misère est sa misère ». Il ne les juge pas inférieurs. Leur culture est différente, c’est tout. Sa méthode d’acquisition de la langue huronne traduit cette patience et cette humilité. Il recueille les mots, établit un dictionnaire, une grammaire, fait des traductions en particulier d’un catéchisme ou d’un cantique de Noël qui demeure dans la culture canadienne. Les difficultés sont réelles : des expressions comme « du Père » sont intraduisibles, les mots hurons, surtout des mots composés, comptent beaucoup de voyelles et pas de labiales (B, F, L, M, P, X, Z, J, V). Jean de Brébeuf est aux antipodes de la force pour s’imposer. Une leçon peut-être religieuse, sûrement humaniste.
 
Le séjour des Amérindiens en France au XVI e siècle
par Monsieur Eric Thierry
Mardi 18 janvier 2011
 
Dès que les Français explorent les littoraux américains en 1504, des Amérindiens arrivent en France. De 1505 à 1615, on peut suivre la trace de 187 d’entre eux. Ce nombre est inférieur au nombre réel d’Amérindiens séjournant en France car il n’est pas rare de les rencontrer dans les ports ou à Paris. Les causes de leur venue sont diverses. La force est parfois utilisée puisque certains sont enlevés. Verrazzano en 1524 enlève un garçon en Virginie, Jacques Cartier fait de même avec dix Iroquois dix ans plus tard. Mais il est préférable que l’embarquement se fasse par consentement. Il facilite l’éducation de l’indigène, les alliances, la coopération dans l’exploitation des ressources, le commerce. Gonneville, parti pour les Indes, échoue sur une terre habitée par un peuple dirigé par le roi Arosca ; en 1504, il ramène son fils Essomericq avec promesse de lui enseigner l’usage des canons, la fabrication des couteaux, haches, miroirs… Essomericq est le premier Amérindien vivant en France. Les Tupinambas du Brésil aident à l’abattage et à l’exportation des arbres de brasil en échange d’armes, verroterie, mercerie. Ces produits européens servent d’échange à Terre-Neuve et le long de l’estuaire du Saint-Laurent contre des fourrures de castor. La traversée de l’Atlantique est catastrophique pour ces indigènes. Revenir d’Amérique du Nord dure un mois, mais d’Amérique du Sud cinq car il faut remonter vers les Bermudes pour prendre les vents favorables, les westerlies. C’est le moment des fièvres ou du cannibalisme par manque de ravitaillement. Le séjour en France est aussi meurtrier. Thomas Aubert en 1508 ramène de Terre-Neuve en Normandie sept indigènes dont six décèdent très vite. Sur les dix Iroquois de Jacques Cartier, il reste une fillette quatre ans plus tard, en 1540. Pourtant ils ne sont pas mal traités. Les Iroquois de Jacques Cartier demeurent chez lui à Saint-Malo. Le Guyanais Yapoco chez de la Ravardière à Cancale. Henri IV fait élever le fils du Montagnais Bechourat avec ses enfants : le petit Louis XIII joue avec lui, l’appelle « le petit canada ». Pendant leur séjour, ils sont baptisés, parfois en grande cérémonie comme en février 1512 à Tréguier. Certains restent en France, se marient tel Essomericq qui épouse une parente de Gonneville. Enfin, ce séjour leur permet de découvrir une autre civilisation, maisons de pierre, moulin à vent, femmes vêtues… Toutefois, la volonté du retour est très forte. Yapoco s’enfuit de Cancale, Donnacova ment à François 1er en vantant la richesse de son pays Saguenay pour l’inciter à financer une expédition et lui permettre ce rapatriement. Au retour, l’Amérindien peut s’imposer comme chef, être interprète et faciliter ainsi les alliances, les échanges, ou devenir d’âpres marchands car ayant conçu la valeur des objets d’échanges.
 
Le maréchal Serurier, une personnalité laonnoise quelque peu oubliée
par Monsieur Allart
Vendredi 10 décembre 2010
 
Né à Laon, à l’entrée de la rue du Blocq le 8 décembre 1742, Jean-Mathieu-Philibert Serurier (sans accent comme sa signature l’indique) est issu d’une famille originaire de Marle où Pierre, le trisaïeul, est « bourgeois » en 1622. Un de ses fils, Nicolas, donne la branche marloise des Serurier. Un autre fils Mathieu, docteur en médecine, fonde la branche laonnoise. L’arrière-grand-père du maréchal est garde du corps de Louis XIV, écuyer, noble non héréditaire. Mathieu-Guillaume, le père, est « officier chez le roi », modestement taupier dans les haras du roi, et épouse Elisabeth Danye de bonne famille laonnoise. Jean-Mathieu-Philbert est le cadet de 7 enfants sans descendance. Après une éducation sérieuse auprès d’un oncle chanoine qui influence son caractère austère, Jean-Mathieu s’oriente vers la carrière militaire. Très tôt, à 12 ans, il est lieutenant à la milice de Laon. En 1758, il l’est à celle de Soissons, réputée pour sa discipline, qu’il quitte pour réintégrer celle de Laon envoyée en Allemagne et participer ainsi à la guerre de Sept Ans. Intégré à l’infanterie d’active, il est blessé à la mâchoire à Warbourg. Guéri, quoique édenté et balafré, il rejoint son régiment comme lieutenant en 1762 et participe à la campagne du Portugal. A la fin de la guerre, il est chargé de l’instruction de la troupe, une expérience fort utile. S’il est de la campagne de Corse en 1771-1774, il ne connaît qu’une lente carrière, au mérite, en devenant capitaine en 1778, et major en mars 1789. Lassé, il veut demander sa retraite. Entre temps, en 1778, il épouse Louise Marie-Madeleine Itasse à Presles. La Révolution lui assure, comme pour beaucoup d’autres militaires, promotion et gloire. En 1791, il est lieutenant-colonel du 70e de ligne à Perpignan, montre son sang-froid face à une révolte de ses soldats et son patriotisme en refusant d’émigrer. Les années suivantes, colonel, puis général, il participe à l’Armée d’Italie qui conquiert le comté de Nice. Kellermann reconnaît sa valeur. Toutefois le dénuement dans lequel il est laissé par le Directoire le pousse à demander pour la 2e fois sa retraite après 4 années ininterrompues de commandement. Mais Bonaparte survient en mars 1796. Il reste. Dans le Piémont, en infériorité numérique, le général en chef réussit à séparer ses deux adversaires austro-sardes et les vaincre l’un après l’autre. Il offre à Serurier son plus beau fait d’arme avec la prise du pont Saint-Michel lors de la bataille de Mondovi. La défaite piémontaise permet l’avancée jusqu’à Mantoue où Serurier participe activement aux deux sièges difficiles. C’est lui qui reçoit la capitulation de la ville en février 1797. Après la paix de Campo-Formio, il ramène les drapeaux ennemis au Directoire à qui Bonaparte vante le talent, le civisme, l’intégrité, la discipline du général laonnois à l’origine des prises de Mondovi, Castiglione, Mantoue. Nommé gouverneur de Venise, il doit réduire sa puissance avant qu’elle ne soit autrichienne : il fait enlever les chevaux de la place Saint-Marc. Lors de la nouvelle campagne d’Italie de 1799, Serurier prend facilement Lucques où il impose la République pacifiquement à tel point qu’il est surnommé « la Vierge d’Italie ». Vainqueur ensuite des Autrichiens au lac de Garde, il est toutefois découragé, fait prisonnier par l’incapacité du général Shérer. Il est libéré à condition de ne plus combattre. Sa carrière militaire s’arrête. Il soutient Bonaparte lors du 18 Brumaire. Le Premier Consul ne l’oublie pas puisqu’il est fait sénateur, maréchal d’Empire, gouverneur des Invalides où il rétablit l’ordre et réforme les institutions. C’est là qu’a lieu la première remise de légions d’honneur. Sous la Restauration, placé tout d’abord en demi-solde pour son soutien à Napoléon lors des Cent Jours, il retrouve ensuite rapidement la confiance royale qui le distingue avec la Grande Croix de Saint-Louis. Mort en 1819, la municipalité lui rend hommage en baptisant le rue du Blocq « rue Serurier » dès 1820.
 
Les entrées des rois de France à Laon sous l’Ancien Régime
par Monsieur Jacky Provence
Vendredi 26 novembre 2010
 
Monsieur Provence étudie pour sa thèse les entrées royales à Troyes, 5e ville du royaume au XVIe siècle. Il les compare à celles de Laon en exploitant les comptes de la municipalité. C’est la source archivistique essentielle car il n’y a pas de mémorialistes qui les aient relatées. La différence entre les deux villes se mesure au coût du passage : pour Charles IX à Troyes 10512 livres, à Laon 184 livres ! Pourquoi les rois viennent-ils à Laon alors donc petite ville ? Pour des raisons stratégiques, militaires, religieuses. Laon est une place forte et une ville frontière renommée depuis longtemps et jusque sous Louis XIV. Elle protège le domaine royal au Nord-Est. Pendant la guerre de Cent Ans, elle se trouve sur la route reliant les terres du duc de Bourgogne (Bourgogne et Flandres), et elle est proche de celles de Louis d’Orléans ; elle est donc sur le trajet des chevauchées des Anglais, des Armagnacs et des Bourguignons ; c’est pourquoi Charles VI vient à Coucy. Si Charles VII évite Laon en 1429 au retour de son sacre - mais reçoit tout de même les clés de Laon à Corbeny après la cérémonie des écrouelles -, il est à Laon en 1441, séjourne un mois alors qu’il lutte contre les Ėcorcheurs, bandes de soldats démobilisés lors des trêves ; il arrive de Langres, Châlons, Reims ; c’est l’occasion d’accomplir un pèlerinage à Liesse. La dévotion à la Vierge à Liesse s’inscrit dans cette politique frontalière. D’ailleurs le pèlerinage à Liesse devient souvent la cause du passage à Laon comme pour Charles VI en 1414 ou Louis XIII en 1618. Comment se réalise cette « entrée royale » dans la ville ? Le rite se fixe en 1498. Les autorités municipales accueillent le roi dans le faubourg d’arrivée, lui remettent les clés de la ville et un don important (pièces d’orfèvrerie, de vaisselle) devant la porte militaire (porte Soibert très souvent). Depuis 1389 sous un dais d’honneur et divin, richement décoré, il suit un trajet défini dans des rues pavoisées, Saint-Martin, Saint-Jean, Veschef ou du Blocq (Serurier), vers l’évêché et la cathédrale pour entendre un Te Deum. La somptuosité de l’ « entrée royale » semble croître progressivement (s’ajoutent salve d’artillerie en 1532 avec François 1er, artifice ou spectacle musicale en 1570 lors de l’entrée de Charles IX après son mariage avec Elisabeth d’Autriche, bienvenue codifiée des diverses autorités municipales et religieuses sous Louis XIII…).
 
Laon place forte
par Monsieur Claude Carême, président de la SHHP
Vendredi 5 novembre 2010
 
Laon est une place forte renommé tout au long du Moyen Âge et encore sous Louis XIII. Grégoire de Tours l’appelle « Lugdunum clavatum », « Laon fermée à clé ». Son site de butte à 100 mètres au-dessus de la plaine environnante, la pente très escarpée et découverte alors, les sentes raides, et l’enceinte qui entoure la moitié est du plateau, font de la cité un véritable refuge. La reine a ses appartements à l’abbaye Notre-Dame et Saint-Jean, le roi y demeure si nécessaire ; les moines viennent s’abriter. A partir de 1140 avec l’édification d’un palais royal par Louis VII, la moitié ouest de la butte, soit le bourg et le Champ-Saint-Martin, est à son tour protégée. Philippe Auguste en est largement à l’initiative. La guerre de Cent Ans oblige au renforcement des murailles. Alors que le boulet de pierre lancé par la catapulte est remplacé par le boulet de fonte projeté par un canon de bronze aux XVe et XVI e siècles - c’est « la révolution du boulet » - Laon résiste à son 31e siège, celui mené par Henri IV en 1594. Proche de la frontière, la place de Laon garde toute sa valeur face aux Espagnols pendant la guerre de Trente Ans. Toutefois, Louis XIV par ses multiples guerres éloigne la frontière au nord. Philippeville, Mariembourg, places avancées, protègent la trouée des Ardennes. Vauban délaisse Laon, ville « de l’intérieur » de ce fait. Comme en outre, de 1713 à 1792 le territoire ne connaît pas de guerre, la municipalité entretient plus ou moins ses remparts pour se protéger de la fraude à l’octroi, mais les fossés sont comblés et remplacés par des promenades arborées. En 1791, « l’état des places de guerre en France » les distingue en trois classes : en première classe les places entretenues et renforcées, en deuxième classe les places entretenues mais non renforcées, en troisième classe les places conservées en masse sans entretien. Laon n’apparaît pas et donc n’est officiellement plus place forte. Elle devient toutefois ville caserne. Napoléon 1er, lors de la Campagne de France, fait le siège de Laon où s’est retranché Blücher : il échoue mais conçoit la valeur du site et de la situation de la ville. Comme en 1815, Philippeville et Mariembourg sont perdues, la frontière entre Avesnes et Givet est dégarnie d’autant que la route Paris-Maubeuge édifiée accélère le déplacement ennemi, Laon redevient place forte en 1821. L’enceinte est restaurée, une deuxième caserne est construite. Mais être place forte entraîne des servitudes militaires pour la ville : pas de constructions sur une bande de 8 mètres logeant les remparts à l’intérieur et sur une zone de 500 mètres à l’extérieur, pas de constructions de routes à moins de 1000 mètres. Le problème est résolu en 1851 lorsque Louis-Napoléon déclasse une nouvelle fois Laon. De toute façon, les inventions de l’obus oblong à explosif et du canon rayé discréditent les remparts traditionnels. Pourtant, après 1871, en prévision d’une guerre de revanche contre l’Allemagne, Laon devient un camp retranché dans le cadre du « bouclier de fer » que conçoit Séré de Rivières. Dès 1885, l’obus-torpille à la mélinite dévalorise le système puisque seuls le béton et les cuirasses de fer lui résistent. La modernisation est coûteuse. Les forts de l’Est seuls sont modernisés. Ceux du Nord restent en l’état, fragiles avec leur voûte de pierres et terre. Laon est placée en 3e classe en 1899, puis déclassée en avril 1914. Le maire est content. Mais certaines voix conçoivent que la frontière du Nord est dégarnie et prédisent l’application du plan Schlieffen. Cette décision a favorisé le déclanchement du conflit. Une place forte a un intérêt stratégique national mais impose des servitudes négatives pour la ville. Une contradiction que l’histoire de Laon montre bien.
 
Paul Doumer, bienfaiteur de l’Aisne : histoire d’une adoption
par Monsieur Amaury Lorin
Vendredi 24 septembre 2010
 
Connaissant bien la vie de Paul Doumer, sujet de sa thèse, Monsieur Lorin axe sa conférence sur l’importance de l’Aisne dans la vie familiale et politique de ce président de la République assassiné en 1932. Si Doumer est né dans le Cantal en 1857, l’Aisne est son département d’adoption. Il s’y éveille à la vie politique par l’influence de Waddington et Henri Martin. Celui-ci lui confie la rédaction du Courrier de l’Aisne. Ses articles sobres, précis révèlent un journaliste républicain ardent. Il doit démissionner à la mort de son mentor en 1883, mais fonde bientôt La tribune de l’Aisne, journal radical, avec Gabriel Hanotaux. La presse est le grand moyen pour se faire connaître et se faire accepter comme laonnois. En 1887, il entre en politique en tant que conseiller municipal à Laon sur la liste de Glatigny et 1er adjoint de Charles Bonnot en 1887, comme lui franc-maçon. L’adhésion à la franc-maçonnerie est indispensable à la réussite politique. Doumer se familiarise avec les problèmes concrets de la collectivité territoriale de base ; il acquiert une réputation de sérieux, en particulier lors de l’élaboration du projet de tramway à crémaillère. Mais c’est l’élection à la Chambres des députés qui est le ticket d’entrée dans la vie politique nationale. Il est candidat républicain dans la circonscription de Laon contre Boulanger – qui se retire pourtant la veille – et un orléaniste. Il est élu à la suite d’une campagne intense où il affirme un programme radical : défense des travailleurs, d’une assistance publique, de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Battu l’année suivante par un boulangiste, il reste toutefois au cœur du système politique parisien en devenant le chef de cabinet de Charles Floquet, président de la Chambre. Pierre Bourgeois le choisit comme ministre des finances en 1895-96. Cependant Méline l’écarte en le nommant Gouverneur général de l’Indochine, poste à… hauts risques ! Paul Doumer réapparaît en 1902 dans la vie politique française par la voie de l’Aisne dont il redevient député. Peu après il rompt avec la franc-maçonnerie et le parti radical, reniant l’histoire des fiches. Devenu « Modéré », il devient président de la Chambre. Si le Laonnois a été son lieu d’éveil politique, il est aussi son lieu d’implantation puisqu’en 1904 il achète une maison à Anizy-le-Château et reste conseiller général du canton pendant 27 ans. La première guerre est un désastre pour Doumer qui perd uatre de ses cinq fils. Il réagit. Ministre des finances, président du Sénat, il est le véritable représentant de l’Aisne à Paris, s’active pour favoriser l’Aisne dans la Reconstruction, suscite le marrainage de Haïphong, favorise le maintien de troupes à Laon, est présent à l’inauguration du monument aux morts… Elu président de la République contre Aristide Briand, le 13 mai 1931, son premier déplacement officiel est pour Anizy-le-Château et Laon, le 26 juillet. Le 6 mai 1932, un russe blanc l’assassine.
 
« Les Alliés sur la Mer Blanche. Un corps expéditionnaire anglo-franco-américain en Russie du Nord en 1918-1919
par Monsieur de Kérimel
Vendredi 11 juin 2010
 
Les archives militaires complètent les lettres du père de Monsieur de Kérimel ainsi qu’un carnet où il relate les événements vécus entre fin août 1918 et février 1919. Toutefois le témoin, chargé de la formation, reste en fait à Kem et ne se trouve pas sur les lieux des opérations. L’expédition alliée soutient les armées blanches, contre-révolutionnaires ; cela s’explique par la perte du 2ème front après la paix de Brest-Litovsk, par la volonté de protéger les ressortissants présents à l’est et par la peur du bolchevisme. Le corps expéditionnaire comporte des Américains, Canadiens, Français, Britanniques, Serbes, Ukrainiens. La France envoie des troupes coloniales et des artilleurs. Le 21ème bataillon part de Lyon et via Le Havre, Liverpool débarque à Mourmansk. Elles sont mal équipées ; l’armement est parfois inutilisable ; il faut recourir aux Anglais qui gèrent la logistique et les actions militaires en accord avec les Blancs. Les opérations se déroulent près des voies de communication ; les affrontements ont lieu à la confluence de la Waga et la Dvina au sud d’Arkhangelsk, et sur les nœuds ferroviaires, en particulier au sud d’Onega. Rien ne se produit sur les bords de la Mer Blanche. Les alliés peinent à aligner les troupes suffisantes et l’état d’esprit des soldats n’est pas bon à partir de l’armistice : c’est le refus d’aller en opérations, de lutter contre les Bolcheviques. La mutinerie qui affecte les troupes coloniales embarrasse le gouvernement : comment traiter les quelque cent mutins passibles du Conseil de guerre ? L’expédition se termine en 1919 d’abord par le retrait des Américains en février, puis des français en septembre et des Anglais en octobre en abandonnant le matériel. Le général Miller, commandant des armées blanches, se retrouve seul.
 
Premiers résultats archéologiques préalables à l’aménagement du boulevard urbain de Bruyères
par Madame Nadège Robin et Monsieur Thierry Galmiche
Mercredi 5 mai 2010
 
Avant tout aménagement du sol, il faut établir un diagnostic archéologique. Lors des grands travaux publics, comme ceux du boulevard de Bruyères, des tranchées sont creusées à la pelle pour sonder 10% de l’emprise du projet. Quand des vestiges sont détectés, une « fenêtre » est ouverte. Le diagnostic pour le boulevard est réalisé en deux temps. La 1ère phase concerne la section sud et les trois giratoires, nord, intermédiaire, sud. Près du giratoire intermédiaire en direction de Vorges, quelques éléments de poterie semblent indiquer une occupation gallo-romaine. Au pied du Mont Pigeon, est dégagé un reste de mur de soutien de la fin du Moyen Âge : la culture de la vigne y est alors étendue. Les découvertes les plus importantes se situent au rond-point sud. Il s’agit de deux ensembles funéraires. Du cimetière médiéval (XIVe siècle) sont mises à jour 15 tombes, situées à 2,50 m de profondeur, sans mobilier, orientées est-ouest (tête à l’ouest) ; l’étude anthropologique permet de reconnaître un homme de 1,64 m de stature et enterré en pleine terre, une femme de 1,69 m et un adolescent placés dans des coffrages. Peut-être est-ce le cimetière de l’hôtel-Dieu de la cité ? Le cimetière moderne (XVIe siècle) à proximité compte à ce jour 17 tombes toujours sans mobiliers ; trois peuvent être étudiées. Des fosses comprenant des ossements humains en vrac sont apparues ; creusées au XIXe siècle, elles rassemblent des restes révélés lors de l’aménagement de la route voisine ; la moitié d’une fosse compte 43 individus. S’agit-il d’un cimetière protestant, « des aveugles », morts lors de la prise de Bruyères le 10 novembre 1567 et inhumés à la porte de Reims à l’extérieur de la ville ? Pourquoi un cimetière est-il réutilisé deux siècles plus tard ?
 
Premiers résultats archéologiques préalables à l’aménagement du boulevard urbain de Bruyères
par Madame Nadège Robin et Monsieur Thierry Galmiche
Mercredi 5 mai 2010
 
Avant tout aménagement du sol, il faut établir un diagnostic archéologique. Lors des grands travaux publics, comme ceux du boulevard de Bruyères, des tranchées sont creusées à la pelle pour sonder 10% de l’emprise du projet. Quand des vestiges sont détectés, une « fenêtre » est ouverte. Le diagnostic pour le boulevard est réalisé en deux temps. La 1ère phase concerne la section sud et les trois giratoires, nord, intermédiaire, sud. Près du giratoire intermédiaire en direction de Vorges, quelques éléments de poterie semblent indiquer une occupation gallo-romaine. Au pied du Mont Pigeon, est dégagé un reste de mur de soutien de la fin du Moyen Âge : la culture de la vigne y est alors étendue. Les découvertes les plus importantes se situent au rond-point sud. Il s’agit de deux ensembles funéraires. Du cimetière médiéval (XIVe siècle) sont mises à jour 15 tombes, situées à 2,50 m de profondeur, sans mobilier, orientées est-ouest (tête à l’ouest) ; l’étude anthropologique permet de reconnaître un homme de 1,64 m de stature et enterré en pleine terre, une femme de 1,69 m et un adolescent placés dans des coffrages. Peut-être est-ce le cimetière de l’hôtel-Dieu de la cité ? Le cimetière moderne (XVIe siècle) à proximité compte à ce jour 17 tombes toujours sans mobiliers ; trois peuvent être étudiées. Des fosses comprenant des ossements humains en vrac sont apparues ; creusées au XIXe siècle, elles rassemblent des restes révélés lors de l’aménagement de la route voisine ; la moitié d’une fosse compte 43 individus. S’agit-il d’un cimetière protestant, « des aveugles », morts lors de la prise de Bruyères le 10 novembre 1567 et inhumés à la porte de Reims à l’extérieur de la ville ? Pourquoi un cimetière est-il réutilisé deux siècles plus tard ?
 
SHHP
Société historique de Haute-Picardie